A. MÉTHODE NON SANGLANTE
1° Réduction de la hernie par le repos et la compression. — SEGOND, dans sa thèse d’agrégation, dit : « Le repos, les purgatifs, la demi-diète, les tentatives rares de réduction sont les éléments essentiels du succès ». ABNAUD, le premier, traita les hernies irréductibles par le repos, les bains et les purgatifs ; il parvint ainsi à réduire une hernie scrotale volumineuse, depuis longtemps irréductible. Après un mois de ce traitement, le port d'un bandage à pelote concave fut possible; au bout du second mois, la hernie avait disparu et le bandage à pelote convexe remplaçait le bandage à pelote concave. GOSSELIN traita de la même façon un lieutenant d'infanterie qui portait une hernie inguinale irréductible depuis dix ans. Cet officier garda le lit, prit deux purgatifs ef un bain par semaine, se soumit à une nourriture légère et conserva un cataplasme sur la tumeur. Au bout de six semaines, la hernie se réduisit spontanément.
M. SEGOND rapporte que 17 malades atteints de hernies irréductibles (un de GOSSELIN, un de BERGER, deux de M. RECLUS et treize de TRÉLAT) ont tous été guéris de cette façon.
BERGER maintint le malade au lit, le soumit à un ré-
gime léger et fit de la compression ouatée avec une bande de caoutchouc ; un mois plus tard, la hernie cédait à un taxis modéré. M. RECLUS guérit par le repos, les purgatifs et la compression élastique, deux énormes épiplocèles inguinales, irréductibles depuis neuf et quinze Mois.
TRÉLAT recommandait également à ses malades le repos et la compression.
M. MeYviLLe, dans sa thèse, cite l'observation de sept malades porteurs de hernies volumineuses et irréductibles, guéries par le repos el une pression continue au moyen d’un sac de plomb préconisé par BRocaA. Celui-ci, fort de sa méthode, disait qu’il n’y avait point de hernie irréductible.
MEYviLe relate également deux autres cas appartenant l’un à TILLAUX, l’autre à LE ForT. Le malade de TiLLAUX tailla lui-même une pelote en bois avec son couteau. Cette pelote comprima d’abord la hernie, sans la maintenir complètement ; mais, en modifiant lui-méme peu à peu sa pelote, le malade put maintenir sa hernie. Le malade de LE FoRT n’ayant pas trouvé de bandage lui convenant, en construisit un lui-même avec succès.
LANNELONGUE emploie également la compression continue au moyen d’un sac de plomb : il comprime ainsi la paroi abdominale immédiatement au-dessus du pédicule herniaire, afin d'obtenir une fatigue des muscles et un taxis plus facile. Il communiqua à la Société de Chirurgie deux observations où il obtint la réduction par ce moyen.
Comme on le voit, il est certain que l’on réduit des hernies irréductibles par une rompression lente et mé-
NO ax thodique de la hernie, en associant à ce traitement local une diète modérée et quelques purgatifs. Mais, ces hernies ne sont pas guéries ; le malade doit porter un bandage de force, à grosse pelote convexe, exerçant sur l'anneau inguinal une forte pression ; la contention est douloureuse et insuffisante ; de plus, toutes les hernies irréductibles ne peuvent pas être ainsi réduites. Les masses lipomatsuses, indurées, lobulées, constituées soit par l’épiploon, soit par les franges épiploïques sclérosées, ne pourront point franchir le collet. Enfin, les malades se soumettront difficilement à un traitement long, incertain et souvent inefficace.
2° Réduction par les injections sous-cutanées d’aicool. — SCHWALBE, de Magdebourg, a traité des hernies volumineuses par des injections sous-cutanées d'alcool : d’après lui, cette méthode donne des résultats au moins aussi satisfaisants que les procédés sanglants. « Elle est, dit-1l, préférable aux autres méthodes par son absolue innocuité. »
RANKE à traité plus de 100 hernies par les injections d'alcool et trouve que cette méthode est à recommander pour seconder la guérison spontanée des hernies des enfants. Le côté désavantageux de ce traitement, pour RANKE, c’est la douleur et les infiltrations tenaces comme avec les injections de sublimé. Dans le plus ancien de ses cas, il prétend que cette méthode reste sans succès dans les cas d’anneau large et de parois abdominales lâches.
BropNITz, de Francfort-sur-le-Mein, a traité 19 grosses hernies, dont le contenu descendait jusque dans le scrotum, par des injections d’alcoo!l ; il n'a eu que quatre récidives. Tous les deux ou trois jours, il injecte un
re
gramme chez l'enfant, {rois à cinq grammes chez l'aduite, à chaque séance, au pourtour du canal inguinal. Hi a soin d'introduire l'index dans celui-ci, pour protéger le cordon ; au bout de quatre à six injections chez l’enfant, de huit à dix chez l'adulte, le tissu qui entoure le trajet herniaire s’est tuméfié et épaissi ; 1l devient alors impossible d'introduire le doigt dans le canal inguinal.
On ne sent plus d’impulsion pendant les accès de toux. On fait alors, une fois par semaine, une injection durant trois mois, et bientôt, à la tuméfaction primitive, succèdent une cicatrisation, une induration, qu'on reconnaît par la difficulté qu’on éprouve à faire pénétrer l'aiguille.
« Les injections d'alcool, dit BRoDNITZ, peuvent donc rendre des services dans la cure des grosses hernies lorsque, pour une raison quelconque, la cure opératoire est contre-indiquée. »
GRUSSENBERG a traité six cas par cette méthode et la regarde comme inoffensive. En cinq à six semaines, au plus tard en trois mois, on peut constater un resserrement de l’anneau, si bien que l'intestin ne sort plus.
Ces résultats convient à de nouveaux essais. Peutêtre, pourrait-on, de la sorte, obtenir sans danger un resserrement de l'anneau sans faire coucher les malades.
3° Réduction par la méthode sclérogène. — La méthode scléroge a été employée dans les hernies volumineuses dans le but de les rendre contenables. On injecte du chlorure de zinc dans les parties molles avoisinant la hernie ; son action irritante oblitère le sac. L'injection de l'extrait fluide de l’hydastis canadensis donnerait des résultats aussi satisfaisants. C'est là, croyons-
nous, un traitement qui ne doit pas tenter beaucoup les chirurgiens, en raison de ses résultats inconstants.