‹ Heures perdues [microforme]Chapitre 47 sur 54 · RS · texte numérisé non relu

RS

Vrais spectres de la nuit qui dansent sur les flots.

Mais déjà de Québec la fière citadelle

A l’aube se dessine, et groupée autour d’elle

La ville nonchalante est endormie encor.

Le canon a troublé la nature qui dort

Son tonnerre se mêle au fracas de la Chute

Et sur le flanc des monts deux iois se répercute.

Le mortier de la ville à ce signal répond.

L’ancre glisse en criant. La foule est sur le pont

Et brûle de foulier la terre d'Amérique

Où sans doute l'attend un accueil s mpathique ympathique,

Car elle a vu flotter sur le Cap Diamant

Un étendard ami déployant fièrement

Des couleurs qu’Albion, cette reine de l’onde,

Promène avec orgueil aux quatre coins du monde.

Aussi l’aurore à peine a coloré les cieux

Qu'on les voit défiler déjà moins soucieux.

Du quartier le plus près, la foule curieuse

Se presse sur le quai, morne et silencieuse,

Afin de voir passer tous ces déshérités

Que sur ces bords lointains la misère a jetés.

Ils approchent déjà. Fibre nationale,

Qui dira ton pouvoir ? La foule matinale

Dans ses rangs sent courir de longs frémissements.

Chacun se pousse et dit : « ce sont des Allemands ! »

Alors, 6 noir passé, dans nos cœurs tu t’éveilles,

Et sans les insulter nous songeons à Bazeilles,

À Sédan, sombre fosse où faillit s’engloutir,

Sanglant et mutilé, le grand peuple martyr !

Pour les laisser passer la foule leur fait place.

Cette attitude sombre et les trouble et les glace ; C’est le silence morne au lieu des longs bravos Qu'ils pensaient soulever dans ces pays nouveaux ; Car, méprise cruelle et nouvelle souffrance, L’Allemand sur ces bords a retrouvé la France F La France rajeunie et portant sur son front

Un laurier jeune encore et vierge de l’affront : Une France nouvelle ayant avec l’ancienne Communauté d'amour, communauté de haine, Et qui du vieux pays redoutant l’avenir,

Des maux qu'il a soufferts garde le souvenir.

Ce spectacle imprévu de chagrin les abreuve É Ils croyaient saluer sur les bords du grand fleuve La morgue britannique et le flegme écossais,

Et voilà que soudain le doux parler français Déchire sans pitié leur oreille teutonne,

Et l'antique fierté gauloise les étonne !

Oh ! foulez sans regrets ce sol hospitalier,

Enfants de Germanie : on peut sans oublier

Offrir à l'étranger l’hospitalité sainte,

Levez vos fronts pensifs et défilez sans crainte.

La France américaine, Ô Germains, voit en vous

| Non de fiers ennemis ni des vainqueurs jaloux,

Mais de pauvres proscrits qui, les yeux pleins de larmes, Ont quitté pour toujours le Fatherland en armes j

Car devant le malheur la froide inimitié

Dans un cœur généreux se fond vite en pitié,

Vous voyant défiler, la foule soulagée

Se dit : le ciel est juste et la France est vengée !

Ils ne font que passer. Chauffant pour le départ, Le train qui les attend va partir sans retard.

La machine de feu déjà brûle l’espace...

Salue, 6 Canada, l'Allemagne qui passe

Et va chercher plus loin pour ses fils malheureux

Un plus paisible toit, un soi plus généreux.

larmes,

Sur le bord des grands lacs, au sein des vastes plaines Que foulaient les bisons aux sauvages haleines,

Sur la côte où l'orange étend ses grappes d’or,

Dans les sombres forêts dont le sol vierge encor

Va frémir sous l'effort des semences prochaines,

Sur les sommets rocheux où poussent les vieux chênes, Partout où le destin aveugle les conduit

Le spectre de la France est 1à qui les poursuit :

Ou plutôt sa grande ombre en tous lieux les précède Et comme un cauchemar sans pitié les obsède :

Car devant eux se dresse un étrange passé :

Où se portent leurs Pas nos aïeux ont passé ! Marquette et Joliet, Vérandrye et Lasalle

Font surgir du désert leur œuvre colossale.

Le Germain qu’enivra la clameur des canons

Se trouble au souvenir de ces glorieux noms,

Et lisant nos récits d’héroïque souffrance,

Demande, plein d'émoi : « Qu'est-ce donc que la France ?»

La France est un apôtre, et si vous l’ignorez,

Aux champs américains bientôt vous l'apprendrez.

Trois siècles de travaux sont là pour vous confondre,

Mais la voix des cercueils n’est pas seule à répondre,

Car sur ce sol témoin de tous ses dévouements

Elle n'a pas laissé que de vieux ossements :

Et tout un peuple né de son souffle héroïque,

Dans son naïf espoir et sa force stoïque,

Resté maître dù sol arrosé de son sang,

Repousse vers les lacs l'étranger frémissant.

Et si jamais la France, ardent foyer de gloire,

Sombrait, faisait la nuit aux fastés de l'histoire,

Son génie immortel sur ces bords planera

Et son image sainte en nos cœurs survivra !

ez, ndre,

ndre,

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