‹ Heures perdues [microforme]Chapitre 34 sur 54 · LE POSSÉDÉ DES MUSES · texte numérisé non relu

LE POSSÉDÉ DES MUSES

« | A poésie, Ô Dieu ! serait-elle un mensonge Et l’inspiration un éphémère songe ?

Quoi ! ce charme divin, cet art mystérieux

Serait fait pour tromper et l'oreille et les yeux ?

Des mots harmonieux l’assemblage magique

Serait un jeu frivole en ce siècle énergique ?

Le rêve au vol si doux ne serait qu’un travers,

Et compter vaudrait mieux que d’aligner des vers ? »

Ainsi, se défiant de son œuvre imparfaite,

Et doutant de son art, soupirait un poète.

Pour descendre au niveau des esprits de son temps, Il a fait taire en lui tes rhythmes éclatants,

O Muse ! et maîtrisant tes strophes immortelles,

Au sol il a cloué tes palpitantes ailes.

Debout à son comptoir, tout le jour, sans repos,

Voyez-le par colonne entasser les zéros !

Le théorème ardu, la science des nombres

Entraînent sa pensée en leurs dédales sombres ;

Et ce rêveur d’hier, traître au premier devoir,

Se débat, impuissant, dans le Doit et l’Avoir.

L LI La °2 %

Page 1