‹ Heures perdues [microforme]Chapitre 5 sur 54 · HOMMAGE À L'IMPÉRATRICE EUGÉNIE · texte numérisé non relu

HOMMAGE À L'IMPÉRATRICE EUGÉNIE

C° siècle merveilleux, brisant les vieux oracles,

Poursuit ses travaux étonnants ; .

Et l'humanité sainte accomplit ses miracles

A travers les cinq continents.

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Hier encore on vit sur un lointain rivage

Le jeune héritier des Césars, Pressé par son grand nom, d’une lutte sauvage

Courir les terribles hasards.

Loin des rives de France, aux confins de Afrique,

Honteux de son oisiveté,

Le dernier héritier d’une race homérique

Va chercher l’immortalité.

Le prince impérial, sur une rive obscure

Succombe en soldat valeureux ;

Ainsi dans sa pitié l’Être Éternel mesure

La gloire aux princes malheureux,

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O France, c’est ton sang qui coulait dans ses veines, Ton sang si souvent répandu.

uvage Pourtant des prés d'Arvor aux forêts des Cévennes

Nul chant de deuil n’a 1 “pondu !

l'Afrique, As-tu donc oublié que l'Éternel qui t'aime

Et par toi semble encore agir, Veut que ce soit ton Sang qui serve de baptême

À tout peuple qui va surgir P

Et que ce frêle enfant tombé sous la zagaie, Le sein de mille coups percé, Victime expiatoire, à la Justice paie

Toutes les dettes du passé ?

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. Rêvant dans son repos de nobles destinées,

L'esprit hanté de tant d’exploits ;

Sentant, au souvenir des funestes journées,

Se réveiller son sang gaulois,

Il allait, de l'empire éphémère espérance,

Combattre pour l’humanité,

Accomplissant lui seul ce que faisait la France

Aux jours de sa virilité.

Prince, tu n’as laissé, pour déplorer ta perte,

Rien qu’une pauvre femme en deuil ;

Car le parti puissant que ta mort déconcerte

Tombe avec toi dans le cercueil !

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Tu n’as pas remué d’une main souveraine Un peuple indocile du soumis, Ni rencontré, vainqueur, au milieu de l'arène,

La tourbe de tes ennemis.

Tu n'as pas eu le temps de soulever l'épée Qui fit et défit tant de rois, Avec toi les rayons de l'immense épopée

Ont lui pour la dernière fois !

Tu n’as fait que passer rapide dans la vie ; À peine sorti du repos, Tu meurs en combattant, et ton père t’envie

Cette fin digne d’un héros !

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Noble mort que rêva comme une délivrance Le géant vaincu’ des Cent-jours,

Aïgle qui, teint du sang qu'avait perdu la France, gle q 8q P

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La disputait à cinq vautours !

Oui, l'oncle et le neveu, fatale destinée !

O néant des calculs humains !

L’ont défiée en vain cette mort obstinée,

Eux qui la tenaient dans leurs mains !

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Leurs enfants malheureux, nés dans des jours de gloire

Dorment sous un sol étranger ; Exemples inouïs des leçons de l’histoire,

Dupes d’un rêve mensonger.

Tous deux fils de l’Empire, héritiers d’un grand trône

Fondé sur vingt peuples divers, , France, Meurent sans avoir ceint la pesante couronne

Qui faisait ployer l’univers.

Quand le duc de Reischtadt par l'astuce autrichienne

Meurt lentement empoisonné, Le prince plus heureux sur la rive africaine

ins | Tombe de gloire couronné.

urs de gloire À Salut, ô noble enfant d’une race immortelle, Digne des héros d'autrefois ; La France sans pitié te refusera-t-elle

La sépulture de ses rois ?

Ta dépouille est à tous ; elle appartient au monde

Qui n’a plus droit de l’oublier.

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C’est pour l'humanité que ton sang pur féconde

Un sol inhospitalier !

Salut, fière Albion ! Comment pourrions-nous taire

Notre gratitude aux Anglais,

Quand on voit recueillis par la vieille Angleterre

Les débris d’un trône français ?

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au monde Merci, peuple géant, ennemi redoutable Du premier des Napoléons, féconde Qui protèges ses fils dont la mort lamentable

À fait gémir tes vieux canons.

Il est beau, quand la France, en ses luttes acerbes, Jette l’oubli sur leurs tombeaux, ia De voir sur leurs cercueils tes légions superbes

Inc'iner leurs nobles drapeaux !

-nous taire Il est beau de te voir honorer l’infortune, J Abriter sous ton ciel brumeux rleterre Tous ces nobles proscrits qu’une gloire importune

À déjà rendus trop fameux !

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Terre de l'hospitalité,

Voilà que sur ton front une honte s’efface,

Et Sainte-Hélène est racheté,

Etrange retour de l’histoire !

Le jeune prince va périr

Près de l’île où, chargé de gloire,

Son grand oncle est venu mourir :

Où, prisonnier de l'Angleterre,

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Sur une plage solitaire Perdue au sein de l'océan,

Il pleurait l'empire du monde, Pansant la blessure profonde

Faite à son orgueil de géant,

Lorsque dans ses nuits d’insomnie, Lassé de se ressouvenir,

Il plongeait, radieux génie,

Son œil d'aigle dans l'avenir, Eut-il pu prévoir, le grand homme, Que le jeune prince qu’on nomme L’héritier de son vaste nom Mettrait, Ô l'étrange mystère |

Au service de l’Angleterre

Le glaive d’un Napoléon ?

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Que le fier drapeau britannique,

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Avant soixante ans accomplis,

Retour de fortune ironique !

Ferait flotter ses larges plis

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Sur la dépouille ensanglantée

D'un fils du nouveau Prométhée,

Et qu’au bruit d’un salut royal,

Sous le gazon de l'Angleterre

On mettrait le fils et le père

Privés du sceptre impérial ?

C’est qu’Albion plus généreuse

Qu’au temps des combats sans merci,

D'une femme si malheureuse Respecte l’immortel souci.

Le grand peuple anglais se découvre

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Devant un prince, enfant du Louvre, Héritier de Napoléon,

Tandis que la F rance, sa mère, Oubliant les jours de Brumaire,

Lui refuse le Panthéon !

La France, hélas ! la grande Francé, La France des jours immortels, Regarde avec indifférence

D'un hros les restes mortels.

Elle refuse un coin de terre

Pour y jeter cette poussière

Dont l'Anglais se montre jaloux,

Et l’univers dans la balance

Pesant ce criminel silence,

Absout le crime des Zoulous !

Fleuve gigantesque du monde,

Roulant toujours à flot pressé,

La liberté sainte se fonde

Sur quelque débris du passé.

Lorsque l’audace britannique Jusqu’aux profondeurs de l'Afrique Fait reluire l'humanité,

Déjà pour sceller sa victoire, Nouvelle leçon de l’histoire,

L'espoir d’un trône est emporté !

Devant cette auguste poussière Défilent tes lourds fantassins.

C'est par toi, nation si fière, Que le ciel poursuit ses desseins.

Sous tes coups le premier Empire S'est vu crouler, Ô chûte, pire

Que la déroute des Titans !

C’est toi qui viens de mettre en terre L'espoir d’une couronne altière

Avec un prince de vingt ans |

Poursuis ton œuvre magnanime, Mais pleure les princes tombés, Entoure d’un reflet sublime

Les fronts sous le malheur courbés.

Dans ta force, sois généreuse ,

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| Et lorsque la fosse se creuse

Pour l'héritier d’un si grand nom, Devançant l'arrêt de l’histoire, Tu peux, sans craindre pour ta gloire,

Saluer un Napoléon !

Aïnsi de sa maïn souveraine Dieu dirige tout ici-bas,

S'il est Dieu de la paix sereine, Il est aussi Dieu des combats.

Pour que ses desseins s’accomplissent

Il faut que des peuples surgissent

À côté d’un trône emporté,

Ce n’est qu’à travers les décombres

De rois et de peuples sans nombres

Qu'il fait marcher l'humanité,

Et vous, ô noble femme, épouse, reine et mère,

Devant qui s’inclinent les rois,

Qui payez noblement un pouvoir éphémère

Par trois martyres à Ja fois }

Qui dès le jour fatal où s’écroulait le trône

Devant le Germain triomphant,

Avez sitôt pleuré d’abord votre couronne,

Puis votre époux et votre enfant ;

Vous, cœuritrois fois meurtri, que l'univers admire

En vos saintes affictions,

Et qui restez toujours dans ce triple martyre

Grande devant les nations ;

Permettez qu’en ce jour une voix de poète

Perdue aux bords du Saint-Laurent,

Salue avec respect du fond de sa retraite

Les restes du prince expirant.

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Ces vers vous apprendront qu'aux rives d'Amérique Un peuple a connu vos malheurs :

Qu’au récit des revers d’une mère héroïque

Nos mères ont versé des pleurs !

Ils vous diront aussi que sur la rive obscure Du jeune Canada français, Quand la France est frappée on ressent sa blessure

Plus vivement que ses succès !

Et si la sympathie aux heures de souffrance Peut adoucir l’amer souci,

Agréez-la de nous, rejetons de la France, Car nous avons souffert aussi !

Juin 1870.

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