‹ Heures de poésie (volume 2)Chapitre 1 sur 55 · Heures de poésie · texte numérisé non relu

Heures de poésie

On a trop rappelé dans les préfaces de ce temps que les Vers avaient eu leur règne et que ce règne était fini : singulière vérité à écrire en tête d'un volume.de poésies , et qui ressemblerait un peu à Tinscription d'un temple qui, pour y attirer la foule, annoncerait que ce temple est abandonné. Ce n'est pas tout-à-fait sous l'influence de cette conviction que ce volume est publié ; on ne se réclame pas uniquement de l'intérêt qu'inspirent les causes perdues. Ce que beaucoup prennent pour une déroute complète ne semble à d'autres qu'un échec dû aux nécessités particulières de ce temps. A une époque où la difficulté suprême n'est plus d'écrire un sonnet, mais de se faire une position, il faudrait un bien grand courage pour oublier la position et ne se souvenir que du sonnet. Si encore la position se faisait à l'aide du sonnet , comme au temps où le car-

dinal de Bernis appelait sa poésie un bâton pour sauter le fossé , peut-être se ferait-on une affaire plus grave de ce nouveau moyen de fortune. Et puis , ce qui est plus sérieux encore , il est des phases dans riiistoire de l'imagination des sociétés où , soit lassi- •tude, soit caprice, cette imagination se détourne des formes les plus ïiteëès jWsqftiè là pour en pratiquer de nouvelles. ÏA jpetiséè poétique ne court pas risque de périr ùsstiVétriert , ttiais feUe varie ses modes d'expression. Eh bien , la musique est l'expression favorite delà pensée poétique du temps actuel. Les vers ne se lisent plus, mais les partitions s'achètent. Dans les Précieuses Ridicules contemporaines, Mascarille ne mettrait plus l'histoire romaine en madrigaux, il la chanterait. Si on tenait, du reste, à risquer une explication de la très large place qu'affecte la musique dans les loisirs de ceux qui auraient bien le temps d'être littéraires , si l'envie leur en prenait, et qui, faute de cela, se sont faits diletianti^ on la trouverait , sans doute , cette explication , dans la nature même de la société d'aujourd'hui. Cette société dont la conscience s'arrête au doute, et la pensée à la rêve-

rie , doit préférer les sensations vagues que donne la musique aux perceptions distinctes , aux émotions fortes et déterminées produites par le langage si net et si précis des beaux vers. Malade de civilisation , il lui faut, à cette société, quelque chose de plus sensible que rationnel ; et ce qui fait précisément le mérite des vers sur tout autre mode d'expression connu , c'est qu'ils ont pour but de satisfaire les exigences de Tesprit et celles de la sensibilité.

Et ceci n'est pas une théorie de mauvaise humeur, faite, comme on pourrait le croire, dans la prévision des destinées de ce petit livre. Quand on ne s'est pas fait complètement l'homme-ligede la poésie, qu'on ne prend guère de l'art que ce qu'il en faut pour le proGtde l'intelligence même et de certaines aptitudes qu'il importe assez de ne pas laisser périr, on peut se contenter du petit succès auquel il est encore permis aux vers d'aspirer; et, en effet, malgré les préoccupations de ce temps , les vers trouvent encore à se glisser dans le monde. Ils y entrent par quelques albums hospitaliers , et poussent leur fortune jusqu'à escalader certains pianos. Et puis, le

goût sérieux n*existe-t-il pas toujours dans une sorte de franc-niaçonnerie, de société cabalistique où Ton fait ejacore bon accueil à ce que Ton tenait autrefois pour la poésie même , la poésie parlée , celle qui ne s'envole pas sur les ailes du son , mais celle qui, s'adressant plus particulièrement à l'esprit, s'y maintient, et s'y grave par l'attache forte et précise du rhythme.

C'est uniquement à ce petit nombre de fidèles que ce recueil est adressé.

A liA BEAVTi: IDEAIiE.

La poésie est qnelqoe chose de pini philosophique et de plot sérieux que l'histoire.

ARISTOTB.

O bcaïUéîque depuis les temps du vieil Homère,

Que depuis Plndias et tes contemplateurs,

Que depuis le déclin de la Grèce, leur mère,

Le monde a peu tourné les yeux vers tes hauteurs!

Oh ! qu'il est descendu de ce beau ciel antique Où remontaient vers toi les rêves de Platon , Aspirant à des cîeux plus sereins que l'Attique, A des types vivans plus parfaits qu'Agathon !

beauté, pour ceux-là tu n'étais que l'image D'un modèle infini que rien ne peut ternir (1) ! O beauté d'ici-bas que l'artiste et le sage Contemplaient à genoux comme un grand souvenir!

Us l'appelaient l'Amour! Ils disaient que les âmes Tenant toujours aux cîeux par de lointains accorJs , Dans ce pur souvenir puisaient toutes les flammes Dont elles embrasaient ici-bas les beaux corps !

Aussi y brisant leurs fers, lorsque ces immortelles Allaient revoir là-haut les types radieux , Vers les beaux corps aimés long-temps se tournaient-elles, Les saluant de loin avec de longs adieux!

Elles se lamentaient , comme fait la Dryade Au pied du chêne mort , appelaient par leur nom Tous les beaux lieux, les mers, et les monts de THelIade, Et le pur Ilyssus, et le blanc Parthénon ! •

Mais, ô beauté, n'es-tu qu'un ruisseau qui s'écoule ,

Comme cet Ilyssus dont les flots sont taris?

Et quand ce monde aura brisé ton divin moule,

N'en saura-t-il plus même adorer les débris?

beauté! toi sans doute éternelle, infinie y

Dans ton ciel solitaire alors tu rentreras!

Mais, si le monde est sourd , qu'est-ce que Tharmonie ?

Et que sera la vie où tu nous manqueras?

Comme il s'est efface ton lumineux empire!

D'autres amours du monde ont détourné l'ardeur ; Toi seule tu décrois, c'est ailleurs qu'on aspire; Mais l'homme, en te perdant, a nié sa grandeur.

Il va pourtant , il marche où le destin Tentralne ; Du monde naturel tous les feuillets sont lus; La vie avance et croit! mais toi , ma noble reine.

Comme les dieux bientôt tu n'y compteras plus!

A LA BEAUTÉ IBÉALE. 13

Oui , beaulé, tu t'en vas! le monde à ta rivale Appartient maintenant y son règne t est mortel! £h bien y dernier amant de la forme idéale.

Je veux mourir au pied de ton dernier autel!

D'AIiIiEIlIAGlyE.

Quand je suis las du jour, bien souvent je demande» Avec la paix du soir, quelque bonne Allemande, Au parler vague et frais, à l'œil clair et serein. Et douce dans ses chants comme Foiseau du Rhin,

Mais sauvage de même; une simple compagne, Me rappelant toujours son pays d'Allemagne, Ayant pour chaque soir quelque conte enchanté, Mélange d'idéal et de réalité.

Car, pour moi, rien ne vaut une attachante histoire , Au coin du feu, l'hiver, au chant de la bouilloire. Le vieil Hoffmann disait que ce sont des esprits Qui s'échappent grondeurs, et jetant tous ces cris. Ouï, n'entendez-vous pas, quand la mousse blanchâtre Frissonne en sautillant sur les braises de Tâtre, Comme un chœur fantastique, où ces pauvres captifs Mêlent sur tous les tons leurs petits airs plaintifs? Allons, n'avez-vous pas quelque histoire touchante. Ma conteuse? Voici que la bouilloire chante.

c Dans ce duché de Bade» oii si vite a coulé Mon enrance, au pays dont je t'ai tant parié, Kous avions un parent, seul neveu de mon père, (Pauvre Wilhelm ! son ame est au bon Dieu, j'espère!) Orphelin, n'ayant plus que nous seuls pour recours» A Heidelberg alors il terminait ses cours.

Comme un autre il hàntaii les doctes tabagies Où l'on parle latin et grec dans les orgies; Messieurs les Tramcendani proclament de bon ton D'associer la pipe et le divin Platon ; A cheval sur leurs bancs, passant la niiit eniicre A chercher l'idéal au fond des pots de bière : Et Wilhelm eut, dit-on, l'honneur d'être compté Parmi les dignes Roh de l'université*

Son retour chaque année était un jour de fête! Avec les grands cheveux séparés sur sa tète, Et sa moustache blonde, et son teint rose et doux, Je crois le voir encor, aux vacances, chez nous, Arrivant leste et fier dans son svelte costume : Le petit frac serré (comme c'est la coutume A l'université), le large pantalon.

Et la casquette rouge au rebord de galon.

Chère maison ! toujours hospitalière, aimée.

Par tous nos bons voisins chaque soir enfumée ! Vieux foyer si connu, si fêté d'alentour.

Où, huit heures sonnant, paraissaient tour à tour Monsieur le major Franck, le forestier Philippe, Puis le docteur MûUer, précédés de leur pipe,

d'allbiugnb. t9

Marchant droits, faisant cercle, écoutant Tesprit rort. Si graves qu'on eût dit la diète de Francrort Déroulant à huis clos sa carte d'Allemagne.

Les débats remontaient de droit à Cbarlemagne; Plus tard, c'était la France, et le journal mutin. Puis le cerf abattu dans les bois le matin.

Nous gardions avec nous Wilhelm à la veillée, C'était bien ; mais l'oreille une fois chatouillée De quelque trait lancé par le docteur Millier, Il nous glissait des mains, partait comme l'éclair ! Et le docteur taquin de se mettre en défense Derrière Yabsolu^ la substance et Y essence!

Tout le groupe attentif à l'instant s'alignait; Dans le feu du combat la pipe s'éteignait !

20 m AMOUR

Cher pays, ta science a la face un peu noire; Eux-mêmes voyaient-ils bien clair dans leur grimoire ? Ah ! le damné docteur avec son subjectifs Et Wilhelm ripostant toujours par Vobjectîf!

Au souper, par bonheur, ils retrouvaient leur route^ Puis la guerre expirait sur un plat de choucroute.

Mais le grand philosophe était toujours d'accord Avec mes sœurs et moi, toute petite encor ; Comme il aimait nos jeux! quels ébats, quels ravages Parmi les fruits des bois, les noisettes sauvages, Les prophétiques fleurs aux magiques pistils , Entr'ouvrant des yeux d*or dont nous brisions les cils ! Et les riches moissons de coquilles nacrées Que jette à plaines mains le Nil de nos contrées !

B AIXEM AGME. ^1

Puis nous revenions tous portant notre butin Le soir« en écoutant un chœur dans le lointain.

Beaux jours, leur souvenir encore a bien des charmes! Écoutez maintenant; le reste est plein de larmes. Wilhelm partit un jour pour la chasse, ô mon Dieu ! Nous échangions de loin des sourires d'adieu ; Long-temps je le suivis des yeux à ma croisée, Gravissant les hauteurs luisantes de rosée.

Son chien Faust (à cette heure il est vieux et perchis) S'enfopça dans les bois, et je ne les vis plus.

Mais le reste. • . . Écoutez quels étranges mystères !

Voici donc qu'emporté bien avant dans les torres,

H surprit un ramier posé sur un buisson ,

Et Gt feu ; puis il crut entendre un faible son,

Un sourd gémissement qu'un silence accompagne.

Dans son trouble, il chercha long-temps par la can)pag:>.e ,

Puis il reprit sa chasse, et le jour s'écoula.

Mais, au soleil couchant, Wilhelm revint par là;

Au sortir d'une longue et ténébreuse allée,

Au carrefour d'un bois (hélas ! j'y suis allée).

Au pied d'un peiit tertre entouré de gazon ,

11 remarque une obscure et tranquille mai30P ;

Il regarde, en passant , par l'étroite fenêtre,

Et dans la salle basse où peu de jour pénètre^

Voit un lit d'autrefois, vers le mur adossé,

Large et haut, vis-à-vis la fenêtre placé.

Sur ce lit aux longs pieds, tout chaînés de sculptures,

11 entrevit bientôt par dessous les tentures

Un visage d'enfant ou de femme.. •• Un de's bras. Faible comme un roseau , tombait le long des draps Parmi tous ses cheveux plus longs que ceux des saules Et qui se répandaient à flots sur ses épaules.

Sur la face angélique une exquise blancheur Des teintes de la vie elïïiçait la fraîcheur, Surtout à ce moment où sons les rideaux sombres Ce buste éblouissant luttait contre les ombres. On y voyait pourtant quelques veines d'azur Sillonner flnement le bord de son front pur, La tempe, la paupière, où de leur noire frange Ses grands cils détachés faisaient un ombre étrange. A travers le feuillage arrivé tout à coup Un rayon s'arrêta sur elle, et vers son cou

Se roula quelque temps comme un collier d'opales, Puis s'en alla mourir entre ses lèvres pales.

€ Es-lu celle qu'on aime et qu'on rêve toujours? Celle qu'on voit les nuits et qu'on cherche les jours, Dit Wilhelm en extase, ombre blanche et paisible! Non, ce n'est point un corps, c'est une ame visible. Et pourtant la souffrance a passé sur ces traits ! Elle ressemble presque à ces pieux portraits, Ces beaux marbres sculptés sur le lit froid des tombes; Mais non , non , c'^est plutôt le sommeil des colombes Dont le murmure expire à présent dans les bois. Je t'avais bien cherchée, ô femme de mon choix! Je puis te faire à toi des jours dignes d'envie, Attirer tant de charme et d'éclat sur ta vie!

d'allemagiib. 25

Quoi ! si belle, et tu vis seule avec les oiseaux ! Seule, avec tes parfums, comme les fleurs des eaux !

< Je ne sais; mais ces bois cachaient tant de murmures, De^ vagues accords montaient dans leurs ramures. Tout m'y jetait àTameun trouble si profond!

Cétait toi , c'était toi , que je sentais au fond !

€ Ahl si tu connaissais mon cœur et ma constance! Je mettrai tant d'amour sur ta frêle existence ! Si tu souffres parfois, je serai là toujours Pour distraire, adoucir, fortifiertesjôurs.

Nous irons à Baden, la ville des baigneuses, Chercher les chaudes eaux , les routes montagneuses; De là nous descendrons visiter mon vieux Rhin :

26 tN AMOtR

Résonnant cavalier, tout cuirassé d'airain, Beau fleuve des combats, si fier quand tu t'arrêtes Pour regarder les tours qui couronnent tes crêtes. Pourlécher, en grondànr, le pied de tes manoirs, Et tes mâles cités qui couii)ent leurs points noirs : C'est Cologne, Strasbourg et sa flèche inoitfe ! Ou, comme un éventail, Carlsruhe épanouie.

Et Manheim qui voyait son duc, à ses balcons. Sur son poing féodal appelant ses faucons.

€ Il faut voir, aux clartés des lueurs vespérales, S'élever près des flots les hautes cathédrales. Comme la grande vierge, objet de tant de vœux*, Qui s'en venait au Rhin pour baigner ses cheveux.

* Crimehild, dans les Niebelangs.

]>*ALlJBMA6riE. 27

Oui, de la Foréc-Noîre anx mers de la HoUaiide , Sur ta rouiey ôvieunRhin, ce n'est qu'une guirlande De tombaux fronts penchés, berceau des Électeurs, Où s'arrêtaient le soir les vieux maîtres chanteurs.

f Tout nous appelle, enfant , ton jeune cœur demande A la voir, à Taimer la patrie allemande.

Dans son passé vivant, ses gothiques châteaux. Avec ses monts, géans assis sous leurs manteaux.

€ Que le premier soleil est beau quand il efOeure Les glaciers de Saint-Gall ou les prés de Soleure ! Écoute les bouviers, mesurant les repos De la chanson du soir sur le pas des troupeaux ! Comme les vmx au loin par Fécho sont doublées ;

29 UN AMOtR

Gomme le ranz long-temps flotte sur les vallées! Au bord du petit lac, vois déjà les reflets Que projette à nos pieds la lampe des chalets, Puislà haut jusqu^au ciel où tous ces points de flammes S'en vont naître et passer sans bruit, comme des âmes ! Allons, pressons le pas, cherchons Tabri du soir. Au petit brasier clair bientôt tu vas t'asseoir ; Aperçois*tu déjà les chèvres curieuses Montrer leur tête blanche aux lucarnes crayeuses?

€ rêve de mes jours ! nous irons, n'est-ce pas? Le long des pics aigus j'affermirai tes pas. Hardi comme un chasseur de Berne ou d'Argovie. Partons, mais si pourtant ta faible et douce vie Demande un jour moins pâle, un ciel plus épuré,

Sais-tu bien y ma chère âme, où je te porterai? Notre Allemagne est froide, elle est sombre, engourdie; Mais au revers des monts, là-bas, en Lombardie, Dans le pays de flamme où viennent les citrons. Dans le pays d'amour nous irons, nous irons ; C'est là que nous vivrons tous deux comme Tabeille, Touchant toutes les fleurs qui parent sa corbeille: Ses trésors, son passé, ses arts miraculeux.

Que de beaux horizons! combien de golfes bleus. Où sous le rideau frais du lit de ta gondole. Tu dormiras, ainsi que tu fais, mon idole!

c Aux ombrages d'Albane ou d'Isola-Bella , Chantez vos plus beaux airs, harpes de la villa ! Charge-toi d'harmonie, ô brise Italienne!

30 UN ABiOUR

Fais long-temps frissonner la corde éolienne, Pour que la symphonie, aux retours éternels, Inonde les sentiers, les bassins solennels.

Les immenses jardins aux urnes abattues.

Puis anime, en passant , le peuple des statues !

f Enfant , vois-tu là bas, vois-tu ce couple uni , Ces deux ombres en pleurs voler sur Rimini ?

Dans la grande forêt que bat l'Adriatique , Voit-on courir toujours la meute fantastique? Et le spectre chasseur y frappe-t-il encor Les sonores halliers des éclats de son cor?

f C'était là que Byron sentait, loin de Ravennes, Couler un peu de frais dans ses brûlantes yeines,

d'Allemagne. 31

Là , ce cavalier pâle, incliné sur l'arçon ,

Des cigales des pins écoutait la chanson ,

Puis soulevait Tennui qui chargeait sa paupière ;

Dans le sentier désert est un autel de pierre ,

Où le grand révolté se souvint et pria

Aux derniers tintemcns de Y Ave Maria (2) ;

Dans ces champs pleins de vie, à cette heure si fraîche,

Comme de blancs troupeaux ramenés verslcurcrèche,

La foi y l'espoir, l'amour» ces amis d'autrefois.

Dans le cœur apaisé rentrent tous à la fois.

€ Toi, ma colombe, aussi, lève les yeux et prie! C'est l'heure sainte, enfant, c'est l'heure de Marie! Ln cloche tinte encor, tu Tentends , lève-toi l Quelle immobilité ! Je me sens pris d'effroi

A cette morne paix oii le sommeil la plonge ! Les anges endormis n'ont'^ils jamais de songe? On dirait que son corps par degrés se raidit; La voilà qui se perd sous Tombre qui grandit! i

Gomme il disait ces mots, parut une lumière ; Deux femmes vers le lit s*avançaient ; la première, Les mains jointes, traînait ses pas en chancelant , La plus vieille portait à grand' peine un drap blanc, Puis un enfant en pleurs tenait un petit cierge. La femme qui priait se pencha sur la vierge , L'appela, prit sa tété avec bien des sanglots, Coupa tous les cheveux qui s'en allaient à flots ; Puis cette pauvre mère, avec ses mains débiles, Dérangea quelque peu les linges immobiles,

I>*ALLEMAGIfK« 33

Et le cliasseur put voir de son œil ëgarë

Le sein Troid et sangUutt par le plomb déchiré.

Plus d'un doux songe, hâas! comme le sien s'achève. C'était devant la mort qu'il avait fuit son rêve I »

LA STATUE Dï LA NDIT

BE HICHEIi-AlVCSE.

c Celle que tu vois là si doucement concliée,

c Un ange l'endormit avec son ciseau d*or ;

« Elle s'éveillera quand tu l'auras touchée;

c Tu vois bien qu'elle vit, passant, puisqu'elle dort!

Page 1