‹ Hétérogénie;Chapitre 30 sur 49 · OEUFS NORMAUX · texte numérisé non relu

OEUFS NORMAUX

complissait une rotation plus ou moins rapide* ce qui démontrait que ce produit n'avait nulle adhérence avec la mère. En donnant du carmin aux animalcules qui présentaient un semblable état, les estomacs se coloraient subitement en rouge et apparaissaient sous la forme de petits globules de 0,0084 de millimètre de diamètre, et jamais aucune coloration ne se manifestait sur l'œuf. Plus rarement, outre cet œuf, j'ai vu une ou deux autres masses moins volumineuses, et qui paraissaient évidemment des ovules plus jeunes. Jamais je n'en ai aperçu plus.

Sur quelques Kérones j*ai trouvé des œufs dont le développement, encore. plus avancé, ne permettait plus le doute. Mes observations ont été faites sur des Kerona lepus^ Mull., de 0,180 de millimètre de longueur. Dans ces animalcules, que j'ai parfois rencontrés accouplés, il n'existait jamais qu'un seul œuf situé vers la partie postérieure de la cavité viscérale. Celui-ci était sphérique, environné d'un cborion assez épais, translucide. Cet œuf ofTrait un diamètre de 0,0224 de millimètre et était parfaitement libre dans sa cavité. Le Kérone comprimé tournait autour de lui comme sur un axe fixe, et même parfois assez rapidement. Cet œuf contenait des granules trèsserrés, et son vitellus, dans plusieurs cas, était évidemment animé de mouvements de gyration ; dans d'autres où l'œuf était plus avancé, la vésicule cardiaque existait indubitablement et se contractait de temps à autre : ce n'était plus un œuf, c'était quelque chose de plus, c'était un embryon (pi. II, fig. 13).

L'œuf interne de la Kerona lepus, bien vu par moi,

POUCHIT. ^^

402 HÉTÉROGÉNIB.

je dois le dire, avait déjà été soupçonné par 0. F. Jtfuller ; je ne fais donc ici que démontrer un fait déjà entrevu par le zoologiste danois (1).

M. Balbiani a fait des observations qui confirment absolument ce que je viens de dire. Il pense que la Paramécie verte, Paramecium bursaria de Focke, qu'il a principalement étudiée, se multiple d'abord par scission, et qu'ensuite il y a un accouplement entre les individus, qui tous sont hermaphrodites. Bientôt après celui-ci, on voit apparaître un groupe de cinq à six gros œufs dans le corps de chaque individu, et qui s'y transforment en autant d'embryons dont on aperçoit déjà la vésicule cardiaque se mouvoir (2). L'analogie de ce fait avec ce que j'ai observé dans les Kolpodes et les Kérones, me porte à supposer qu'il est exact, quoique je n'aie jamais eu occasion de le vérifier. Seulement, je dois avouer que je ne crois pas à la scissiparité dont parle cet observateur, n'ayant jamais rien vu qui Tindiquàt sur tant et tant de millions de Paramécies qui sont passées sous mes yeux.

Ainsi donc, voici bien évidemment des œufs de Kolpodes, de Kérones et de Paramécies, développés à l'intérieur de la mère; et dont l'embryon est même déjà formé, comme l'attestent ses mouvements

(1) 0. F. MuLLER dit, en décrivant la Eerona lepus : Jn medio i€Bpê corpora duo sphœTica,opaea an ovatia? Seulement je n'en ai jamais tu qu'un seul. Animalcula infusoria fluviaiUia et marina. Hauniœ^ 1786, p. 243.

(2) Balbiani, Génération sexuelle chez les infusoires» Journal de Physiologiet par Brown $equard. Pari»> 1868, 1. 1, p. 946.

OEUFg NORHAUX. 403

gyrafoires et les pulsations de la vésicule cardiaque. Avec de tels éléments de procréation peut-on admettre la panspermie aérienne, ce véritable roman de quelques naturalistes de notre époque ?

Absolument non. D^abord, si de tels œufs, qui apparaissent si volumineux au microscope, même à de médiocres grossissements, provenaient de l'air, on les apercevrait immédiatement dans l'eau ou dans les macérations lorsqu'ils y tomberaient, et jamais on n'y en découvre. D'un autre côté, on voit que déjà l'évolution est commencée à l'intérieur de lamère, et que ces œufs sont de véritables embryons en mouvement. Mais dans leurs impossibles supputations, les savants qui confient à l'air le rôle de disséminateur universel sont tous obligés de recourir à une prélimi'naire dessiccation de l'œuf et de le réduire presque i un volume atomique ! Alors, que devient donc cet embryon déjà ébauché et qu'on y voyait vivre? On argumentera des graines qui conservent leurs qualités germinatives tant d'années! Cen*estpasle cas; des graines qui ont commencé leur évolution ne s'arrêtent point ou meurent. L'œuf du Microzoaireest soumis aux mêmes lois que celui de l'oiseau on du mollusque; l'évolution commencée, l'arrêter c'est la mort ; et elle est déjà largement commencée dans le corps de la mère. Alors, comment expliquer l'inexplicable dessiccation, la réduction à l'état moléculaire invisible, qu'il faut admettre avec tant d'autres impossibilités pour soutenir le système de la panspermie 7

Quoi, ces . embryons, que l'on aperçoit pleins de vie et de mouvement dans le corps de la mère ; ces

404 HÉTÉROGiNlE.

embryons, dont on voit battre le cœur et qui n'ont pas moins de 0,0150 de millimètre de diamètre; ces embryons qui à l'aide de forts grossissements apparaissent du volume d*un pois ; ces mêmes embryons, enfin, qui semblent destinés à ne vivre que dans l'eau, pourraient, selon nos adversaires, se dessécher radicalement, se solidifier, cesser absolument de vivre, puis se réduire à l'état atomique invisible, et désormais errer dans l'air en si prodigieuse quantité que la science des calculs n'ofire plus de chiffres pour en exprimer le nombre!... Ceux qui nous présentent toutes ces impossibilités y ont-ils réellement pensé?

Mais en supposant un moment l'existence de ces œufs desséchés, imperceptibles, dont il faut que chaque centimètre cube de l'atmosphère contienne tant et tant de myriades ; en supposant même cette impossibilité, une autre difficuilé non moins sérieuse, non moins insoluble se présentera. En concédant même à nos adversaires que ces œufs ou plutôt ces embryons, qui nous apparaissaient si volumineux , se sont réduits & Télat atomique , invisible; mais aussitôt qu'ils tomberaient dans l'eau leur hygroscopicité leur y ferait immédiatement retrouver leur volume et leur vie, et on les apercevrait par innombrables légions dans l'eau pure ; et cependant la patience à Tépreuve des micrographes, n'en retrouve jamais un seul dans celle-ci (1) !

(1) Comp. Dictionnaire universel d'histoire naturelle. Paris, 1845, t. VI, p. 65.

CBUFS NOBKAUX. 405

Je poursuis encore, car dans cette argumentation, je ne veux pas laisser un seul point en litige. Ainsi que nous Tavons déjà vu, certains savants prétendent que les œufs des Microzoaires n'attendent pour se développer dans Teau qu1ls encombrent, que le moment où Ton y plonge le corps putrescible ou Taliment de la progéniture. Est-il possible que des physiologistes aient émis de telles assertions? Quoi cet embryon, car c'en est un réduit à l'état atomique, inerte, solide, discernerait , avant sa réimbibition, s'il y a près de lui ou non les particules alimentaires qui doivent le nourrir après son éclosion 1 Je demande si ceux qui nous offrent de telles énormités comme la limite de la science, n'ont pas désespéré de la raison humaine I Sortant malgré nous des sphères sérieuses de la discussion , en présence de tels fait$, nous pourrions réellement demander à nos adversaires, si les œufs de nos frêles Microzoaires sont plus exigeants que ceux des plus voraces animaux ; car un œuf de brochet ne subordonne pas son développement à la présence d'un morceau de viande; Teau la plus limpide lui suffît 1

J'ai parfois vu des Kérones accouplés et c'est cet accouplement que Ton a pris pour une scission longitudinale. L'étroite manière dont ils se tiennent me fait supposer que leur accolement doit être assez long; et les embryons qu'on voit dans leur corps étant très-volumineux doivent mettre un certain temps à se développer. M. Balbiani dit que Taccou-. plemcnt des Paramécies dure cinq à six jours ; et ce

i06 HÉTiROGiNIB.

savant ajoute que ce n'est qu'après un laps de temps aussi considérable qu'apparaissent les ovules (l)/La procréation est donc assez lente, et cette observation, ainsi que tant d'autres, vient inBrnier cette rapidité qu'on lui supposait bénévolement pour expliquer la multitude d'Infusoires qui surgissent partout où existe quelque liquide en putréfaction.

EnGn, une preuve non moins évidente que les Microzoaires doivent leur primitive apparition à la génération spontanée et non à une faculté de reproduction qui tiendrait du prodige, c'est qu'on les voit tous de la même taille dans les nouvelles infusions et comme s'ils étaient apparus au même moment, et non à plusieurs jours d'intervalle, comme cela serait si les œufs provenaient de l'atmosphère. Souvent après, la macération reste sans que sa population augmente sensiblement. Ce n'est que dans les expériences anciennes, et même pas toujours, que l'on découvre des individus de divers âges. J'ai vu fréquemment des macérations présenter longtemps un même nombre d'individus, et si la génération était aussi active qu'on l'a supposé pour fournir aux besoins de certaines théories, en quelques heures les bocaux devraient en être encombrés. On remarque plutôt des successions de générations diverses qu'un immense accroissement dans la même espèce.

Un Kolpode ou un Kérone n'ayant souvent qu*un seul œuf ou deux dans le corps, cette pénurie dans

(1) Balbiani^ Génération sexuelle chez les infusoires, — Jout' nal de la physiologie de V homme et des animaux, Paris, 1858, p. 349.

BNKY8TE1IBNT MOUIDB. 407

la reproduction ne serait pas suffisante pour remplir l'atmosphère de germes, et elle s* ajoute aux données précédentes pour démontrer que la génération spontanée peut seule expliquer cette multitude de Microzoaires qu'on voit apparaître dans tous les en-* droits du globe.

Section vu. — Enkistement morbide, mort, difflurkce ou

momification.

Lorsque des Infusoires sont tenus assez longtemps sous le microscope pour y périr, ce qui a lieu ordinairement en quelques minutes, on est étonné de voir qu'à rinstant même où la mort arrive, tout leur organisme se désagrège et se réduit à ses éléments primordiaux. Cette dissolution est parfois si rapide que tous ceux-ci s'étendent dans la liqueur en imitant le mouvement des étincelles de ces bombes d'artifice qui éclatent en l'air ; comme si à l'instant même où la vie s'éteint, non-seulement la force coercilive cessait avec elles, mais en outre comme s'il se manifestait au milieu des molécules une force répulsive. Parfois aucun organe n'est épargné, tout disparait instantanément. J'ai observé ce curieux fait sur des Kolpodes et des Yorticelles. 11 a aussi frappé MM. Gérard et Pelletier (1). C'est ce phénomène que M. Dujardin appelle Diffluence (2).

(1) Gérard. Dictionnaire d'histoire naturelle, Paris, i845^ t. VI» p. 66.

(2) Ddjardin, Histoire naturelle des infutoireê, Paris, 1841, introduction.

408 HiTÉROGÉMIE.

D'autres fois, au lieu de se désagréger subitement ainsi, les Microzoaires se conservent en entier ou seulement en partie, et leur corps, comme nous l'avons vu, vient augmenter l'épaisseur de la pellicule proligère et parfois même la former presque entièrement. Dans certains cas^ on voit l'enveloppe externe de diverses espèces de Kolpodes se dissoudre en quelque sorte dans le liquide, tandis que les estomacs seuls résistent et se reconnaissent dans la pseudo-membrane soit à leur teinte jaunâtre, soit à leur diamètre. Avec de l'habitude, on distingue fort bien ces estomacs d'avec les ovules de même volume et dont il devra sortir quelques Monades. Ces phénomènes de diffluence totale ou partielle ne s'observent que dans les grosses espèces de Microzoaires ; les petites restant ordinairement intactes après leur mort.

Enfin y dans certains cas les Microzoaires avant d'expirer semblent s'enkyster ; je dis semblent s'enkyster, parce que dans l'acte qui a lieu il n'y a point exactement là un enkystement : il n'y a qu'un changement de forme, mais non la production d'une enveloppe ad ventive. Voici ce que j'ai observé et exactement observé sur des Paramécies. Lorsque ces animalcules emprisonnés entre deux verres, sont soumis à l'observation pendant quelques minutes, il arrive que la gêne qu'ils éprouvent les porte bientôt à changer de forme. Us se raccourcissent et, en même temps, leur corps qui était aplati se gonfle peu à peu; et en sept ou huit minutes une Paramécie qui était piriforrac devient parfaitement sphérique. Sous cet état elle continue pendant un certain temps à se mouvoir

ENKY8TEMENT MORBIDE. 409

en roulant en quelque sorte dans le champ du microscope. On voit manifestement que sa translation se produit à Taide du mouvement ciliaire qui s'observe à sa surface. Alors cet animalcule ressemble absolument à un œuf de spongille. Peu de temps après il devient immobile : les pulsations de la vésicule cardiaque n'ont pluslieu et le mouvement ciliaire s'anéantit. Enfin, quelques instants après, l'enveloppe cutanée se rompt et par une ou deux larges fentes qu'elle offre on voit saillir une masse hyaline, incolore, dans laquelle on ne distingue aucun viscère , aucune granulation : l'animalcule est mort et vient d'éclater (1).

C'est là ce que l'on peut nommer enkystement morbide, quoique, je le répèle, il n'y ait qu'une déformation générale qui précède la mort.

M. Claparède prétend, avec raison, que surun grand nombre de Protozoaires l'enkystement a pour but de soustraire ceux-ci à quelques influences nuisibles (2). Mais dans ce cas, comme nous l'avons dit, il n'y a qu'une déformation' maladive. Selon nous, c'est un enkystement morbide que M. Hafmea figurésous le nom de métamorphose de laTrichode lyncée (3).

Les Infusoires subissent assurément certaines métamorphoses ; il suffît de comparer les planches d'Ehrenbcrg et de M. Dujardin, ou même de comparer

{\ ) Voyez planche ii.

(2) CLkPAniDE. Supplément aumémoiresur la reproduction des infusoires (Mémoire présenté au concours, 1858).

(3) Haime^ Métamorphose de la Trichode lyncée. Ann. de 8C. nat.

410 HtrtROGiKIB.

ces planches entre elles, pour en être convaincu. Mais ces métamorphoses sont souvent loin d'être aussi considérables qu*on Ta prétendu dans ces derniers temps* Les uns, à Texeraple de T. Kulzing, assurent avoir vu des Microzoaires se transformer en végétaux inférieurs (1); d'autres, au contraire I considèrent les transformations comme destinées à élever l'animalité,, et tel ost Agassiz, qui pense que certaines espèces de Paramœcium et de Bursaria^ ne sont que des larves de Planaires (2). D'autres enfin, avec M. Burnett de Boston, ne voient dans les Infusoires qu'un recepia-^ ctdum omnium anirhalmm et planiarum^ et lesregar-. dent comme les germes ou les larves d'un certain nombre d'êtres inférieurs de toutes les classes (3).

La moindre critique suffit pour démontrer que l'on a professé les plus inadmissibles opinions sur l'enkystement et les métamorphoses des Microzoaires. Ainsi M. Stein prétend que les Yorticelles, après s'être enkystés, deviennent dcsPodophrys (4). M. Pineau assure, au contraire, que ces mêmes Vorticelles, après

(i) T. KuTziRG, SuUa metamorfosi degli infusori in alghe infe^ riori, Giornale dell' L R. istilulo lornbardo di scienze leltere ed artî. Milan, 1845, t. XI. p. 229. Trad. de l'allem.

(2] Agassiz^ Comp. y4nnals ofnat. Mst, 1850, p. 156.

Thus Agassiz has shown Uiat paramecium and Bursaria, etc., are onl; larval forms of planai-iœ.

(3) BuRRETT, Reviews and Records in j4natomyand Physiology. Theamerican Journal or sciences and arts. 1854, t.XVHI, p. 105.

(4) Stein, Zeitschrift de MM. SIebold et Kolliker. 1852. annales and magazine ofnaturalhtstoryy t. IX. p. 471. — Recherches sur le développement des vorticelles, Ann. se. nat. Zoologie. 1852, t.XViII,p. 95.

ESKYSTEMBNT MORBIDE. 411

cet enkystement, produisent des Oxytriques (1). En présence d'assertions si opposées, il faut bien que Vun de ces deux observateurs soit dans Terreur. Ce qu*il y a de certain c'est qu'ils y sont tous deux. Ce qui probablement les aura trompés, c'est qu'après avoir vu des Yorlicelles dans une macération, ils y auront trouvé des Podophrys ou des Oxytriques, et ils ont pris une génération qui succédait à l'autre, comme n'^ étant qu'une métamorphose.

M. Slein lui-même se charge de prouver l'exactitude de ma supposition. Il raconte, qu'ayant mis des Vaginicola cryslallinaj Ehr., dans des vases, trois jours après, quand il visita ceux-ci, ils étaient remplis d'^l^ cinela mysladnaj Ehr., et il prétend que comme ce fait s'est répété deux fois, on ne peut l'attribuer qu'à une métamorphose (2). M. Claparède s'est élevé énergiquement contre cette conclusion, et il a eu raison (3). C'est souvent ainsi qu'ont procédé les observateurs qui nous racontent tant d'étrangetés sur les Microzoaires. M. Gros est encore intervenu lui-même, pour achever de démontrer combien toutes les observations ont été inhabilement conduites. Pour lui il soutient une thèse encore différente de celle de MM« Slein et Pineau ; il prétend que lesYorticelles ne sont que les résultats de la métamorphose des Kolpodes (4) .

(1) Pineau, Observations svr Us animalcules infusoires. Ann. se. nat. Zoologie, 1848, t. XIX, p. 99.

(2) Stein, Die Infusionsthierchen, elc, p. 38 et 40.

(3) Claparède, Mémoire sur le développement des infusoires.

(4) Gros^ De la génération primitive ascendante, faeuUaiivêy cofi-

412 HÉltROGBNIE.

Lorsque l'on voit ainsi MM. Stein, Pineau et Gros admettre des théories si diamétralement opposées, n'est -on pas autorisé, plus que suffisamment, à considérer leurs diverses opinions comme absolument erronées? Pour moi je reconnais n'avoir jamais vu de Vorlicelles s'enkyster, et jamais je n'ai yu non plus de kystes à l'extrémité de leur filament d'attache, comme en%»nt figuré MM. Pineau et Stein. Et d'ailleurs Ton remarque que les kystes, dont parlent ces deux observateurs, se montrent souvent dans des macérations où il n'a jamais existé de Vorlicelles et dans des pseudo -membranes tellement compactes qu'aucun de ces animalcules n'y existait évidemment. Ces enkystements représentent pour moi, jusqu'à nouvel ordre, des ovules primaires.

Au milieu de ses recherches sur la genèse des Microzoaires, le zoologiste attentif est frappé d'une chose, c'est de la diversité morphologique des espèces qui se succèdent sous ses yeux ; et celle-ci est telle qu*il est extrêmement difficile, et souvent tout à fait impossible de les déterminer. Quelquefois même une multitude de formes apparaissent dans une seule expérience. Ainsi dans une macération de quelques fragments d*un os humain que j'avais rapporté deshypogées de Thëbes, et qui avaient passé trois mois dans l'eau, j'ai vu s'ofi^rirà la fois la plupartdesVorticellesde notre faune française et en outre un grand nombre d'autres espèces que je ne sache pas que Ton ait ja-

tingente des infusoires polygastriqi^es et rotifh'es, 1855 (Mëm. présenté au concours).

BNKYSTEMENT MORBIDE. « 413

mais représentées; c*étai( un monde nouveau (1).

Ces faits ont déjà frappé comme moi plusieurs savants, ils sont donc fort positifs, et il faut même qu'ils parlent bien hautement, puisque plusieurs descripteurs d'espèces ont été forcés de les reconnaître. Ce sont encore là, comme on le voit, autant d'arguments en notre faveur et que les ovarisles ne pourraient nullement expliquer.

C'est ainsi que dans ses expériences sur la génération spontanée, Gruiihuisen, prétend que dans plus de mille cas, jamais les Microzoaires ne se sont présentés sous des formes identiques dans les infusions de substances diverses ou dans les mêmes matières, lorsqu'on les exposait dans des circonstances différentes (2). Burdach assure aussi que les Microzoaires harmonisent leurs formes avec le milieu dans lequel ils se trouvent placés (3). Et il me semble qu'Ehrenberg et Treviranus soutiennent la même hypothèse en avançant qu'ils n'ont jamais pu obtenir des Infusoires de forme déterminée dans des Infusions également déterminées (4) : cela me parait constituer une série d*arguments sérieux.

Les observations d'Ehrenberg ont aussi démontré

(1) Les fragments d'os soumis à cette expérience provenaient de rextrëmilé inrérieure d'un tibia. Ils restèrent dans l'eau pendant les mois de janvier, février et mars^ et furent observés le 1er avril. — La macération ue contenait absolument que des Vor-

ticelles,

(2) GnuiTHUiSEN^ Organoxoonomie. Munich, 1811, p. 164.

(3) BuBDACH, Traité de physiologie. Paris, 1837, t. I, p. 26.

(4) TaBViRAHUs, Biologie.

416 HÈTÈROGÈNIB.

gues et plus précises, en plaçant des Microzoaires sur de la batiste très -fine, et en pressant légèrement celle-ci avec le compresseur ; alors on obtient des mailles ou des intervalles de 0,10, à 0,12 de millimètre dans chacun desquels il ne se rencontre ordinairement qu'un seul Inrusoire^de forte taille. Là, sans désemparer, on peut suivre successivement le mode d'introduction des substances alimentaires et le procédé par lequel celles-ci se répartissent dans les vésicules stomacales. Là aussi, on peut compter les contractions des vésicules destinées à la circulation, en déterminer les intervalles, en mesurer l'étendue.

Voici jusqu'à ce moment ce que j'ai pu bien voir, et les points sur lesquels je ne crois pas que, par la suite, on puisse me faire d'objection sérieuse. Dans les Infusoires appelés par Ehrenberg Polygasiriques^ il existe évidemment des estomacs vésiculaires plus ou moins nombreux. Les observations du zoologiste de Berlin et les nôtres se trouvent même pleinement confirmées par l'analogie. En efTet, j'ai découvert qu'il existait sur les larves du Cousin commun un appareil digestif ayant les plus grands rapports avec celui de ces Polygaslriques. Chez ce Diptère, l'intestin est enveloppé par une couronne de huit estomacs vésiculaires, ovoïdes, qui ne tiennent à celuici que par un canal imperceptible, et qui se remplissent de carmin, avec la même facilité que le font les vésicules stomacales des Microzoaires (1).

Le nombre et le diamètre de ces estomacs est fixé

(1) PoucoET, CamfîêS rendus de l'Académie des icienees. 1847. Zoologie^ t. Il, p. 192, pi. xxi, Ûg. 1.

ANATOMIE DBS MIGROZOAIRES. 417

sur chaque espèce ayant acquis tout son développement. Ces organes présentent aussi une forme et une structure invariables. Ils sont presque constamment globuleux, et leurs parois offrent une minceur extrême. On aperçoit très-bien la forme, et Ton peut apprécier facilement le diamètre de ces estomacs, sans même avoir besoin qu'ils soient gorgés de suIk stances colorées. Il suffit qu'ils se trouvent remplis d'aliments. Quoique les parois des vésicules stomacales soient excessivement minces, cependant, lorsque cellesrei contiennent 4es substances alimentaires, on les aperçoit très-bien ; mais dans l'état de vacuité, on ne les distingue nullement. On ne peut donc considérer ces cavités stomacales, ainsi que l'a fait M. Dujardin, comme de simples vacuoles creusées à voîorUé dans la substance glutineuse du corps, et n'offrant aucune paroi propre (1). Dans les Vorticelle9, on compte trente à quarante estomacs vésiculaires, ayant un diamètre de 0,005d à 0,0076 de millimètre^ à l'état de plénitude. Dans les Kolpodes, il en existe constamment vingt à trente de 0,0 100 de millimètre de diamètre, lorsqu'ils sont remplis d'aliments.

La prétendue rotation de ces estomacs, que quelques observateurs ont signalée, est une étrange illusion d'optique* Ces organes sont fixés dans leur région respective, et ne s'en éloignent que dans le rqiport de l'élasticilé des tissus; C^est la gyration du vitellus des Orafs contenus dan& le corps qu'on a pris pour un mouvement des estomacSi

{{) bxiiKMnn^ Zoophytes infusoires, p. 70.

POUCHET. *''

4i8 HÉTÉR06ÉNIK.

La vésicule contractile des' Microzoaires est un véritable organe circulatoire, représentant le cœur des animaux élevés. Cette vésicule contractile ou cardiaque est ordinairement unique, et contient un fluide analogue au sang, offrant une teinte d'un jaune fauve extrêmement clair, ce qui la rend facile à distinguer.

Chez les Yorticelles , cette vésicule cardiaque est unique et acquiert un volume énorme , comparativement à celui de ces animalcules. Sur des Yorticelles de 0,080 à 0,100 de millimètre de longueur, elle dOTre, totalement dilatée, jusqu'à 0,020 de millimètre de diamètre. Chez ces Microzoaires , elle possède des parois extrêmement distinctes , et présente en avant une sorte de conduit jaunâtre , qui ne peut être qu'un vaisseau afférent ou efférent. Sur les Rolpodes, la vésicule cardiaque est également unique, mais proportionnellement plus petite; elle offre de 0,012 à 0,015 de millimètre de diamètre, sur des individus de 0,100 de millimètre de longueur. Sur les Glaucomes, elle n'a que 0,010 de millimètre de diamètre. Chez les Dileptes, il y a deux vésicules cardiaques qui se contractent successivement; l'une est située à l'extrémité postérieure du corps, l'autre vers le centre.

Chez les Yorticelles, la vésicule cardiaque se remplit très-lentement et ne se vide qu'à de longs intervalles, mais subitement; elle se contracte toutes les deux à six minutes. Chez les Kolpodes et les Glaucomes, les mouvements de cette vésicule imitent tout à fait ceux du cœur des grands animaux : ijs sont très*rapprochés. L'organe se dilate et se remplit in-

ANATOMIB DES MIGROZOAIRES. 419

stantanément du fluide sanguin , mais cependant lés contractions n*ont lieu que toutes les sept à dix secondes, à la température de 20 degrés centigrades.

Récemment, dans leur Traité d'anatomie comparée, Siebold et Stannius ont confirmé ce que nous avions découvert, et ils y considèrent aussi les vésicules contractiles des Microzoaires comme des ébauches d'organes circulatoires (1).

Enfin, chez toutes les Yorticelles , il existe un sac parfois fort apparent, situé du côté opposé à la vésicule cardiaque, et qui s'étend dans presque toute la longueur de ces animalcules. L'intérieur de ce sac présente des mouvements moléculaires très-apparents, qui paraissent évidemment dus à la présence de cils vibratiles. Parfois ce sac se contracte d'avant en arrière, et semble transporter dans cette direction une masse en mouvement, très-distincte des vésicules stomacales qu'elle refoule. Ce sac est, selon nous, l'organe respiratoire dé ces animaux, formé chez eux d'une simple cavité branchiale dont la surface est couverte de cils, comme les branchies de certains Mollusques. Ses mouvements sont ce qui en a imposé à certains micrographes, soit^enleur faisant croire qu'il se creusait des vacuoles dans le tissu, comme Ta professé M. Dujardin , soit en leur faisant admettre qu'il existe chez les Microzoaires une espèce de circulation de granules, semblable à celle que l'on observe sur certains végétaux, ainsi que Ta avancé M. Meyen.

(i) Siebold et StaN!«iu8, Manuel (Tanatomie comparée. Paris, 1850, t. 1, p. 19.

420 HÉTËR06ÈNIE.

Lorsque j'eus terminé ces observations sur l'organisation des InfusoireSy je deiïieurai parfaitement convaincu^ que ceux-ci possédaient une structure anatomique assez complexe : mais, désirant enfin réfuter, sans réplique, les assertions des savants qui professent des doctrines toutes différentes, je sentis qu'il n'y avait qu'un seul moyen pour obtenir ce résultat, c'était d'observer le développement de ces animaux, et de reconnaître, sous les enveloppes de l'embryon; l'existence et les mouvements de la vésicule cardiaque, comme je les avais souvent aperçus dans les œufs de beaucoup de Mollusques. Mes recherches ayant été couronnées de succès, alors elles ne me laissèrent aucun doute. '

Sur des œufs spontanés de Vorf icelles, dont les animalcules étaient à la veille de sortir de leur coque, j'ai reconnu l'existence de la vésicule contractile ou cardiaque, et constaté ses mouvements. Cette vésicule était proportionnellement moins volumineuse que sur les animalcules entièrement développés, et ses pulsations moins fréquentes. Ces œufs, alors totalement occupés par l'embryon , offraient 0,04 de millimètre, et la vésicule contractile, qui était placée vers leur centre, présentait dans son plus grand développement 0,005 de millimètre. D'après ce qui précède, la vésicule contractile ne peut donc être assimilée qu'à un cœur. On la yoit déjà se manifester comme le punctum saliens des embryons ovipares. D'après cela aussi, on ne peut plus considérer les vésicules contractiles comme appartenant, soit à l'appareil génital y comme le voulait Ehi^enberg , soit

ANATOMIB DBS 1IIGR0Z0AIRB8. 421

à l'appareil respiratoire, comme le professait Spallanzani. En effet, l'opinion de ces deux savants ne peut nullement résister à l'examen.

Si, avec l'illustre zoologiste de Berlin, on prétendait que la vésicule cardiaque appartient à l'appareil génital mâle, dont elle représenterait une vésicule séminale, et que ses contractions correspondent à l'é-^ mission du fluide spermatique qui la remplit; comme cette vésicule offre un volume . considérable , compas rativement à celui de l'animal, il en résulterait qu'en peu de minutes, souvent. un Microzoaire aurait sécrété et expulsé un volume de sperme dépassant considé-^ rablement le sien, et qu'il répéterait cet acte dMrant fous les instants de sa vie, ce qui est totalement iaad^ missible. D'un autre côté aussi , il est certain que l'appareil ne peut pas être destiné à la respiration, et qu'il n'est point un^apparei^ aquifère; car, si réellement le Huide^qu'il. contient était. expulsé au dehors, lors de ses contractions, on verrait , tant l'organe est volumineux,, l'animalcule s'affaisser ou se contracter et diminuer sensiblement de: volume, ce qui n'a pas lieu ; d'ailleurs, le fluide qu'il contient possède une couleur prc^re* II faut donc que la vésicule con-* tractile soit un oi^ane cientral de : circulation , qu'elle ne se vide qu'en répartissant ^n .fluide dan3 d'ai|tres régions du corps; fluide qui ne peut être lui«* même que le fluide sanguin. C'est un coçur.

L'investigation de tout ce qui concerne les Microzoaires présentait d'énormes obstacles à cause de leur infinie petitesse; mais, loin d'en surmonter la difficulté par de patientes observations et de ri*

422 HftrÈROGÉNIE.

goureux commentaires, certains savants n'ont que trop souvent traité ce sujet avec une inconcevable légèreté.

C'est ainsi 9 par exemple, que, dans son chapitre consacré à l'histoire des organes digestifs des Infusoires, M. Dujardin confond la vésicule cardiaque ou contractile avec ces organes. En parlant des vésicules digestives:« Ces vésicules^ dit- il, remarquables par leur extensibilité indéfinie et par leurs conirMtions subites, etc., etc. » D'abord, les vésicules stomacales ne sont pas susceptibles d'une extensibilité indéfinie ; leur maximum d'expansion est déterminé: et, en outre, jamais elles ne se contractent subitement; c'est le cœur qui seul possède cette faculté.

Il résulte donc de mes observations sur les Infusoires :

Qu'avec M. Ehrenberg, j'admets chez eux un appareil digestif; que les vésicules contractiles des Infusoires représentent le cœur ; que les Vorticelles ont un troisième appareil vital fort apparent, qui ne peut être qu'un organe respiratoire branchial; que les embryons des Infusoires présentent aussi le phénomène de la gyration et le punctum saliens.

M. Balbiani, dans un récent travail, considère certains Microzoaires, les Paramécies, comme étant hermaphrodites , et décrit leurs ovaires et leurs spermatozoaires. Ses observations me paraissent positives (1).

(I) Balbiam. Génération sexuelle chez les Infusoires. Journal de lu physiologie de r)ioinine et des animaux de Brown-Sequard. Paris, 4858, p. 347.

ANATOMIB DBS MIGROZOAIIIBS. 4t3

Quelques physiologistes, parmi lesquels il faut compter J. Mûller (1), prétendent qu'Ehrenberg, en découvrant les organes internes des Microzoaires , a rendu improbable leur production par la génération spontanée. Quoique ayant nous-méme étendu ces connaissances, cela ne nous empêche pas de regarder ceux sur lesquels nous en suivons le développement, comme n'étant le plus souvent que le produit de Thétérogénie. Ehrenberg, tout en prétendant que les Infusoires naissent d'œufs, laisse indécise la question de savoir si ceux-ci ne sont pas eux-mêmes, en partie, le produit d'une génération spontanée (2). Nous ne demandons rien de plus.

Quoique J. Carter se soit assez longuement occupé de l'organisation des Microzoaires, nous n'avons rien emprunté à cet auteur, parce qu'il nous a paru n'avoir pas traité son sujet avec autant de précision que l'avaient fait les micrographes qui l'ont précédé , et n'avoir donné que d'inexactes figures (3).

Avant d'entamer un autre sujet, je dois réfuter de tout mon pouvoir les assertions inexactes que m'attribue M. Claparède. Il prétend que j'ai adopté les idées de sexualité des Infusoires, ainsi que l'a fait M. Nicollet (4). Je n'ai jamais écrit un seul mot, ni dans

(1) J. MuLLEA, Physiologie. Paris, 1845^ 1. 1^ p. 43.

(2) ËHRKNBERG-PooGENDORp's, Annùles 1832. Comp. R. Wagnek^

Jiis. 1832. p. 383. J. Mollbr, Manfâel de physiologie. Paris, 1845. ;

(3) H. J. Gartbr, On the organization of infworia. The annaisand magazine of natural history.Lond., 1856, t. XVIII^ p. 115.

(4) Claparède, Recherches sur la génération des Infusoires. Mémoire présenté au concours de l'Académie des sciences.

4t4 . uteiBOGiifiB.

iQerMémaire& sur ji'organîsatiofi des Miorozoaires, ni dans ma Zoplogi^, qui.puiase faire supposer oela. Il n'y a même que bien peu 4e. teropa qu'après de longues rechercher» j'aâ enfin vu des œufs à Tintérieur de quelques-uns d^ ces animakules. Plus loin» M.Cla* parède prétend auwifve . j'ai cru que les Micro» zoaires, en sortant de r<auf s, avaient la forme qu'ils auraient plus tard. Cest tout le contraire que j'ai dit» On peut s'en convaincra eb «xainînaBtkpreipière planche 4eice livre, sur laquelle j'ai représenté, il y a d^à longteinps, les métaoiQiq[>hoses . des.Kol** podes (1).

M. Claparède prétend aussi que j'aî pris» k pharynx des VorticeUes pour un appareil respiratoire. Je n'ai présenté mes observations sur oet appareil qu'avec une certaine réserve; ce n! est qu'aujourd'hui que je suis parvenu à les considérer comme exactes. Si M. Claparède voulait se reporter à toutes les figiuveâ où les naturalistes ont représenté les organes internes des VorticeUes ^ il y verrait que son» opinion ne peut pas. un instant êt^e. soutenue (3). Vorgaoe que.je considère oomm^s une poche respiratoire &'a-» vafice jusqu'au fmd du corps ; et M4 Claparède aurait pu voir que, dans tous les ouvrages où l'on déirrit, ou bien où l'on figure le tube digestif des VorticeUes , tels que ceux d'Ehrenberg, R. Owen, etc., on repré-

(i) Compuls. PoocHET, Comptes rendus de V Académie des seknee$. i847. -^Reoharch$s tur Us organes de l^dige^imi, dêlacircur laikm et de la respiration des Infueoires. 4848.

(2) Comp. R. OwBR, Leciuree on the comparative amaiomy and physiology. Londres, 1843, p. 21.

FORCI» GintolQOBS. 4i5

sente celiiir*ci comme une anse recourbée qui , defms sou origine jusqu'à sa terminaison, porte des poches stomacales. Or, a^ cette disposition, udphat*ynx ne peut donc pas s'enfoncer profondément dans le corps. Epfin, l'organe que^j'ai représenté est tellement dififérent de l'appareil digestif, que les satants qui oat figuré des Vorticelles l'ont eux-mêmes tirès^explicitement tracé, sur leurs dessins, comme forcés par une simple réminiscence de leurs impressions* M. Clapa* rède pourra vérifier mon assertii» .en ae reportant aux figures que . l'on trouve dans ies œavres d'Ehrenberg, de R. Owen, de Carus i de J.MuUer, de Los)get, de Yan Ofenedesi etGervais., de Gh. Bobiq et Litlré, etc. , et il y verra même que tousi ceux-ci représentent cet. organe comme un coeoum formé en arrière. (1) ; ce ne peut donc pas être un pharynx. Je n'ai donc que le mérite d'avoir tracé la signification de l'oi^gane, car celui-ci a été vu par tout le monde, sinon expliqué.'

FoacES G^NfisiQUES. *-f-Nous avons déjà dit queTovule n'était nullement uiie expansion du tissu mater^ nel, mais qu'il dérivait d'une foDee particulière, qui lui est absolument inhérente. L'étuds attentive des premiers phénomènes génésiques qui. se passent dans

(1) Ehrbrbbrg^ Die Infusionsthierchen^ PI. 25, 26 et 28, sur un grand nombre de Vorticelles et d'Epystilis représente ce prétendu pharynx de M. daparède c6ninie un sac fermé «n arrière. J. MuLLEB, Manwl de physiologie. Paris. 1845, p. 571.' ^ I16n- CET, Traiié de physiologie. Paris, 4850, t. 11^ p. 37, 6g. 2. — VamBeneden et Gervais. Zoologie médicale. PaVis, 4859, t. II, p. 415. — Go. RoBin ET LrrrRÈ. Dictionnaire de ftiédecine de Nysten. Paris, 1858, p. 580.

4io hAtèrogénib.

Tovaire, et les assertions des homihes les plus compétents sur cette matière ne laissent aucun doute à cet égard. Kôlliker considère les cellules primordiales, d'où procède chaque organisme, comme naissant au milieu d'un Blastème ou substance conjonctive ^ qui est ordinairement tout à fait liquide (1).

Cet histologiste ajoute que ces cellules apparaissent d'une manière indépendante au milieu du liquide formateur. Et, après avoir dit qu'il admet la production spontanée des cellules partout où il existe des noyaux libres, Kôlliker affirme que la formation de l'œuf de beaucoup d'animaux lui paraît être l'une des preuves les plus certaines du développement spontané des cellules (2).

Or, ce savant , ainsi que Siebold Ta fait aussi, considérant certains Proto-organismes végétaux ou animaux comme n'étant composés que d'une cellule ; on voit donc que, pour lui , les Microzoaires peuvent n'être que le résultat d'une spontéparité (3).

Il est évident que, dès qu'une cellule se forme spontanément dans le blastème d'un animal , et telle est l'opinion du chef de l'histologie, il peut s'en former plusieurs et en résulter un œuf plus ou moins complexe; c'est aussi ce qu'il pense.

Ce sont là les vues que nous venons nous-même

(1) KÔLLiKEH, Elémenls d'histologie humaine. Paris , 4856 , p. 9 et 18.

(2) KÔLLIKER, Eléments d'histologie humaine. Paris, 1856, p. 20.

(3) RÔLLiKBB, ElémenU d'histologie humaine. Paris, 1856, p. 14.

FORCES GiNÉSlQUES. 427

émettre; seulement , au lieu de restreindre la scène au blasième de l'ovaire , nous en étendons le siège à la pellicule proligère ; véritable blastème aussi, qui, comme nous l'avons vu, est lui-même formé de granules organiques, et, par cela même, extrêmement apte aux phénomènes génésiques.

En parlant de la genèse des animaux et des plantes, MM.Littréet Ch.Bobins'exprimentainsi : «Rien n'existant que des matériaux liquides, on voit ces matériaux se réunir presque subitement, molécule à molécule, les uns aux autres, en une substance solide ou demi-solide. La genèse des éléments est caractérisée par ce fait, que, sans dériver directement d'aucun des éléments qui les entourent , ils apparaissent de toutes pièces par générations nouvelles, à l'aide du blastème fourni par ces derniers ; blastème dont les matériaux se réunissent molécule à molécule. Ce sont , comme on voit , des éléments qui n'existent pas et qui apparaissent. C'est une génération nouvelle, qui ne dérive d'aucune autre directement (1). » Nous avons textuellement traduit ce fragment , parce que c'est un tableau fidèle de ce qui se passe dans la production de l'ovule spontané des Microzoaires ; chez eux, c'est la pellicule proligère qui représente le blastème et fournit l'élément génésique.

Pour nous, en étudiant jour par jour, presque heure par heure, le développement de quelques Microzoaires , nous n'avons rien reconnu qui rappelât dans leur genèse la théorie cellulaire créée par

(1) LiTTRÉ et Ch. RoBiif^ Dictionnaire de médecine de Nysten. Paris, 1858, p. 627.

SchleideD, d'après l'observation des plantes, et adaptée par Schwann à l'Histologie animale (1), En efTet, rien , dans la composition des premiers éléments des Protozoaires, ne peut être assimilé aux cellules avec leur nucleûs ou cytoblaste^ et avec leur nucléole ^ qu'ont distingués si facilement Barry et Bischpff dans l'œuf 4^s mammifères (2). J'ai rapp^é ceci , parce que, daps ses importantes observations, M. Balbiani emploie Ifis termes de noyau et de nucléole, et cela» selon DU)i, à tort, et an 1^ appliquant à l'appareil sexuel (3) . ^

Au moment où nous terminons cette esquisse de l'histoire d^ h for^iation des Microzoaires , je ferai observer .à M« Milne-£dwBrds,,que je n'ai jamais dit un mot qui puisse faire supposer que je /croyais à la genèse d^êtret ampm sans le cmamrs de la puissance vitale {i). Je suis .trop vitaliste pour avoir émis une tellp opinion ; car j'ai toujqurs pensé que les êtres oi:gawsés étaient animés de forces qui ne sont nullement réductibles aux forces, physiques et chimiques*

, {lyScffffjDSf^fSurlafornuUion de V ovule etl'origitie de l'embryon dans les phanérogames. Ann. se. nat. Botanique, t. XJ , p: 129. — ScHWAisN, OhséivaUons microscopiques sur l'analogie de sérucHù^et d'acoroissemmt desvégétauco et des animaux. Ann. se. nat. Zoologie^ t. XVH, P- 5*.

(2) Barrt^ Researches in embi'yology, three séries. London philosophical transactions. 1840. — Bischoff, Traité de développemerU de l'homme ei des mammifères. Pfttis 1843.

(3) Balbiaki, De la génération seanMe dans les Infusoires. Journal de la physiologie de l'homme et des animaux. Paris, 1858, p. 347.

(4) Mu.iie-Edwaiu>s, Comptes rendus de l'académie des sciences. Paris, 1859.

FORCES GiRiSIQUBS. 429

Et ce que je crois, contrairement à lui, c'est que le principe vital qui régit un être organisé ne peut ni s'allonger, ni se couper par morceaux, qu'on me pardonne cette grossière métaphore ; et que par conséquent il n'est ni une expansion delà mère, ni un de ses fragments. Ce n'est qu'une manifestation spontanée, qui domine et régit les forces plastiques de i'oi^nisme : l'ovule ne procédant pas plus de la mère, que le fœtus de l'oiseau de la femelle qui le couve. Ce principe vital est si bien inhérent aux circonstances, et non à l'organisme maternel ou fœtal, il est tellement indépendant de tous deux, qu'on le voit apparaître ou disparaître de leur sein.

Si je demandais à un physiologiste, si une graihe extraite d'un tombeau gallo-romain vit, il me répondrait : non, car le principe vital, sans doute, n'est pas resté inactif près d'elle deux mille ans.

Mettons-la dans 1^ sol, et elle va cependant germer et vivre. Les circonstances y ont rappelé le principe vital qui désormais va Fanimer.

Ainsi se forme l'ovule normal dans Fovaire.

Ainsi se forme Tovule spontané dans la pellicule proligère.

Ainsi revit la semence inerte.

Là , le principe vital trouve dans l'ovaire les éléments génésiqués qui lui sont indispensables ; ailleurs il les rencontre dans la pellicule des macérations. : '

Là, c'est un ovule qui dérive d'élénoents fournis par

la souche maternelle; ailleurs c'est un ovule qui dérive d'éléments iniisés dans une pseudoHoembrane

430 HiTÉKOfiÉinB.

qui en tient lieu. Enfin, la pellicule proligère est à l'ovule spontané, ce que le stroma ovarique est à ToYule maternel.

Le principe vital ne se transmet pas ; il se manifeste dans toutes les circonstances où la vie peut se développer. Telle semence absolument cornée et dense comme le marbre, tel œuf dont l'albumine s'est absolument solidifiée, ne recèlent assurément dans leur sein aucun vestige de vitalité; c*est l'emblème le plus frappant de la mort. Et cependant, si après que ces germes ont passé un long laps de temps sous cet état, vous les soumettez à l'influence de la chaleur humide, la vie y réapparaît tout à coup. On ne peut donc pas prétendre, malgré ce qu'en a dit M. Milne* Edwards (1), que les forces organisatrices ne dérivent que de la nature eh mouvement ; dans ces germes elles se sont manifestées au milieu d'une nature profondément en repos !

Nous pourrions ajouter à ces considérations que la pellicule proligère, au moment où s'y développent des ovules spontanés, n'est peut-être pas plongée dans une inertie aussi absolue qu'on le suppose. La genèse s'y produit au milieu de phénomènes de catalyse qui réagissent sur les débris des générations, qui ont ordinairement précédé celles qui apparaissent. Les fluides des ovaires, au moment où se forment les ovules, sont peut-être sous l'empire des mêmes forces chimiques; ce qui ne dit pas que la vie se subordonne à celles-ci, mais qu'elle y trouve les éléments

(1) Milnb-Edwards, Comptée rendus de l'académie des sciences.

FORCES GiNÉSlQUBS. 431

de sa manifestation. M. Boudin assure que des végétaux parasites se développent parfois sur des pseudomembranes (1) ; ainsi se développe Tovule spontané sur la pellicule proligère, qui est aussi une véritable pseudo-membrane.

Et, en poursuivant cette pensée, on pourrait dire que les phénomènes génésiques ne dérivent pas de la matière en mouvement, mais de la matière en décomposition ; car les fluides granuleux au milieu desquels apparaît tout vestige d'organisation , semblent évidemment dériver d'une excrétion de Torganisme, et peut-être ceux-ci, comme tant d'autres fluides sécrétés, subissent-ils déjà certaines réactions chimiques intimes 7 ainsi donc, il y a peut-être à l'origine de la vie, soit pour l'ovule spontané, soit pour l'ovule maternel, une absolue identité.

Que l'être vivant s'engendre dans unWaire ou dans une pellicule proligère, il n'en est pas moins le résultat d'une force transmise à la matière, et cette force ne dérive pas plus de la mère, à son point initial, qu'elle ne le fait plus tard, quand, après une mort séculaire, une semence reprend le cours d'une vie si longtemps interrompue.

Si l'ovule adhérait à la mère par le moindre funicule, on pourrait supposer qu'il n'en est qu'une expansion et que celle-ci lui transmet activement des parcelles de matière et de vie. Ce qui a égaré l'opinion et fait tout confondre, c'est l'ovule des mammifères, qui, après avoir cheminé libre dans le canal sexuel,

(I) Boudin, Traité de géographie et de sioHsiique médicales, Paris, 1857. t. I, p. 323.

432 HËTÂROGÊNIE.

se fixe et adhère à l'un de ses points et en reçoit la irie à l'aide de son cordon. Bfais tel n'est pas ici le cas ; k son point initial, Tovule s'engendre spontanément au milieu des fluides qui baignent les interstices de Tovaire, comme le grain de fécule se produit dans la cellule végétale. Si autrefois on supposait que celuici adhérait au tissu qui le produit par un funicule, personne aiqourd'hui ne saurait le soutenir (1). Il en est de même pour l'ovule.

MiCRoâHAPHiB ATMOSPHÉftiQUB. — Nous avons déjà vu que Burdach» Hensche, de Baer et Ehrenbei^ avaient condu de leurs expérienceà, qu'il n'existait aucun cemf d'animalcule dans l'atmosphère (2); et, à l'aide d'«xpériences répétées, nous sommes arrivé à là même opinion;

Il n'entre nullement dans notre pensée, cependant, de prétendre que c'est un fait absolu. On rencontre parfois quelques œufs de Microzoaires flottant dans l'air, comme on y rencontre une infinité de corpuscules légers, mais c'est une véritable et rare exception ; aussi, jamais ceci ne pourra fournir un argument sérieux pour expliquer l'extraordinaire apparition des Microzoaires partout où s'offre la moindre flaque d'eau corrompue. En analysant l'air, jamais nous n'en avons trouvé d'une manière notable nageant dans ce fluide, soit que nous le prenions dans notre laboratoire, qui devrait en être encombré ; soit

(i) Rabpail, Chimie organique.

(2) BuRDACB, Traité de physiologie. Paris^ 1837, 1. 1, p. 25. — EnumBBRG, Die geographisehe, etc. (de la répartiUon géographique des Infusoires sur le globe).

MICROGRAPHIE ATMOSPHÉRIQUE. 433

en le prenant dans un lieu élevé. Lorsque j'ai bien positivement découvert un œuf de gros Microzoaire, et cela ne m'est arrivé que deux fois, c'était dans la poussière de ce même laboratoire; et cet œuf, toujours déformé et que l'immersion n'a jamais ranimé, s*y rencontrait mêlé à une foule de corpuscules. Si j'ai été étonné, c'a été d'en rencontrer si peu, là où cependant il aurait dû tant en exister, si réellement l'air en est le véhicule.

M. de Quatrefages ayant de nouveau prétendu que l'atmosphère est le disséminateur des germes (i), le meilleur argument que nous puissions lui opposer est la citation de nos expériences qui confirment absolument celles des savants que nous venons de nommer.

Dans nos expériences, les macérations de poussière ont presque constamment été peu fécondes et ne nous ont présenté aucunes espèces d*une organisation élevée. Si les œufs des Microzoaires étaient réellement déposés par l'atmosphère, les anciennes couches de poussière en devraient contenir une immense quantité, et, pour peu que leur vitalité se conserve, chaque fois que l'on expérimente, on devrait avoir une récolte immensément plus abondante et plus variée que lorsque l'on se sert d'une simple macération de plantes; la poussière recelant parfois la rosée d'œufs amassée depuis des siècles, tandis que nos vases ouverts ne reçoivent que le dépôt d'un petit nombre d'heures. — Tout cela est, je crois, logique. Et, cependant, c'est le contraire qui s'observe.

(1) De Quatbcfages, Comptes rendus de VAciuIémie des sciences, Paris, 1859, t. , p.

POVCBIT. 28

Tout ce que nous avançons. Tune de nos expériences le démontre plus que suffisamment.

Expérience. — Je pris 5 grammes de poussière séculaire dans les combles de la cathédrale de Rouen, et ils furent rois dans 100 grammes d'eau distillée. Ensuite, dans un vase pareil à celui qui avait éléemployé, on mit 1 00 grammes d'eau distillée et 5 grammes de tiges d'aster de la Chine, sèches, etqui avaient été exposées pendant deux heures dans un bain de sable chauffé à SOO"". Les deux vases furent placés ensemble sous la même cloche de verre ; et huit jours après, une température de 18° en moyenne ayant régné, on les observa. Celui qui contenait la poussière séculaire n'était rempli que de Vibrions et de Monades assez clairsemés. On y voyait en outre, mais en fort petit nombre, quelques Kolpodes. Le vase qui contenait les tiges d'aster était encombré de Monades et de Kolpodes. C'était donc l'expérience dans laquelle il y avait lieu, dans l'hypothèse de lapanspermie, d'espérer une plus nombreuse progéniture, que celle-ci, au contraire, était plus rare.

Du reste, nous allons voir que l'opinion de M. de Quatrefages succombe en présence des faits ; l'expérience la condamne, et l'observation l'anéantit sans retour. En effet, l'analyse nous démontre que les petits corps sphériques ou ovoïdes dont parle ce savant, et qui, selon lui, font naître l'idée d'un œuf d'une excessive petitesse, sont tout autre chose que ce <^u'il pense. '

L'atmosphère qui nous environne contient en suspension une foule de corpuscules qu'on y voit mani-

MIGROGRAPHIB ATMOSPHÉRIQUE. 435

festement voltiger lorsqu'on introduit un rayon de lumière dans un endroit obscur. Ceux-ci se composent de parcelles de l'écorce minérale du globe, de débris d'animaux et de plantes, ainsi que des détritus de tout ce qui est employé pour nos besoins. Ces divers corpuscules y sont d'autant plus nombreux que l'atmosphère se trouve plus violemment agitée par le vent. C'est à eux que nous donnons le nom de poussière, soit lorsqu'ils se trouvent ostensiblement dans l'air, soit lorsqu'ils forment des dépôts dans nos habitations ou ailleurs.

Le transport des masses de poussière qui sont en» levées par l'air a été décrit dans la Géologie de M. de Beaumont (1). L'illustre savant a démontré combien cet acte, qui nous semble ne se produire que sur une faible échelle, avait cependant de notables résultats. J*ài eu l'occasion de reconnaître que ses vues étaient exactes. On a bien signalé comment certaines villes , telles que Pompéï et Herculanum avaient été en partie ensevelies sous une pluie de poussière volcanique ; mais la science se tait à l'égard de phénomènes peut-être encore plus remarquables que produit, dans nos cités, l'accumulation de la poussière atmosphérique déposée par la succession des siècles. C'est un fait qui m'a plusieurs fois frappé durant mes voyages. Je ne parle pas du transport du sable qui vient combler les gorges des montagnes des bords du Nil, après avoir franchi les sommets de la chaîne lybique , ni de celui qui envahit l'intérieur des temples de l'ancienne

(i) EUE DE Beai]mont^ Leçons de géologie.

436 BÉTÉR06ÉNIE.

Egypte, et arrive presque à leur comble; mais je veux signaler ici le dépôt lent de la poussière qui se produit dans toutes nos ci tés, et qui tend sans cesse à en exhausser le sol. Cet amas de poussière n*est pas sensible au milieu de l'activité de nos villes modernes et du système de nivellement des rues ; mais la manière dont la poussière s'accumule et exhausse le sol dans certaines villes, ou dans certains monuments en ruines, constitue assurément un j)hénomène important. C'est cette accumulation de poussière qui a envahi la plupart des monuments de Rome, qu'il a fallu en quelque sorte exhumer quand l'amour de l'art nous a porté à les revoir. L^arc de Septime-Sévère réside aujourd'hui au fond de l'excavation qui a été creusée pour le remettre en évidence. Il en est de même du socle des colonnes Trajane et Ântonine I En Egypte, j'ai reconnu que la petite ville d'Esné, qui entoure le temple, s'est successivement élevée presque jusqu'au niveau des chapiteaux de ses hautes colonnes. Maintenant, on descend un long escalier pour arriver sur le parvis de ce temple, qui assurément était autrefois au niveau du sol. La poussière n'étant formée que par le dépôt des corpuscules que charrie l'atmosphère , il est évident que son étude attentive n'est que l'analyse microsco* pique de l'air. La poussière se compose d'une multitude de corpuscules solides de nature variée. MM. Ch. Robin et Littré (1), qui ont donné une bonne nomenclature de ceux-ci, prétendent que leur diamètre varie

(i) NTStEN, Dictionnaire de médecine de NysUn, onzième édition, par Robin et Littiié. Paris,lS58, p. 1147.

MICROGRAPHIE ATH08PHÉR1Q1JB. 437

deOyOOt de millimètre et moins, jusqu'à 0,010. Mais à rintérieur de quelques monuments des environs de la mer, exposés à de forts coups de yent , nous avons souvent rencontré des particules de silice qui atteignaient 0,0140 de millimètre.

Les granules d'origine minérale présentent peu de variété. Ils proviennent essentiellement du détritus des roches qui se trouvent à découvert dans la contrée dont on observe la poussière, de manière que celle-ci résume, au microscope, la constitution géologique du sol. On rencontre presque partout des grains de silice. Sur les rivages de la mer, souvent même ceux-ci forment presque en totalité la poussière qui remplit les constructions ; il en est de même des temples de TËgypte situés sur la limite des déserts. Dans ces diverses circonstances, les granules de silice sont gros, très-anguleux et offrent des angles fort aigus; ils sont ordinairement incolores, hyalins, parfois aussi jaunes ou noirâtres. Outre ces gros grains, on trouve presque partout de très-fins granules de silice, qui ont une telle ténuité, qu*ils s'offrent, dans le champ du microscope, sous Taspect de granules sphériques, transparents , qui ont l'apparence de très-petits œufs ; aussi, ce sont eux qu'à causerie cela quelques micrographes ont pris, en effet, pour des œufs d'une excessive finesse. On évite facilement cette erreur en faisant complètement carboniser la poussière dans un creuset de platine porté au rouge , et ensuite en la traitant par l'acide chlorhydrique affaibli. Les granules de silice dont nous parlons résistent à cette épreuve, et après ils se montrent encore sous la même

438 HÉriROGiNIB;'

apparence ; ce qui ne saurait avoir lieu pour des corps organisés.

J'ai trouvé la poussière presque entièrement composée de carbonate calcaire dans les lieux où de grandes surfaces de nos assises de craie sont à découvert, et en particulier dans des chapelles situées le long de nos falaises. Dans toutes nos églises construites en pierres calcaires tendres, le détritus pulvérulent se compose en grande partie de ce calcaire. Dans nos habitations, on rencontre souvent du sulfate de chaux. J'ai parfois découvert des parcelles d'oxyde de fer dans la poussière ; elles étaient d*un brun rouge transparent, et elles furent principalement observées dans les environs des grandes constructions en fonte. Enfin, on trouve aussi dans la poussière, des parcelles de noir de fumée, provenant de la combustion de nos cheminées.

Les particules provenant du règne animal sont principalement les suivantes : divers animaux desséchés, infiniment petits, tels que des Âcarus, suivant MM. Ch. Robin etUttré, etdesRotifères, d'après M. de Quatrefages (i). J'y ai trouVé beaucoup de squelettes d'Infusoires siliceux, surtout des Navicules et des Baciilariées ; des Vibrions et des Oxyures desséchés, des fragments d'antennes d'insectes divers; des écailles d'ailes de papillons diurnes et nocturnes; des poils de laine de couleurs variées , provenant de nos vêtements, souvent teints en beau bleu ou en rouge ; des

(1) Nysten, Dictionnaire de médecine, onzième édition, parCa. Robin et Littré. Paris, 1S58, p. H47. — De Quatrefages^ Comptes rendus de l'Académie des sciences^ i S59.

MIGROORAPHIB ATMOSPHÉRIQUE. 439

barbules de plumes , des cellules épithéliales ; des fragments de peau d'insectes. Je n'y ai jamais rencontré que deux kystes d'Infusoires du diamètre de 0,0150 de millimètre. M. de Quatrefages professe avoir aperçu des œufs de Microzoaire mêlés aux corpuscules atmosphériques (1) ; mais ce naturaliste n'ayant pas donné le diamètre de ce qu'il considère comme des œufs, il est difficile de s'entendre sur ce sujet ; cependant nous y reviendrons ci-après. :. Les corpuscules de poussière qui appartiennent au règne végétal, et que j'ai observés sont les suivants : des fragments de tissu de diverses plantes ; des fibres ligneuses en petit nombre ; plus souvent des fragments de cellules; fréquemment des poils de végétaux appartenant à des espèces variées; des fragments d'aigrettes de synanthérées ; des filaments de coton ^ ordinairement teints de diverses couleurs, provenant de nos vêlements ; quelques grains de pollen d'épilobium et de pin ; des capsules de fougères et des spores de cryptogames, mais en fort petit nombre. Enfin, j'ai constamment rencontré , presque partout où mes observations se sont étendues, une certaine quantité de fécule de blé mêlée à la poussière soit récente, soit ancientle. Puis, mais infiniment plus rarement, de la fécule d'orge ou de seigle.

M. Ch. Robin (2), qui a fait des recherches analogues aux miennes, et sans les connaître, est arrivé aux

(1) De Quatrefages. Comptes rendus de l'Académie des sciences. Paris, 1859, t. XLVm,p.3i.

(2) Nysten, Dictionnaire de médecine, onzième édition, par RoBm ET LiTTRÉ. Paris, 1858, p. 1147.

mêraes résultats et a rencontré aussi de la fécule dans presque toutes les poussières qu'il a explorées : on en découvre même, selon lui, sur la peau des hommes vivants et des cadavres, qui y est libre ou adhérente aux lamelles épithéliales.

Il est donc évident que l'atmosphère tient en sus*pension une certaine quantité de fécule de blé, mêlée à ses corpuscules de poussière. Cette fécule se retrouve dans tous les lieux où on l'emploie pour l'alimentation, et elle y est facile à distinguer par ses caractères physiques et chimiques. Ses grains sont tantôt ovoïdes et tantôt sphériques ; leur diamètre varie généralement de 0,0336 à 0,0112 de millimètre. Outre ceux-ci, on rencontre des grains naissants, extrêmement petits. Les grains d'une grosseur moyenne sont beaucoup plus communs que les autres, et les trèspetits sont extrêmement abondants. Dans les gros, on distingue parfois assQz bien les couches concentriques et le bile ; mais à cause sans doute de leur pesanteur, ces gros grains sont fort rares, même dans les monuments où les autres abondent. II est assez curieux de signaler que cette fécule, malgré son existence parfois séculaire, possède encore presque tous les caractères physiques et chimiques de la fécule récente ; par l'ébullition dans l'eau elle se gonfle et se dissout.

L'iode la colore en bleu avec plus ou moins d'intensité, et bientôt sa couleur disparaît sous l'influence de la lumière. Un fait qui m*a frappé, c'est que parmi la fécule que j'ai observée dans la poussière ancienne, datant de plusieurs siècles, de temps à autre, j'ai ren*

WGROGRAPHIB ATMOSPHiBIQDV. AAi

contré des grains qui s'étaient spontanément colorés en un beau bleu clair. Était-ce dû à l'influence du temps, ou aux traces de vapeur d'iode que contient l'air, suivant M. Chatin (1)? L'identité de cette fécule aérienne avec la fécule ordinaire devient encore évidente par son action sur la lumière ; elle la polarise aussi; seulement quand elle provient d'un dépôt fort ancien, elle ne la polarise pas avec autant d'intensité que la fécule récente.

Il est évident que c'est cette fécule, parfaitement caractérisée physiquement et chimiquement, ou que ce sont des grains de silice, que M. de Quatrefages a pris pour des œufs de Microzoaires. C'est de leurs plus fins grains dont il est question, lorsqu'il dit qu'il reconnut dans de la poussière, a plusieurs de ces petits corps sphériques ou ovo'ides que connaissent bien tous les micrographes, et qui font naître involontairement l'idée d'un œuf d'une extrême petitesse (2). » Cette image est exacte, mais la moindre épreuve cfiimique dissipe immédiatement l'illusion , et prouve que ces granules ne peuvent être ou que des grains excessivement fins de fécule, ou que des grains de silice encore plus ténus, et dont j'ai parlé plus haut. Quelquefois aussi, ces petits corps oviformesne sont autres que des granules de calcaire devenus transparents par leur immense ténuité.

Je m'étonne que, dans le cours de ses observations,

(i) Gomp. Boudin, Traité de géographie et de statittique médicoleA. Paris, 1857,1.1,458.

(2) Db Quàthepacbs. Comptée rendus de V Académie des edences. Paris, 1859, t. XL VUI, p. 31.

442 HArteoGiinB.

M. de Quatrefages n'ait pas reconnu, ni les gros grains de fécule , ni les grains de grosseur moyenne beaucoup plus abondants» Par le mot plusieurs dont ce zoologiste s'est servi, il n'indique nullement cette profusion d'œufs qui devraient être sur le porteobjet, à chaque investigation, si la poussière était réellement le réceptacle des œufs atmosphériques; car il faut que T^^ir en contienne d'incalculables myriades pour encombrer chaque macération de tant de légions d'animalcules. Et il en faut non-seulement pour fournir toutes les petites espèces, mais encore toutes les grosses qui, elles aussi, apparaissent en incalculables cohortes.

Étonné de l'abondance proportionnelle de la fécule que je rencontrais parmi les corpuscules aériens, pour arriver à une démonstration rigoureuse de ce fait, je me suis mis à interroger la poussière de tous les siècles et de toutes les localités. J'ai exploré les monuments de nos grandes villes, ceux des rivages et ceux du désert ; et presque partout j'en ai trouvé en plus ou moins d'abondance.

J'ai découvert de la fécule dans les plus inaccessibles réduits de nos vieilles églises gothiques, mêlée à leur poussière noircie par six à huit siècles d'existence; j'en ai aussi rencontré dans les palais et dans les hypogées de la Thébaïde, où elle datait peut-être de l'époque des Pharaons; là, j'en ai même recueilli qui avait pénétré jusqu'à l'intérieur du crâne de quelques animaux embatmiés. Douée d'une puissance extraordinaire de conservation, les années semblent à peine l'altérer; seulement celle qui est fort ancienne

HIGROGRAPHIB ATMOSPHÉRIQUE. 44d

contracte une * légère teinte jaunâtre et offire une superficie moins lisse ; puis elle bleuit plus facilement par l'iode que ne le fait l'amidon récent, et ce réactif lui donne proportionnellement une teinte plus foncée.

On peut poser en thèse générale, que dans tous les pays où le blé forme la base de l'alimentation, sa fécule pénètre partout avec la poussière et se rencontre dans celle-ci en quantité plus ou moins notable. On en découvre d'autant plus que Ton explore des lieux plus rapprochés du centre des villes, et situés plus ba^. Au contraire, la fécule est de moins en moins abondante et ses grains deviennent de plus en plus fins, à mesure que l'on s'éloigne des grands centres de population et que l'on explore des monuments plus isolés. Je n'en ai pas rencontré dans le temple de Jupiter Sérapis situé sur le rivage du golfe de Baies, ni dans celui de Vénus Âthor placé sur les confins de la Nubie.

On remarque aussi qu'à mesure que l'on s'élève sur les montagnes ou les monuments, la quantité de fécule mêlée aux. détritus atmosphériques devient de moins en moins considérable. Dans l'abbaye de Fécamp, qui est au-dessous du niveau du sol et située dans la partie centrale de la ville, la fécule abonde dans la poussière de ses chapelles. Dans la cathédrale de Rouen, on en rencontre en quantité considérable vers la région inférieure de la tour de Georges d'Amboise, mais ses proportions diminuent de plus en plus à mesure qu'on s'élève ; abondante encore dans la poussière séculaire qui se trouve dans les combles du cœur, elle devient de plus en plus rare à mesure que Ton monte dans la flèche. On n'en rencontre plus que très-peu à la base

444 HÉTÈBOGÉENIB.

de la pyramide de fonte, et il ne s*en trouve plus un seul grain au sommet de celle-ci. Il en est de même lorsqu'on s'éloigne des villes, ou lorsque près d'elles on explore des montagnes élevées.

Dans une chapelle isolée, située sur les bords de la mer, et bâtie sur une falaise de cent dix mètres d'élévation, la poussière amassée sur une statue de saint, était en grande partie composée de grains calcaires enlevés aux parois de la montagne et transportés par le vent dans le fond du monument, ouvert jour et nuit aux pèlerins. On y rencontrait un grand nombre de plumules d'ailes de phalènes, qui sans doute y ont souvent cherché un abri, mais fort rarement un grain de fécule était aperçu dans le champ du microscope ; tandis que dans les détritus des villes, à chaque observation on en découvre plusieurs grains de grosseur moyenne, et un grand nombre de grains de petite taille.

Une batterie des bords de la mer, située dans un lieu isolé et quePon n'avait pas ouverte depuis soixante ans, m'a présenté une poussière noire, tout aussi pauvre en fécule que celle de la chapelle de la falaise; mais la nature de cette poussière était absolument différente ; elle était presque entièrement composée de granules de silice très-anguleux, transparents et incolores. La fécule y était représentée en si petite quantité, que souvent on n'en rencontrait qu'un seul grain sur une dizaine d'observations.

Voici quelques-unes des observations de micrographie atmosphérique qui m'ont conduit à dire ce qui précède.

WCR06RAPHIE ATMOSPHÉRIQUE. 445

POUSSIÂRE DU LABORATOIRE DU MUSËUM d'hISTOIRE

NATURELLE DE RouEN. — On R trouvé ce qui suit dans quatre décimètres carrés de poussière, ayant six mois d'ancienneté et recueillie sur une planche élevée. Fécule de blé abondante ; deux grains de fécule de pomme de terre; pollen de malvacée, pollen d'épilobium, pollen de pin ; anthère d'orchidée; fragment de tissu cellulaire végétal ; vaisseaux rayés ; spores ; filaments de coton roses et verts ; granules de charbon; poils d'ortie et de plusieurs autres plantes; poils de laine blancs; poils de laine bleus ; un ascaride vermiculaire desséché ; plumules de papillon diurne ; un œuf d'Infusoire déformé, ayant son centre occupé par une masse jaune ; squelettes sihceux de Bacillaires et de Navicules ; fragments d'antennes d'insectes de divers genres.

Tour de Georges d'Amboise a Rouen. — Endroit non fréquenté, situé vers le bas du monument, et dont la poussière, en quelque sorte charbonnéepar le temps, date peut-^étre de deux ou trois cents ans: Fécule de grosseur moyenne, très-abondante, et parmi laquelle, de temps à autre,* on découvre quelques grains colorés spontanément en un beau bleu clair. Cette fécule a généralement de 0,0224 et 0,0280 de millimètre de diamètre; on y rencontre de temps à autre des filaments de coton ; des fibres et du tissu cellulaire de divers végétaux; puis des poils de laine teints en bleu, en vert ou en rouge; des filaments de toiles d'araignées; des fragments d'insectes ; des plumules de papillons nocturnes. La base de cette poussière était principale-

AM HÉTÉROGÉNIE.

ment formée de grains calcaires; il y avait peu de granules siliceux.

Intérieur de l'abbatbde Fécamp. Poussière datant DE CINQ A SIX siècles. — Poussièrc grise, composée en grande partie de granules calcaires; grains de silice de toutes les grosseurs; les plus volumineux anguleux, les plus fins oviformes ; fécule très-abondante, de toutes les grosseurs, et dont quelques grains sont colorés spontanément en un beau bleu; filaments de coton de diverses couleurs; squelettes de Bacillaires, de Navicules ; filaments de laine bleus, verts et rouges; fragments de poils de lapin.

Ruines de Thêbes. Poussière prise dans les basreliefs DES palais de Karnag. — Poussière à base siliceuse ; grains de silice à arêtes vives, transparents comme du cristal ; et grains de silice opalins 6 angles mousses, provenant des détritus des colonnades de grès ; fécule de blé paraissant fort ancienne, dont la surface est rugueuse, et se bleuissant fortement par riode ; fécule réniforme, indéterminée, que Tiode colore en bleu foncé ; poils de laine d'une belle couleur rouge ; poils de chameau ; squelettes de Bacillaires et de Navicules.

Tombeau de Rhamsès II (Sésostris), au fond du désert DE BïBAN-EL-MoLouK. — Poussièrc à basc calcaire et siliceuse; corps organisés infiniment rares. Point de fécule ; un fragment de Bacillaire; granules d'un beau vert et d'un beau bleu, provenant des peintures qui ornent l'intérieur des chambres sépulcrales.

Chambre sépulcrale de la grande pyramide de GiSEH. — Poussière à base calcaire; granules de silice

MIGROGRAPHIS ATMOSPHÉRIQUE. 447

diversement colorés. Point de fécule. Filaments de coton ; filaments de laine ; poils de chauve-souris. Quelques squelettes de Bacillariées.

Templb de Vénus âtbob a Phyue. — Poussière siliceuse ; gros granules de silice diversement colorés, jaunes, rougeâtres, bruns ou noirs, à angles obtus ; granules rougeâtres de syénite ; fécule nulle ; corpuscules de limon du filil; quelques Bacillaires fort rares; hors cela, nuls produits organisés ; beaucoup de grains de silice extrêmement fins, ovoïdes ou globuleux, transparents, analogues à de petits œufs. Plaques de mica.

Temple de Sérapis sur les rivages du golfe de Baies. — Poussière prise dans une excavation des colonnes, produite par une Pholade. Granules siliceux abondants, jaunes ou incolores ; granules calcaires d'un beau vert diaphane, qui ne sont que la poussière des colonnes de marbre cypolin, produite par les Mollusques ; squelettes de Navicules et de Bacillariées très-abondants, et constituant plus de douze espèces. Squelettes d'Infusoires stelliformes. Fécule nulle.

Tête de chien momifiée, provenant des temples SOUTERRAINS {spéos) DE Beni Hassan. — Extérieur du crâne : granules de silice, gros, anguleux, blonds ou jaunes; fécule assez abondante, de 0,0224 à 0,028 de millimètre de diamètre, que l'iode bleuit facilement^ à couches concentriques très-apparentes.

Intérieur dé la caisse du tympan : la même fécule très-abondante ; un à trois grains de grosse taille à chaque observation (i). ,

(1) CeUe fécule, qui m'a paru être différente de celle du blé^ a

448 HlntEOGÈHlB.

Cette abondante suspension de la fécule dans l'air atmosphérique, et sa dissémination dans tous les endroits où celui-ci pénètre, se conçoit facilement. Des corps bien autrement pesants que l'amidon, on le sait, sont fort souvent transportés très-loin par les mouvements de l'atmosphère. On a fréquemment mentionné, sous le nom de pluies de soufre, les tourbillons de pollen enlevé aux forêts de pins et déposé au loin par Faction des vents. Au rapport de Kaemtz, les typhas couvrent parfois aussi les étangs de leur poussière fécondante. Les vents, durant les orages, entraînent même des corps bien autrement pesants. U n est plus douteux actuellement qu'ils peuvent enlever des reptiles et des poissons, en labourant la surface de la mer et des marécages, et donner lieu à ces pluies d animaux qui, aujourd'hui, sont un fait incontestable.

M. Duméril a rapporté d'irrécusables observations de pluie de grenouilles; d'autres ont cité des avalanches d'épinoches (1). Le docteur Conny dit même qu'un orage enleva à la mer un immense nombre de petits merlans et les transporta au loin dans le comté de Kent (2). Wolke parle d'un étang de poissons, dont toute la population fut enlevée ainsi que l'eau et transportée au loin (3). D'autres citent des faits analogues;

été considérée par M. Ch. Robin comme étant de la fécule d'orge ou de seigle.

(i) DuMÉRU.. Comptes rendue de l'Académie de» sciencei.

(2) R. CoRTiY^ Lettres dans les transactions philosophiques, Londres^ 4816, t. XX, p. 289.

(3) WoLKB, Relations du professeur Wolke {Gilbert*s Annalen)^ t. X, p. 482*.

maiOGRAPOIB ATMOSPHERIQUE. 449

des mares mises à sec et dont foute la population fut transportée à une lieue et demie de l'endroit (1). Après cela, faut*il s'étonner de la dissémination normaie de la fécule au sein de Tair calme ou peu agité, et de son introduction dans les endroits les plus retirés?

Nous venons de voir qu'il est évident que c'étaient, soit les plus fins grains de fécule, soit les plus fins grains de silice de l'atmosphère, qui seuls avaient pu être pris pour des œufs. Mais, à cette démonstration toute physique, il faut ajouter une preuve de plus pour qu'on ne puisse pas dire qu'aux deux corps que nous mentionnons, il a pu s'en joindre une troisième espèce. C'est ce que j'appellerai la démonstration biologique.

Expérience. — On prit deux grammes de poussière séculaire provenant du pourtour de la cathédrale de Rouen; cette poussière, d'une teinte noire, comme charbonnée par le temps , fut placée dans un tube mince, au fpnd d'un bain 4'huile, et pendant une heure un quart elle resta soumise à l'action d'une température de 2 1 5^. On la mit ensuite dans cinquante grammes d'eau distillée que l'on plaça sous une cloche en verre.

Trois jours après, la température ayant été en moyenne de 1 8^et la pression de 0,75, on examina le résultat de l'expérience. D'endroit en endroit, ondécou*-^ vrait des Monades analogues au Monas terme ^ MulK

(i) Gomp. Mauddtt^ Monde iavant. Art. IclUhyologie, 1835^ n~ 80 et 83. — A. Pelletier^ ObservaHons $t recherches escpérimentales sur les trombes. Paris> 1840, p. 42.

PoncBET. *9

m BÊTiEOGÈNIB.

Eo outre, il y existait des Vibrio spirilius et des Fibrio undukiy ainsi que quelques grosses Monades que je n'ai jamais vues et qui sont analogues au Menas lens, Mull. Le lendemain y toutes les petites Monades étaient mortes et formaient une pellicule prolîgère sablée, dans laquelle on apercevait, soit des ovules de grosses Monades, soit de ces Monades faisant effort pour se détacher de la fausse membrane, soit enfin de ces Monades en parfait mouvement et fort agiles. Le cinquième jour, on y rencontra quelques Kolpodes, mais on n'y observa aucun filament confervoide»

ExpÉRiENCB. — La même poussière de la cathédrale de Rouen, dont il est question dans Texpérience précédente, fut chauffée de 280 à 300"", pendant vingt minutes, dans un bain d'huile, et elle en sortit presque totalement charboniiée; deux grammes de celleci furent délayés dans cinquante grammes d'eau dis* tillée. La macération fut placée sous une cloche de verre et elle y passa trois jours. Durant ce temps, la moyenne de la température fut de 1 8% et la pression de 0,75. Observée alors, la superficie du liquide était remplie de particules noires, charbonnées, au milieu descfuelles nageaient d'abondantes Monades différen* tes de celles observées dans la poussière, qui n'avait été chauffée qu'à 21 5\ Ces Monad€8, excessivement nombreuses, ont 0,00M de millimètre de diamètre et offrent une teinte brune et un point noir. Je ne les ai jamais rencontrées. De place en place, il existe aussi une foule de granules immobiles, qu'avec de l'habitude on sait n'être qu'une immense quantité de Monades mortes, formant déjà une pellicule prolîgère.

MICROGRAPHIE ATMOSPHÉRIQUE. 451

Enfin, le cinquième jonr, la macération s'est peuplée subitement d'une abondance de gros Kolpodes, k>ngs^ fiitriés, à eetomacs nombreux «t remplis. C'est une espèce non décrite.

En outre , on voit ça et là une conferve moniliforme, composée de filaments entremêlés et remplis de granules, et que je n'ai jamais observée jusqu'à ce moment.

Ces deux expériences ne viennent-elles pas, avec tout ce qui précède, démontrer que l'air n'est nullement le réceptacle des germes des animalcules, contrairement à l'hypothèse de q\ielques savants, récemment reproduite par MM. Mil ne Edwards et de Quatrefages.(l)? Cette poussière, amassée depuis tant de siècles, et qui devrait non-seulemélit être riche du récent dépôt de Tair, mais encore des dépôts anciens, est si peu le réceptacle des œufs, que lorsqu'elle a subi une température de 215 à 300^, qui a dû, sans conteste, brûler toute la progéniture qu'elle pouvait contenir ; elle n'en est pas moins féconde. Cela démontre bien que les animalcules qui peuvent naître d'une poussière quelconque ne viennent pas d'œufs que celle-ci rec^e, mais bien d'ovules qui s'y forment spontanément, puisque, qu'elle soit intacte ou presque chàrbonnée, elle n'en est pas moins proligère.

Ceci est si vrai que, par une de ces anomalies si communes en de telles expériences, c'est la macération qui devrait être la moins proligère qui Test devenue davantage ! En effet, dans la poussière qui a été

(!) De Quatrefages, Comptes rendus de V Académie des sciences. Paris, Janvier 1859.

452 HiTÉROGiMIB.

presque totalement cbarbonnée par 300o de chaleur, on observe une quantité considérable de Kolpodes, et une conferve si rare, que je ne l'ai jamais vue se former; tandis que dans la poussière chauflTée seulement à 215^, et non cbarbonnée, les Rolpodes sont infiniment rares et la conferve y manque absolument.

M. de Quatrefages, au nombre des preuves qu'il allègue pour démontrer la présence des œufs dans la poussière atmosphérique, dit qu'au bout de trois quarts d'heure, il a vu des Monades se mouvoir dans celle-ci après qu'on l'avait imbibée d'eau (1 )• Ce savant n'ayant pas fait connaître à quelle température ses observations ont été faites, je n'ai pu les répéter exactement. Pour moi, jamais je n'ai vu un seul animalcule se mouvoir dans la poussièr§ avant douze à dix-huit heures, à une température de 15*; mais souvent il m'est arrivé d'y reconnaître le mouvement brownien immédiatement après qu'elle avait été plongée dans l'eau, ce qui pourrait en imposer à un observateur moins exercé que le savant que nous venons de citer.

Dans le but de pousser la démonstration jusqu'au bout, j'ai pris une abondance d'animalcules, appartenant à des genres extrêmement variés, depuis les Ro* tifères jusqu'aux Monades (2). J'ai laissé ces animalcules se dessécher lentement parmi le limon qu'on avait recueilli avec eux ; puis, au bout de deux jours,

(1) Db Quàtrbf AGES, Comptes renduide l'Académie des sciences, Paris, Janvier, i859.

(2) Voici les genres qui y avaient des représentants : Rotifère, Kolpode, Kérone, Paramécie, PUesconie, Navicule, Bacillaire^ Spirillum, Monas Bacterium.

MIGROGRAPHIB ATMOSPHÉRIQUE. 453

quand la dessiccation était parfaite, j'ai imbibé de nouveau d'eau tous ces Microzoaires, et jamais parmi leurs nombreuses espèces, je n'en ai vu une seule revivre; pour la plupart, môme, leurs cadavres avaient subi quelques lésions par l'effet de la mort. Quelques Bactériums de petite taille, auraient encore pu là égarer certains observateurs ; ils étaient animés d'un manifeste mouvement brownien, qu'un micrographe ne pourra jamais confondre avec leur locomotion vive et saccadée (1).

Dans ces expériences les Rotifères ont été de ma part l'objet d'une attention toute spéciale, et je me suis convaincu que ces Microzoaires,dont on a partout proclamé l'extraordinaire résurrection, ne se ranimaient pas plus que les autres animalcules lorsqu'ils sont réellement morts. Quand on voit périr sous ses yeux des Rotifères, on se convainc bien rapidement qu'ils ne pourraient même jamais ressusciter. Quelques-uns se contractent en une espèce de sphéroïde irrégulier, mais d'autres en expirant subissent de véritables dilacérations. En humectant des Rotifères, soit seulement vingt-quatre heures après leur mort, soit après quarante-huit, heures , jamais je n'en ai vu un seul se ranimer. Ce qui en a imposé pour une résurrec* tion, c'est que lorsqu'on leur rend de l'eau, le corps de plusieurs se gonfle et s'allonge de nouveau par un véritable phénomène d'endosmose, et l'animal semble revenir à sa primitive forme. La queue devient saillante.

(1) En effet, lorsque les Bactérium sont bien vivants, ce qtti dure peu, leur natation est très-rapide.

454 RktÈÊiOGtSSE,

mais cette apparence de résurrection en reste là. Et si alors on examine Fètat des viscères on s'aperçoit immé* diatement que ceux-ei ont subi par la aiort une grande perturbation, et même souvent une désorganisation complète. Ce gonflement s'opère en une ou deux heures; puis ensuite, en suivant pendant dix à douze heures ce qui se passe, on voit que nul phénomène vital ne se produit dans le cadavre de l'animalcule, et qu'enfin il se désagrège complètement. Quelques Rotifères, même avant ce temps, se- crèvent et expulsent une partie de leurs viscères. Quelques«-uns ne subissent nullement l'action de l'endosmose et restent en boule.

On voit, d'après ce qui précède, que maintenant, même en s'appuyant sur les nouvelles conquêtes de la science, il devient facile de démontrer d'une irrécusable manière qu'on a attribué à l'air un rôle absolument faux. M. Balbiani, ainsi que nous l'avons dit, a reconnu que les Paramécies possédaient seulement un petit nombre de fort gros oeufs, mais dont il n'a pas, que je sache, donné la mesure. J'ai reconnu ces œufs sur les Kolpodes et les Kérones, où ils sont aussi fort gros, et présentent à l'intérieur des mères un diamètre de 0,0150 à 0,0224 de millimètre. Enfin, M. de Quatrefages lui-même a trouvé aussi de ces gros œufs secs dans la poussière qu'il a observée au microscope; et selon moi c'est à eux qu'il donne avec beaucoup de micrographes le nom d'Infusoires enkystés. Cestdonc un fait acquis, ces œufs sont connus, mesurés, soit sur les mères, soit à l'état sec dans la poussière. Je pars de là et j'exécute l'expérience suivante :

MICROGRAFHIB ATMOSPHÉBIQUE. 45S

Il ËxpÉliiENCE. — Je prends une cuvette en cristal

; 1} de trente centînaètres de diamètre et remplie d^eau

-I distillée. J'y plonge dix grammes de lin dbauffé à 20(y

r pendant deux heures. Cette cuvette est ensuite recou-

i: verte d'une cloche et placée dans une autre grande

: ; cuvette de cinquante centimètres de diamètre, rem*

:^. plie d'eau distillée presque jusqu'au niveau de la pre-

mière. Après quatre jours, dont la température a été en moyenne de â5% on examine le résultat de l'expérience. La cuvette du. centre est encombrée de Kol*podes et de Paramécies ; on ne trouve pas ua seul de ces animaux, ni un (Buf dans la grande cuvette qui la contient (1).

Cette expérience, si simple en apparence, ne suffit-elle pas à elle seule pour renverser tout l'é* chafaudage de la panspermie aérienne? Si, malgré la cloche qui le recouvre, une pluie d'œufs est tombée sur le vase central pour y produire ces animalcules entassés par millions, a-t-elle pu épargner l'eau découverte qui l'environne? On n'oserait pas sans doute nous faire cette objection, car dans toutes les expériences analogues, le même résultat se produit. Dirat-on qu'un seul œuf suffit pour engendrer une si pro* digieuse progéniture ? mais la scissiparité n'est qu'une hypothèse sans> fondem^at, proposée pour expliquer facilement un phénomène embarrassant, et que Ton a acceptée avec enthousiasme, à cause de son étran-^

(i) J'ai répondu aillears à Tobjection de la nécessité d'une nourriture appropriée pour les œufs, dansTeau. Ce n'est pas sérieux pour y revenir.

456 BiTÉKOetElIS.

geté ; et d'un autre côté, ne sait-on pas actuellement que la génération normale est, elle-même, tout aussi impuissante pour expliquer le phénomène, depuis que M. Balbiani en a démontré les lenteurs etlapénurie(l). Osera-t-on prétendre aujourd'hui que les œufs tombés dans l'eau ont échappé à notre observation 7 Mais nous répondrions que c'est impossible, tant ib sont apparents, car sans même employer de forts grossissements, on leur donne le volume d'un petit pois ; et d'ailleurs, pour arriver à l'équivalence de la population du vase central, ils devaient ise rencontrer en nombre prodigieux dans le vase extérieur; et, n'y en eût-il que très -peu, je le répète, ils n'échapperaient pas. Enfin, dira-t-on encore aujourd'hui ce que Ton disait il y a quelques années avec Ehrenberg (2) , que ces œufs se réduisent à une telle ténuité par la dessiccation qu'ils deviennent invisibles. Mais pour les Kolpodes et les Paramécies, qui seuls sont ici en question, les observations de M. Balbiani et les miennes rendent cette ancienne objection tout à fait impossible aujourd'hui. En effet, nous avons démontré, char cun de notre celé, que lesMicrozoaires ne produisaient pas des œufs, mais de véritables embryons assez avancés en développement, car on aperçoit déjà leurs mouvements automatiques dans le ventre de la mère et les pulsations de leur cœur. Dira*t-on que ces em* bryons ont acquis inutilement un tel développement,

et qu'ils ont inutilement commencé à vivre, pour pé-

(1) Baliiiani, Giniraiùm sêxueîle chez les InfuioirêS. Journal dé physiologie. Paris, 1858, 1. 1, p. 346.

(2) EBRERBcaG, Infus.

MIGROGBAPBIB ATUOSPHÈRIQUE. 457

rir ensuite et devenir invisibles, afin de se transporter, par le moyen de l'air, eux qui naissent dans l'eau, partout où certains zoologistes prétendent qu'ils drcident. Tout cela offrirait autant d'impossibilités, s'il n'y en avait pas une plus grande encore, c'est celle du nombre.

Expérience. — Une autre expérience, tout aussi simple que la précédente, vient encore démontrer l'absence des embryons d'Infusoires dans l'atmosphère. On prend un tube à boule de Liebig, et on le remplit d'eau. Puis, à l'aide d'un vase aspirateur, on fait passer à travers cette eau cinquante litres d'air atmosphérique ; si, après huit jours, on explore celle-ci on n'y rencontre aucun Microzoaire vivant, ni aucun embryon. Si, au contraire, on a mis à côté une macération de foin , étant seulement en contact avec un demi-litre d'air, c'est-à-dire avec cent fois moins de ce fluide, à la même époque, on y compte un incalculable nombre de Kolpodes ou de Paramécies dont les œufs n'auraient pu échapper à l'observation dans l'autre expérience.

Nous pouvons dire en terminant ce chapitre, que ce qui est réellement dans l'atmosphère s'y retrouve aisément; et que si nous ne l'avions pas suffisamment démontré, les récentes recherches de M. Gigot sur les émanations marécageuses viendraient le constater (I).

(1) L. GicoT, Recherches expérimentales sur la nature des émanations marécageuses. Paris 1859^ pi. ii, m, iv^ où cet auteur a figuré de nombreux corps recueillis dans Tair des marais.

Résumé. — Ainsi donc, tout ce qui précède prouve que certains Microzoaires non-seulement apparaissent spontanément, mais en outre qu'ils ont aussi des organes sexuels et produisent des œufs. Les observations et les expériences nous ont également démon* tré que ceux-ci ne sont nullement en suspension dans l'atmosphère en assez notable quantité pour pouvoir, le moins du monde, expliquer la fécondité des eaux stagnantes ou des macérations. Enfin que ce que les auteurs ont pris pour des œufs ne peut certainement s'attribuer qu'à la fécule que contient la poussière ou aux fins grains de silice ou de carbonate calcaire qu'on y rencontre si abondamment.

Dans la discussion académique à laquelle la génération spontanée a donné lieu, c'est M. de Quatrefages lui-même qui s'est chargé de donner aux doctrines qu'il prétendait défendre, le plus splendide démenti qu'on puisse leur infliger. En efi'et, si quelque chose peut renverser de fond en comble Thypothëse de la panspermieet l'ovarisme absolu, c'est évidemment la découverte de la reproduction sexuelle des Microzoaires. Car, nécessairement, M. de Quatrefages s'étant appuyé sur les observations de M. Balbiani, doit en subir toutes les conséquences, et celles-ci sont accablantes pour lui : cet observateur ayant reconnu que les Paramécies ne produisaient chacune que cinq à six embryons, et même après un accouplement et une gestation fort longue pour de tels animalcules.

Cette exiguïté dans la reproduction rend mathématiquement impossible la diffusion atmosphérique ;

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et ensuite, par le volume de ses produits, elle défend que ceux-ci puissent passer inaperçus.

Or, la raison se révolte, en présence de tous ces faits nettement posés ; et elle ne peut accepter que des embryons, après avoir acquis un tel volume, une telle organisation, s'arrêtent dans leur cycle vital, se contractent et se solidifient au point de devenir invisibles, eux qui avaient un volume tellement apparent, une organisation si avancée I

Une seule assertion suffirait même pour renverser, et ce changement de milieu de Tœuf, et cette extraordinaire mutation de volume : c'est que jamais on ne voit un œuf de Paramécie subir de renflement dans nos macérations.

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