A L'ACADÉMIE DB ROUEN. ZXIU
cela se pratiquait aux fêtes du prince Zamoïski. On ne parla jamais des dragées au marasquin, ni des
quadruples d'or qui disparurent Détail transmis
par un chroniqueur discret aux indiscrétions de la postérité.
Lorsque les convives, en s'en allant pour regagner leurs tentes, voulurent prendre leurs pelisses et leurs manteaux déposés dans un hangar voisin, il se rencontra, je ne sais conmient, que plusieurs d'entre eux, venus avec une vieille tunique ou un jupan montrant la corde, se trouva vêtu d'un habit de toile d'or à passements persiques ou d'une veste de brocatelle à fleurs brodées. Leurs bonnets s'étaient doublés de pointes de martre. Les aigrettes maigres s'étaient, par une végétation surnaturelle, garnies de plumes de héron noir ou d'épervier, de même que les vieilles pelisses, remises à neuf, avaient reçu pour doublure des pointes de zibeline ou de pieds de panthère dont les mouchetures n'anraient pas de prix. — Gomment s'étaient accomplis ces miracles nocturnes? Demandez-le aux nuages noirs. — Personne, du reste, ne se plaignit de ces méprises
Sur les places publiques de Varsovie, comme sur
le front de bandière, coulaient le vin, l'hydromel
et l'argent. Jamais pareil spectacle ne s'était vu depuis cette mise à l'encan de l'empire romain où Didius Julianus, enrichi par l'usure, acheta la couronne des Césars.
Au lever de l'aurore, l'électeur de Saxe, unanime-
Digiti;
XZIV DISCOURS DE RÉGEPTION.
ment reconnu comme le prince le plus brave, le plus sage, et surtout le plus généreux de l'Europe, fut proclamé roi de Pologne sous le nom d'Auguste II.
Je m'aperçois, Messieurs, que je vous ai déjà retenus longtemps, et je n'ai pas de peine à deviner votre légitime impatience d'entendre une autre voix connue, aimée, autorisée, celle du savant professeur que vous avez choisi pour présider à vos nobles travaux pendant cette session académique ; veuillez, toutefois, me laisser la parole pour un instant encore*
Yos suffirages, ardemment sollicités, heureusement obtenus, m'ayant permis de franchir ce seuil et de m'asseoir à cette place, je m'efforcerai de m'en rendre tout à fait digne en suivant ceux d'entre vous qui m'ont précédé dans la carrière des lettres» en admirant, dans cette enceinte même, les explorateurs du domaine des sciences et des arts que je n'ai jamais osé aborder. Disciple fervent, ma mission ici sera de vous prendre pour modèles , de devenir meilleur par vos exemples, de me confirmer, sous vos yeux, dans l'admiration de tout ce qui est grand, beau et vrai ; et si, après de longs efforts, je parviens à me concilier l'amitié de quelques-uns d'entre vous mes vœux seront satisfaits, comblés, dépassés.
Digiti;