‹ Heures perdues [microforme]Chapitre 31 sur 54 · NOTRE PETIT JULES · texte numérisé non relu

NOTRE PETIT JULES

Car dans tout berceau Il germe une tombe.

VICTOR HuGo.

| PEINE a-t-il connu sa mère Que son œil vient de se fermer.

Dans son existence éphémère

Il n’a pas eu le temps d’aimer !

Il avait appris à sourire,

Quand, de nos caresses jaloux,

Un ange vint tout bas lui dire :

« Petit frère, viens avec nous ! »

Du ciel entrevoyant les charmes,

Avec l’ange vite il partit...

S’il eut pu voir couler nos larmes,

I] serait resté, le petit !

Jamais notre oreille ravie

N’entendra son rire enfantin.

Il repose, pâle et sans vie,

Les lèvres closes, l’œil éteint.

ann nttonq

Ils sont pour toujours immobiles

Ces bras qui se tendaient vers nous.

Jamais ses petits pieds débiles

Ne grimperont sur nos genoux !

Dans son étroite bière ouverte

On va bientôt le déposer.

Nous avons sur sa joue inerte

Imprimé le dernier baiser.

Il faut demain qu’il disparaisse,

Malgré nos pleurs, malgré nos vœux.

Le trépas jaloux ne nous laisse

Qu’une boucle de ses cheveux !

La mère par les pleurs brisée Rassemble les langes épars, Triste confusion causée

Par le plus triste des départs.

Tableau touchant ! Je vois sa lèvre Mettre un baiser dans chaque pli Encore imprégné de la fièvre

Du petit être enseveli.

Je m’approche, je la console, Moi, pauvre père inconsolé ; Moi que le désespoir affole,

Qu'’étouffe un sanglot refoulé !

Car en sondant la peine extrême

Qui pèse sur mon cœur en deuil

Je sens qu’une part de moi-même

Est là dans ce petit cercueil !

Pauvre berceau ! Le voiià vide

De son fardeau si précieux ;

Une main amie et rapide

L'enlève et le cache à nos yeux.

* Mais à la place accoutumée

Le petit berceau reviendra.

Bientôt une figure aimée

Dans ses langes nous sourira !

Pour caresser le petit être

n = © = D = ® = U À n J © [= mn JS © = O nt A £ d n & es)

Ravis, nous croirons reconnaître

L'ange envolé que nous pleurons !

13 juillet 1884.

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