‹ Heures de philosophieChapitre 93 sur 102 · DCIX · texte numérisé non relu

DCIX

Ceux qui se montrent sans pitié envers les coupables prouvent qu’ils n’ont jamais lu en leur propre conscience. Leur humeur impitoyable, où perce le mécontentement, fruit d’un manque d’idéal, contraste avec la sagesse éternelle : Farcis omnibus : qtioniam tua suiit, Domine, qui amas animas! — Vous êtes indulgent envers tous, parce que tout est à vous, ô Seigneur, qui aimez les âmes.

OCX

La nature humaine est changeante. Quand on a la témérité de juger publiquement un mort, c’est toutes les années de sa vie qu’il faut rassembler. Dire que tel esprit religieux fut sceptique, parce que, en certains jours, il eut des défaillances, est un jugement superficiel et malveillant. Plus on s’élève au-dessus de la vulgarité et plus la marche est précipitée, plus on s’expose à des moments de désespoir. La tentative seule doit rester une gloire.

DCXI

Un vieillard qui n’a point passé par tous les âges de sa vie est faux et puéril en sa conversation; la résignation, cette vertu née

du triomphe de l’idéal sur les instincts, lui manque. Enfant, il doit avoir connu l’expansion; adolescent, la mélancolie, et dans sa virilité, l’indignation contre l’injustice.

DCXII

Quand un homme n’a pas nourri les sentiments de tendresse et de modestie dans son adolescence, il vit dans le faux tout le reste de sa vie.

DCXIII

Les hommes ont l’instinct, l’imagination, l’esprit et certaine raison pratique. Ce qui manque au plus grand nombre, c’est ce sentiment né de l’union de l’amour infini et de la réflexion : la conscience.

DCXIV

Le sentiment de la beauté parfaite mène au culte des plus fugitifs sentiments de l’âme et ;\ la crainte de déplaire, bien plus qu’au désir de captiver. Il faut savoir douter de soi pour ne pas éveiller cliez les esprits vulgaires un sentiment mauvais : l’envie. Il faut s’effiiccr dans la générosité spirituelle. O nature! tu récompenses amplement de ce sacrifice léger, par la source de plaisirs purs que tu ouvres au fond des cœurs remplis d’humilité!

DCXV

Le plus souvent, on ne nous aime que parce qu’on a quelque raison de nous plaindre.

DCXVI

La gaieté est toujours plus mensongère que la tristesse, parce qu’elle est plus en désharmonie avec la réalité terrestre : le bonheur est un privilège.

DCXVII

Il faut avoir souffert soi-même pour éprouver de la joie à s’occuper des souffrants.

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