DXLV
Il ne suffit pas de contempler les formes naturelles pour avoir la compréhension de la nature : il faut aimer l’univers comme l’intermédiaire de l’esprit divin à notre propre esprit; alors les images qu’il nous offre nous obligent à généraliser, en éveillant en nous le sentiment de l’unité. Ne soyons pas trop impressionnables aux phénomènes extérieurs; si nous le sommes, que les objets qui nous frappent ne pénètrent pas isolément au fond de l’âme : qu’ils y arrivent mêlés, et comme confondus à la chaleur de nos sentiments. Il faut que le mystérieux spectacle de la vie nous fasse sentir notre extrême petitesse et notre fragilité : — dans l’espace, grains de poudre; dans le temps, êtres éphémères. Il faut qu’un instinct de liberté et de curiosité nous tourne vers le côté énigmatique des choses, et nous fasse jeter un regard courageux sur le gouffre d’obscurité où nous allons bientôt sombrer; mais il faut aussi nous sentir craintifs, d’une crainte
religieuse, devant le dévorant centre vital d’où irradient les apparences qui pénètrent au cœur de l’humanité.