DXXVI
On veut durcir et ciseler l’ombre flottante. Tel qui croit avoir fondé un sy.stème n’a fait que construire une petite prison pour la pensée humaine. L’univers inspirateur est sans cesse remué et
diversifié par les courants vitaux, branchage de l’éternel arbre de vie. La morale humaine possède ses grandes maximes précises, mais la métaphysique ne s’accommode pas de cette précision ; elle doit savoir s’envelopper du voile de la poésie pour pénétrer au fond de tous les cœurs; car c’est l’univers lui-même qu’elle doit représenter à l’esprit, dans sa métamorphose continue, vaste foyer créateur, plein de fumées et de rapides clartés. Qui écoutera celui qui voudrait dépeindre explicitement, par des paroles, les bruits et les nuances de l’Océan ? Qu’il nous parle plutôt de la mer mugissante et multicolore. Le sentiment général ainsi affirmé ouvrira des perspectives aux sciences particulières; à celles-ci de tirer leur enseignement de la poésie des choses, mais à l’âme philosophique de jeter les larges et solides assises de la vérité.