‹ Héro & LéandreChapitre 5 sur 8 · PREMIER TABLEAU · texte numérisé non relu

PREMIER TABLEAU

LE CHOEUR

La nuit suivante Léandre vint encore, sous prétexte d'apporter à la bien-aimée les vers qu'il avait composés pour elle.

46 IIÉRO El LÉANDRE

Il est à genoux, loin, seul.

— Si les prêtres apprenaient la visite, lui dit-elle, ils le tueraient, car leur race n'est point tolérante : et que me resterait-il si Léandre mourait ?

LÉANDRE

Je te lègue cet hymne où j'ai mis ton sourire, 0 mon inaccessible amie, et ton regard : Voici les vers où ta beauté venait s'écrire.

Ils sont presque ton œuvre et tu les connais tard, Puisque je les ai dits trop loin de ton oreille ; Mais de tout ce qui fut mon âme, c'est ta part.

Lorsque je serai mort et que tu seras vieille,

Mon amour restera la fleur de ta beauté,

Et par lui survivront les fleurs mortes la veille.

Tu ne dois plus mourir depuis qu'il a chanté, Car le verbe est debout hors du temps méprisable, Et ce qui fut pensé dure en l'éternité.

Les siècles passeront, comme un vent sur le sable, Et leur souffle de nuit peut balayer les cieux, Mais rien n'abolira le rêve impérissable.

Hors des âges î Le Verbe esl l'essence des dieux, La chair s'immortalise en devenant l'idée, Et jeté fais ce don d'avoir vécu tes yeux'

J'ai pensé ta blancheur furtive, et l'ai fondés ; J'ai créé tes cheveux et le bruit de ton pas : Ils seront, et la Mort en est dépossédée.

Prends donc ces vers, par qui tu ne périras pas, Vers immortels, encor que nul ne les connaisse, Et mets-les sous ta nuque à linslant du trépas,

Pour que tes cheveux blancs dorment sur la jeunesse,

r DEUXIEME TABLEAU

LE CHŒUR

Ils sont debout, deux.

En entrant dans sa chambre, Héro l'a trouvé, ruisselant. Car cette fois, pour ne pas éveiller le soupçon des gens de Sestos, il avait franchi la mer à la nage.

Emue de bonheur et d'effroi, elle essuie les cheveux ef

43 HERO ET LÉAiNDHtî

le torse du jeune homme, et, pour le réchauffer, le presse longuement sur sa poitrine, si longuement qu'il y reste pendant une heure entière.

Eros les regarde être chastes.

— Eh! dit-il, aux innocents les mains pleines.

LEANDRE

Mon cœursauteverstoicommeun chien vers son maître, Et je sens que ma vie accourt à fleur de peau; Tout mon être t'espère, et quand tu vas paraître Ma chair te reconnaît au bruit de ton manteau.

Avant que tu sois là, ma chair t*a reconnue, Mais alors même enfin que je t'ai dans mes bras. Mon esprit anxieux doute de ta venue, Et je ne peux pas croire encor quQ tu viendras.

Car je te vois trop loin et là-haut, dans la gloire Dont mon propre respect te nimbe et te défend. Et je t'aime d'en bas, sans même oser y croire, Comme j'aimais les dieux lorsque j'étais enfant.

J'ai peur, en m'approchant,des splendeurs où je monte Parce que mes baisers sont indignes des tiens : Ton œil clément a beau sourire vers ma honte. Ce qu'il daigne oublier, c'est moi qui m'en souviens.

IIÉRO ET LEANDRE 40

Plus tu descends vers moi, plus mon cœur te voit haute, Et lorsque tu t'en vas, c'est un mal presque doux ; Il me semble quitter un dieu dont j'étais l'hôte, Et^;j'adore mon front qui toucha ses genoux.

TROISIEME TABLEAU

LE CHŒUR

Ils sont assis, deux.

Car ce matin, quand Léandre est parti, la petite vierge a ordonné: « Je défends que tu nages encore dans la mer périlleuse. >

Mais, au retour de la nuit, elle est montée avec un flambeau sur le sommet de la tour, afin d'éclairer la route, pour e cas possible où l'amant oublierait d'obéir; et lorsque Léandre est apparu, on l'a grondé mais caressé.

Parce qu'il avait froid, elle l'a réchauffé, comme la veille; parce qu'elle le croyait las, elle l'a fait asseoir sur le trône

aux clous d'argent; et, parce qu'elle n'avait point d'autre siège, il Ta prise sur ses genoux.

Pressée contre lui, elle se délecte de sentir pénétrer en elle le froid de ce corps trop baigné par la mer.

— Comment se peut-il que la fraîcheur me brûle ?

Tandis qu'elle s'elTorce à ne point soupirer de joie, Léandre égrène des paroles délicieusement banales.

LEANDRE

L'oiseau bleu, tu m'en fis don Et c'est ta double prunelle Dont l'azur palpite et dont Chaque paupière est une aile.

L'oiseau rose du baiser, C'est ta bouche que tu poses, Et qui pour mieux se poser Ouvre ses deux ailes roses.

L'oiseau blanc, j'entends sa voix Qui roucoule sous des branches, Et c'est ton cœur dont je vois Battre les deux ailes blanches..

IIERO ET LÉANDRE 51

QUATRIEME TABLEAU

LE CHOEUR

Ils sont couchés, deux.

Car Léandre a dit en arrivant : « Ne crains rien de moi, je t'aime comme un frère. >

Héro fut si joyeuse, qu'elle le baisa sur la bouche.

Donc, ils se sont assis sur le lit. Elle y perdit bientôt l'équihbre, mais rien de plus.

Ils restent allonges l'un contre l'autre, immobiles tous les deux.

— 0 mon Léandre, j'ai peur que de te voir si beau, Amphylrite veuille te garder ; et ta mort me rendrait deux fois désolée, à cause de ta perte, mais à cause aussi de mon amour jaloux.

LÉANDRE

0 bien-aimée, en qui se résume la femme ! Tout le beau que j'admire et le bien qui m'est cher, C'est toi, l'universelle, et ma chair ni mon àme N'ont de désir que pour ton âme et pour ta chair.

Il n'est point de beauté qu'elle ne t'appartienne, Et tout ce qui n'est pas ta grâce ne m'est rien; Je ne sais d'autre bouche à baiser que la tienne. Ni de parfum qu'on veuille aimer sinon le tien.

Dieu n'a mis qu'à Ion front de chevelure blonde ; Ton geste a des contours que nul n'a jamais eus, Et ta jeune poitrine est la seule du monde, Aussi vrai que tes yeux sont les seuls qu'on ait vus.

Ta voix, c'est la musique, et quand tu dis« Léandre...» Je sens que la faveur du destin m'a comblé, Car il suffit de vivre et de voir, pour comprendre Qu'il n'y a qu'une femme au monde, et que je l'ai !

Une seule, qui puisse incarner du mystère Et mettre l'infini des dieux dans nos instants, Une femme, pour tous les âges de la terre, Et qu'on n'adorera que toi, dans tous les temps!

C'est pourquoi les amours qui ne sont pas le nôtre Me blessent avec leurs baisers, et follement Je songe que c'est toi qu'on cherche dans une autre. Et qu'on me vole un peu de toi, rien qu'en aimant!

L'unique ! Et même encor ma rancune est jalouse De tous ceux qui naîtront pour être des élus. Puisque c'est toujours toi qu'on aime et qu'on épouse. Toi qu'ils profaneront quand je n'y serai plus !

LE CHŒUR

Elle sourit, n'ayant pas envie de rire.

Ils s'adorent ainsi, pieusement.

Mais c'est un grand danger, que de n'en pas connaître.

Ils ne s'assoient plus jamais; ils se couchent tout de suite et s'étreignent. Pourquoi donc s'en absliendi-aient-ih puisque leur tendresse est si pure? Cependant, plus les paroles de l'éphèbe s'envolent dans l'idéal, plus ses gestes le rapprochent des réalités ; tandis que son esprit se recueille, ses mains cueillent.

HERO

Léandre, 6 bien-aimé, calme tes mains, Aimons-nous doucement, et côte à côte.

Nos bonheurs n'auraient pas de lendemains Si nous les offensions par quelque faute.

Soyons deux fleurs d'amour, les fleurs du soir Qui par-dessus la source et les venelles Se jettent des parfums et de Tespoir : Calme tes mains, Léandre, et tes prunelles.

Ayons de longs baisers dévotieux...

N'ose plus tant, Léandre, afin que j'ose. Et clos tes douces mains, et clos tes yeux, Pour que j'ose t'oflrir ma bouche close.

5'* IIÉRO ET LEANDDE

CIJNQUIÈME TABLEAU

LE CHOEUR

Toutes les nuits, elle monte sur la tour, et lui, nouant ses habits à son cou, traverse le détroit.

Toutes les nuits, les mêmes phrases, avec les mêmes gestes ! Car si l'on commence à trouver que ces heures-là se ressemblent, c'est que déjà elles ne se ressemblent plus, et qu'on y met un peu moins d'amour chaque fois.

Mais la chasteté porte à la mélancolie.

La vierge imprudente demande : « Que te manque-t-il ? »

Il berce Héro couchée sur ses genoux, et se penchant ers sa tête, il regarde ses prunelles bleues.

LÉANDRE

Ma belle fleur, ô fleur qui sera tôt fanée ! Rose sur le rosier, minute dans l'annéej Douce éphémère, instant d'amour, ma belle fleur! Ta chair est trop limpide, et ta calme pâleur M'évoque des pâleurs futures, une pose Rigide, un regard blanc sous la paupière close,

Et l'adieu des sanglots autour de ton lit froid... — L*aube monte, et l'aurore est du temps qui décroît! La mer chante, et le flux est un cri qui t'appelle! Tu marches vers la mort en devenant plus belle. Et c'est un peu de toi qui commence à périr : Sans savoir qu'on se fane en osant se fleurir, Ton corps s'épanouit dans la splendeur de vivre. Et ta grâce est un champ de bataille, où se livre Le combat douloureux des choses qui s'en vont! 0 douce ! Ouvre tes yeux que je regarde au fond, Tes yeux naissants, tes yeux obscurs, dont la prunelle Est pleine d'une nuit qui semble être éternelle !

LE CHŒUR

Or, un soir la lampe s'éteignit, et Léandre s'alluma.

Ses mains faisant rage, il s'écrie : « Oh! ces voiles ennemis ! »

Et le vaillant jeune homme, avide de revanche, disperse les ennemis.

LÉANDRE

Ton âme qui consent et ta chair qui désire Ont malgré ta parole exaucé tous mes vœux : Je pétrirai ton chaste orgueil comme une cire, Car ce que tu voudrais sans l'oser, je le veux !

îiO HKRO ET LE ANDRE

SIXIEME TABLEAU

LE CHŒUR

La belle eut très peur, d'elle surtout ; car une voix inconnue murmura en elle : « Je le veux. t>

Mais si bas qu'eut parlé cette voix, elle monta jusqu'au ciel, car elle venait du fond du cœur.

Aphrodite entendit.

Aussitôt elle suscita un songe à la mère jalouse, et celleci, dans son rêve, aperçut la tour et la chambre, le passé certain et l'avenir probable, car l'amant suppliait déjà.

LÉANDRE

A quoi sert de tant causer Puisque j'aurai ton baiser, Douce qui fais la méchante ?

A quoi sert de parler tant Si l'on peut vivre en chantant, Et voici rheure où Ton chante.

Je t'apporte les chansons

Que la vie où nous passons

Donne aux passants que nous sommes;

Je viens de la part du dieu

Qui veut bien qu'on t'offre un peu

Du bonheur qu'il doit aux hommes.

Oh ! ne ferme plus tes bras, Puisque tu les ouvriras, Tout à l'heure, heure perdue, Et qu'après ton abandon Tu vas demander pardon De t'être trop défendue.

Ne résiste plus ainsi, Puisque tu diras merci Quand j'aurai calmé ton ire ; 0 ma Nymphe aux yeux ardents, Si tu veux montrer les dents, Que ce soit dans un sourire...

SEPTIEME TABLEAU

LE CHOEUR

Anaxo s'est levée : elle a vu le départ de Léandre, et durant tout le jour, elle a médité sa vengeance. Quand la bienfaisante lumière s'est fanée dans le crépuscule, la marâtre a fait porter, à l'abri des roches marines, une cuve d'airain ; elle a allumé le feu ; et rejetant sur son,^ épaule les pans argentés de sa tunique sombre, elle lève ses poignets nus, où bruissent les cercles d'or, et les anneaux descendent vers son coude.

Puis elle crie sous le firmament.

IIÈRO ET LÊANDRE

ANAXO

— e Donnez-moi le pouvoir des encluintemenls !

J'ai versé la farine, et le feu l'a déjà consumée. Léandrc m'a faite douloureuse et plus vieille, et pour l'en punir, je brûle le laurier vert qui se dévore en pétillant. Puisse une égale flamme le ronger des talons à la nuque, épargnant sa tête pour qu'il souffre plus longtemps, et que je le voie mieux ! Je hais le jeune homme aux bras audacieux.

— Hécate, Hécate ! Les chiens aboient au loin des perspectives violettes, et je leur réponds en frappant le vase d'airain. J'ai jeté le son sur la braise, et j'ai craché en disant : « Je jette les os de Léandre ! » Hécate, Hécate, fais que le vent qui pousse les nues sur ta face disperse la cendre du son, de la farine et du laurier, et je cracherai dans le vent : « Disperse les os de Léandre, ô vent. » Donnezmoi le pouvoir des enchantements !

— Je hais celui qui ose aimer ma fiUs, et j'ai broyé le lézard sur les roches de la mer, pour que l'eau qu'il traverse l'empoisonne au passage. Hécate I J'ai jeté dans les flots l'hippomane d'Arcadie qui rend les chevaux furieux, pour que les cavales marines, les cavales à crinière J'écume le déchirent de lejis blanches ruades, et rejettent sur la grève son cadavre au visage bleu. Je hais le jeune homme aux bras audacieux l

HUITIEME TABLEAU

LE CHŒUR

La tempête éclata : la mer gronda deux jours durant, et, ce qui parut plus grave aux fiancés, elle s'agita deux nuits entières.

Les vagues se baisaient furieusement, et leur grande voix criait : « Nous n'avons pas de temps à perdre. » Malgré le temps perdu, Héro eut le courage de ne pas monter sur la tour. Mais, puisque l'amant était si loin, elle avait bien le iroit de regretter un peu l'excès de sa vertu.

La troisième nuit, la fallacieuse déesse lui murmura : — « Ne donneras-tu point au bien-aimé la preuve que tu penses à. lui »

Héro monta sur la tour et secoua sa torche.

Croyant qu'il ne viendra point, elle l'appelle.

HÉRO

Ami, mon bien-aimé, je t'appelle, ô Léandre ! Ma bouche a faim de toi, mes mains tremblent d'amour : Ami, ne vois-tu pas comme c'est long d'attendre Et comme je suis seule au sommet de la tour?

La nuit m'était trop lourde et j'ai quitté ma couche Pour regarder les toits de la ville où tu dors : Et je baise de l'ombre en attendant ta bouche, Et j'embrasse de l'air en désirant ton corps !

Léandre,ô mon Léandre, entends-moi, quand j'appelle! Ton cœur ne sent donc rien quand je t'ouvre mes bras ? Puisque je t'aime tant et que je suis si belle, Entends, toi que j'implore, et viens, toi qui viendras...

Mais la mer est trop vaste et le vent trop sonore, Et le cri de mes vœux n'éveille pas les tiens : Ouvre donc tes grands yeux, Léandre, et vois l'aurore Qu'allume au bord du ciel le flambeau que je tiens.

Vois, si ta douce oreille est trop loin pour m'entendre, Et de voir ma clarté devine ma langueur : Entends avec tes yeux, ô Léixudre, Léandre! Si tu ne me vois pas, entends avec ton cœur!

LE CHŒUR

Léandre se jeta dans la tempête.

Au même instant, Héro eut froid dans tout son corps ; elle s'épouvanta d'être venue, et frissonna de ce qu'elle avait dit.

Il fallait maintenant demeurer là pour indiquer la route.

NEUVIÈME TABLEAU

LE CHOEUR

Bon Léandre ! L'amante est debout sur la côte ! Nage, le vent est dur, nage, la mer est haute,

Les vagues battent tes reins froids; Nage ! La mer féroce en son indifférence Sous ses bercements lourds va lasser la souffrance

De tes pauvres membres en croix.

Nage, et tends vers le but ta vaillance meurtrie ! La force ne veut plus quand la volonté plie,

Et voici que la mort descend :

Elle descend du haut des lames, forie et fraîche. Et glisse sous ton corps qu'elle attire, et te lèche

De baisers qui glacent le sang.

fi2 HÉRO ET LKANDUE

Agite tes bras gourds et défends-toi ! L'amante, Debout sur le ciel noir, lève dans la tourmente

Sa torche aux pétillements d'or; Un long reflet de feu tremble sur sa tunique : Va ! C'est la désirable et c'est l'amante unique

Qui ne veut pas te perdre encor !

— Il ahane, hagard, flagellé par l'écume; Il nage dans sa mort et goûte l'amertume

De l'ombre qui gronde alentour; Labourant le sillon mouvant qui se dérobe, II darde ses regards éperdus vers la robe

Qui luit comme un phare d'amour.

LEANDRE

(( Pitié, Dispensateurs! Vénus, Reine du monde,

« Je ne peux plus, la terre est loin, la mer profonde,

« Fais que je vive et je vivrai ; « Mais si l'ordre est fatal et sil faut que je meure, « Maîtresse, accorde-nous du moins encore une heure,

« Et prends-moi quand je reviendrai. »

LE CHŒUR

Il suppliait les dieux qui daignèrent l'entendre; La savante Vénus eut pitié de Léandre

Et n'exauça point son désir :

Caries meilleurs baisers sont ceux qu'on donne en rêve Car l'ivresse la plus féconde et la moins brève

Est celle qu'on ne peut saisir.

DIXIEME TABLEAU

LE CHŒUR

Toute la nuit, la douce Héro s'est tenue sur la tour, éclairant la tempête.

Pour que le venl n'éteigne pas sa torche, la jeune fille en abrite la flamme sous le pan de son manteau : et ce triangle de laine blanche, qu'elle serre d'un poing crispé, claque sous son bras étendu, et bat dans le vent, comme l'aile d'un oiseau blessé.

Quand Léandre a peur, elle tremble ; lorsqu'il se las-c, elle sent ses bras s'alanguir; et sous le double fardeau de la lampe et du manteau, ses doigts mourants se distendent comme les doigts du bien-aimé.

Les heures passent. L'aube monte. La flamme devient pâle.

Héro ne peut plus. Elle pleure.

Tout à coup, au creux des dernières lames, à la place même où tant de fois elle a regardé le reflet de son propre flambeau, elle voit, à travers ses larmes, une blancheur

64 IlÉRO ET LÉANDRE

inconnue qui se montre et se cache tour à tour, et qui semble avancer vers les roches.

Le soleil paraît.

Héro terrifiée laisse tomber son flambeau, et, l)rusquement, passe ses deux mains surses yeux mouillés, pour mieux voir cette blancheur qui se balance comme un cadavi-e.

Elle reconnaît, comprend, jette un grand cri, et saute dans la mer.

ONZIEME TABLEAU

LE raOEUR

Tout blêmes dans l'eau toute verte, que traverse l'oblique aurore, Héro et Léandre se balancent côte à côte.

Il semble que dans la mort, ils tâchent toujours à se rejoindre : leurs yeux éteints se parlent encore.

LÉANDRE

Pleure, et tends-moi tes mains défaillantes, et pleiiro, Car voici l'ombre immense où tu regretteras L'heure à la fois si douce et si cruelle, Theure Où tu n'as pas osé m'élreindre dans tes bras...

Près des jardins d'espoir dont la porte entr'ouverte Nous invitait avec des sourires de fleurs, Mon amour s'effrayait d'entrer dans l'ombre verte Et ne s'est arrêté que pour le temps des pleurs.

LÉANDRE

A Tamant sans remords de l'amante sans blâme L'éternité des deuils n'offrira que l'oubli : PleuroDS, pour mieux garder en un coin de notre àme, Le charme douloureux du songe inaccompli.

DOUZIEME TABLEAU

LE CHOEUR

La divine Aphrodite, en haut de l'Olympe, écoute leur misère, et sourit.

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