‹ Hernies Inguinales et Crurales VolumineusesChapitre 39 sur 57 · LEGS · texte numérisé non relu

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un ruisseau ; la hernie inguinale droite présenta, dès l'abord, le volume d’un œuf de poule et était un peu douloureuse ; on lui à fait alors porter un bandage, dont il a bientôt négligé l'emploi, ne sentant plus de douleurs. Il y a six ans, il tombe en arrière, sa hernie redevient douloureuse ; il reprend un bandage, puis cesse de nouveau de le porter. Deux ans plus tard, à la suite d’un accident, la hernie devient plus grosse et il s’en forme une seconde à l’aine gauche ; ces deux hernies n'ont fait qu'augmenter depuis lors, surtout la droite, par suite de nombreuses chutes et de la négligence du malade, qui n’a plus porté aucun bandage.

Il raconte que, depuis que sa hernie a acquis un grand volume, il ne peut manger que peu à la fois et que, d'autre part, il a constamment faim et se sent l'estomac vide peu d'instants après ses repas. Il est, de plus, tourmenté fréquemment par la constipation.

On trouve, à droite, une énorme hernie inguino-scrotale, du volume d’une tête d’adulte : c’est une entérocèle pure ; à gauche, hernie inguinale du volume d’un œuf de poule.

Le taxis réduit facilement la hernie gauche, tandis que la droite ne rentre qu’en partie ; du reste, cette irréductibilité ne paraît pas due à des adhérences, mais simplement à l'énorme volume des parties herniées qui ont perdu leur droit de domicile dans l'abdomen. Le malade se plaint beaucoup de sa hernie, qui le gêne considérablement et l’oblige à marcher courbé ; il vient à l'hôpital pour en être débarrassé et désire ardemment être opéré ; aussi, accepte-t-il facilement l’opération de la cure dite radicale, qui lui est proposée par le docteur Auguste REVERDIN, qui me remplaçait alors.

Le 26 juillet 1881, on tente l'opération ; le malade est chloroformé et le pulvérisateur de Championnière fonctionne. Le scrotum et le sac incisés, la masse intestinale libre est mise à nu et on cherche à la réduire, sans pouvoir y arriver ; les parois abdominales sont tendues, l’'anesthésie n'étant pas suffisamment complète, et malgré plusieurs essais successifs, l'on doit renoncer au taxis et suturer la plaie, L'incision guérit par première intention, sans incidents ; la réaction fébrile des premiers jours est modérée ;

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le thermomètre monte seulement à, 38°5 et 38°3, On fait porter au malade un grand suspensoir fabriqué pour lui, mais qui ne le satisfait nuilement ; il n'est pas du tout soulagé, dit-il, et aime mieux mourir que de vivre ainsi ; des tentatives répétées de taxis n’ont, du reste, aucun résultat, et il demande, chaque jour, à subir une nouvelle opération.

Après l'avoir bien averti que nous risquons de ne pas mieux réussir que la première fois, qu'une seconde opéra- - tion pourra être beaucoup plus difficile et plus grave que la première et que, même en cas de succès, il devra, néanmoins porter un bandage, je finis par céder à ses instances de tous les jours et je lui promets de l’opérer. Auparavant, je lui fais tenir le lit et lui donne plusieurs purgatifs ; après les purgatifs, on peut réduire une plus grande partie de la tumeur ; aussi, deux jours avant l'opération, il prend une bouteille d'eau de Sedlitz, de façon à réduire, autant que possible, le volume des parties herniées..

L'opération est pratiquée le 15 septembre 1881 ; chloroforme, méthode antiseptique, pulvérisateur de Championnière,

Grande incision en dehors de la cicatrice de la première opération dépassant, en haut, l’orifice inguinal et s’étendant jusqu'à la partie inférieure du scrotum ; arrivé sur le sac, je l’incise et trouve dans son intérieur le cœcum et son appendice, la partie inférieure du colon ascendant et un gros paquet d'intestin grêle ; il existe des adhérences entre les différentes parties de l'intestin, ce qui n'avait pas été constaté lors de la première opération ; pas d’adhérences de l’intestion avec le sac. On réduit d'abord le gros intestin, puis l'intestin grêle ; l'anneau, excessivement large, laisse passer facilement quatre doigts ; malgré cette largeur, la réduction, à cause de l'énorme masse des viscères herniés, demande assez de temps.

On incise alors la plus grande partie du sac ; son collet est suturé au catgut et l'anneau lui-même est rétréci autant que possible par cinq points de suture entrecoupés au catgut (je ne trouve pas, dans les notes de M. VAUTIER, de mention des petits débridements de l'aponévrose du grand oblique, que je fais d'habitude au-dessus du pilier interne, dans

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le but de relâcher ce pilier et de favoriser les effets de la suture). La plaie cutanée est suturée au catgut, après que cinq trous ont été faits avec l'emporte-pièce de Neuber dans les parois du scrotum ; deux drains résorbables de Neuber complètent les moyens de drainage ; l’un sort en bas du scrotum par l'un des trous d’emporte-pièce, l’autre au milieu de la suture. Pansement de Lister. Le soir, 3802 ; le malade se sent bien ; n'a pas vomi.

16 septembre, 37°6 ; on est obligé de changer le panse- ment, que l’opéré a sali en urinant et a rempli de tabac à priser ; la plaie a bon aspect ; plus de suintement sangUIN > S01r, 9002.

17 septembre, 37°5 ; le malade a encore sali son pansement ; on le change ; la plaie parait se réunir par première intention ; léger écoulement séro-purulent ; urines un peu noires ; soir, 3824.

Les 18, 19, 20, on‘est encore obligé de changer le pansement pour les mêmes raisons ; c'est pour cela aussi probablement que la marche de la plaie, qui paraissait normale d’abord, nous satisfait moins ; la réunion persiste au niveau des bourses, mais en haut, les bords de l'incision s'écartent de plus en plus ; ils présentent un peu de rougeur et il s'écoule une petite quantité de pus fétide ; le 19, l'écoulement s'est fait sur 4 centimètres de longueur et les bords sont distants de ? centimètres ; on procède aussitôt à, une désinfection aussi complète que possible avec la solution de chlorure de zinc à 8 % et on place un drain de caoutchouc à ce niveau ; les lavages au chlorure de zinc sont répétés quotidiennement ; la fétidité et la rougeur disparaissent rapidement ; le 27, on peut enlever le drain de caoutchouc, car tous les phénomènes indiqués ont disparu et la plaie commence à se cicatriser. La température a suivi la marche suivante :

18 septembre : M. : 3704 ; S. : 3805 19 septembre : M. : 3801 ; S. : 3804 20 septembre : M. : 3708 ; S. : 3804 e1sSeptembre MS ASS ON 22 septembre : M. : 3702 ; S. : 3703.

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23 septembre : M. : 37° ;

Elle a continué, depuis, à être normale complètement. Dès le 24, on ne fait plus que des lavages à l'acide salicylique, et bientôt des pansements à l’ouate salicylée.

Le 10 novembre, la cicatrisation est presque achevée et se termine en peu de jours.

. Le 18 novembre, je note que le doigt ne peut plus sentir aucun orifice au niveau de l’aine ; mais, quand on fait tousser le malade, on voit la partie abdominale tomber légèrement au-dessous du ligament de Fallope, en dehors de l’anneau inguinal ; la hernie inguinale gauche ne présente aucune modification ; elle est restée à l’état de bubonocèle.

Avant de renvoyer l’opéré chez lui, nous lui faisons faire un bandage double ; il n’y a malheureusement pas moyen de le décider, malgré toute notre insistance, à le porter ; le bandagiste le lui modifie plusieurs fois et son éloquence n’a pas plus de succès que la nôtre.

Je n'avais pas revu P... depuis sa sortie de l'hôpital, mais j'avais eu de ses nouvelles, et contre mon attente, quoiqu'il n'eût pas porté de bandage, on me disait qu’il restait guéri.

Le 26 janvier 1885, c’est-à-dire un peu plus de trois ans après son opération, j'ai pu l’examiner et voici ce que j'ai constaté : la hernie gauche, qui n’a pas été opérée, a fort peu augmenté de volume, mais elle est devenue inguinoscrotale : elle est facilement réductible et l'anneau admet aisément deux doigts. A droite, la cicatrice est à peine visible, souple ; les bourses sont vides de hernie ; on ne peut sentir aucune espèce d'orifice au niveau de l'anneau inguinal ; en suivant le cordon de bas en haut, on le perd à ce niveau ; il paraît pénétrer dans une paroi parfaitement close ; au-dessus du ligament de Fallope et en dehors du siège de l'orifice inguinal, il y a une sorte d’éventration ; on voit une saillie oblique, qui cède à la moindre pression et se referme aussitôt ; on ne trouve autour de cette saillie aucune bordure d’orifice ; c’est la paroi amincie, affaiblie, qui se laisse repousser par l'intestin, mais qui n’est pas traversée par un sac. Les renseignements que l’on me donne confirment le fait que P... n’a jamais voulu porter son bandage ; il se trouve beaucoup mieux qu'avant son opération, mais il éprouve toujours le même besoin de manger à tout moment et la sensation de vide dans l’estomac.

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