‹ Heures de philosophieChapitre 48 sur 102 · CCCLXXVIII · texte numérisé non relu

CCCLXXVIII

C’est une ambition servile que de vouloir connaitre ce qui se passe chez les gens avec lesquels on n’est point en relation, et de cherclicr à en alimenter ses entretiens. Cette curiosité, qu’accompagne le commérage, est vice de valet. Ceux que vous tenez à distance, et qui n’ont jamais franchi le seuil de votre demeure, seront les premiers à vouloir vous dépeindre dans votre vie intime. Ils semblent avoir passé leurs jours derrière vos tapisseries, pour recueillir vos moindres gestes et chacune de vos paroles. Ils ont assisté à vos levers, à vos couchers, — et ces propos intimes, que vous échangeâtes avec des êtres qui vous sont chers, ils les rediront, les commenteront, et publiquement! Aux regards des esprits sensés, tout cela tombe de soi-même, et le sentiment vil qui dicte de telles imaginations est bientôt deviné, mais la majorité des hommes est composée d’esprits curieux disposés â donner créance à ce qui ridiculise autrui. Résignez-vous : les jugements que la malignité aura portés sur vous seront les premiers à se répandre.

CCCLXXIX

L’esprit mondain se nourrit d’anecdotes. Si, de parti pris, il ne s’écartait du monde de la pensée pure, il se verrait obligé de rectifier le cours de ses pensers. En dépit de ses amulettes et de ses cocardes, il est, avant tout, matériel. Seule, la hiérarchie sociale l’occupe. La vraie et éternelle hiérarchie, — celle des sentiments, — lui est étrangère. Il n’est nullement chrétien. Cependant, l’appeler pa'ien serait lui accorder un mérite qu’il ne possède point : les païens savaient s’éprendre de la belle nature.

Les esprits pratiques sont communément sans hautes visées sociales et ne brillent point par la générosité. Les aspirations humanitaires n’appartiennent guère qu’à ceux • qui à un cœur ardent unissent un esprit épris d’idéal. Ils stimulent au progrès , mais ils sont impropres à diriger les sociétés, étant souvent trop passionnés pour le bien, et transigeant difficilement avec les circonstances. Le côté chevaleresque de leur esprit leur fait fonder de trop belles espérances sur l’humanité. On doit donc se consoler de ne point leur voir toute autorité, et ne point se plaindre de la platitude du siècle : l’héroïsme et le fanatisme sont frères.

CCCLXXXI

Par sentiment d’humanité l’on doit à chaque moment faire taire ses goûts, supporter tour à tour, et avec patience, la suffisance et la rusticité. On obtient ainsi des mérites, et la science s’en accroît.

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