Hier, aujourd'hui, demain, problèmes nationaux
La substance de cet ouvrage a été donnée en six conférences, du 2 mars au 6 avril 1916, sous les auspices des "Amis du Devoir". Chacune des conférences forme l'un des chapitres du livre. Certaines parties ont été considérablement développées : par exemple, la fin du premier chapitre, consacrée à l'analyse de la tradition religieuse en tout ce qui touche aux obligations militaires des Canadiens.
L'auteur a cru devoir ajouter de copieuses citations du mandement de Mgr Jean Langevin, évêque de Rimouski {frère de SIR Hector Laxgevix), sur l'inauguration de la Constitution fédérale ; et aussi du mandement de Mgr Cooke, évéque des Trois-Rivières, sur le même événement. Ces deux pièces manquaient à l'auteur, lorsqu'il a fait cette première conférence. D'après les témoignages qu'il a été possible de recueillir, et selon toute vraisemblance, le véritable auteur du mandement de Mgr Cooke serait Mgr Lafleche, alors coadjuleur des Trois-Rivières, dont l'éloquence et le zèle devaient jeter un si vif éclat sur l'Eglise de la province de Québec.
Ces citations additionnelles complètent la preuve de la " tradition épiscopale " canadienne. De cette preuve résultent les faits suivants, définitivement acquis à l'histoire impartiale: 1° depuis la Conquête jusqu'à la guerre actuelle, pas un seul évêque canadien-français n'a enseigné aux Canadiens qu'ils ont l'obligation morale de se battre pour l'Angleterre, ni d'autre devoir que celui de défendre leur propre patrie; 2° en maintes circonstances, ils ont enjoint à leurs ouailles de remercier Dieu de la paix dont le Canada jouissait pendant que l'Angleterre était en guerre: 3° tous les évêques de la province de Québec ont fait aux Canadiens un " devoir de conscience " d'accepter la Constitution de 1867; 4° ils ont donné au peuple l'assurance qu'elle accroissait l'autonomie et les libertés du pays, et aussi ses garanties de paix et de sécurité.
Cette preuve fait justice de l'exploitation qu'on a récemment tenté de faire de la " tradition épiscopale " pour justifier la participation du Canada à la guerre actuelle et, généralement, à la défense de l'Empire britannique.
Le reste de l'ouvrage est enrichi de notes et d'observations qui ne pouvaient entrer dans les cadres de simples conférences.
L'ensemble de ce travail est la suite et le complément nécessaire de l'ouvrage récemment publié par l'auteur sous le titre : "Que devons-nous à l'Angleterre?"
Droit public anglais — Constitution canadienne —
Obligations militaires — Tradition politique
— Tradition religieuse.^
Quels étaient, au moment du Traité de Paris, les principes de droit public applicables à l'organisation militaire des pays britanniques?
Dans quelle mesure et sous quelle forme ces principes se sont-ils introduits dans les possessions de la Grande-Bretagne, et particulièrement au Canada?
Comment se sont-iJs affirmés et développés dans nos lois et notre .constitution?
Quelle interprétation leur ont donnée les hommes d'Etat et les jurisconsultes britanniques, les chefs civils et religieux du peuple canadien?
Quelle somme de devoirs nationaux en est résultée pour le Canada et les autres colonies autonomes? quelles obligations morales ou légales envers la Grande-Bretagne et les autres pays d'empire? quelle base de relations avec les pays étrangers?
Voilà les questions auxquelles nous allons, dans cette première causerie, chercher une réponse."
Origines du droit public anglais
iL'ensemhle des principes du droit public anglais n'est consigné sous une forme concrète et définie dans aucune charte constitutionnelie, dans aucun code de lois. Ceux de ces principes fondamentaux dont la trace écrite se retrouve dans les statuts du parlement ont presque tous subi, dans la pratique, de multiples et profondes modifications. Quelques-uns, et des plus essentiels, n'ont jamais reçu une forme légale; et cependant, ils
1 Conférence du 2 mars 1916.