‹ Hier et demain, contes et nouvelles;Chapitre 16 sur 19 · EN · texte numérisé non relu

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Les hommes de ce xxix*" siècle vivent au milieu d'une féerie continuelle, sans avoir l'air de s'en doviter. Blasés sur les merveilles, ils restent froids devant celles que le progrès leur apporte chaque jour.

Tout leur semhle naturel. S'ils la comparaient au passé, ils apprécieraient mieux notre civilisation, et ils se rendraient compte du chemin parcouru. Combien leur apparaîtraient plus

(') Cette fantaisie a paru pour la première fois, en langue anglaise, en février 1889, dans la Revue américaine TJie Forum, puis elle a été reproduite, avec quelques modifications, en langue française. Dans la version actuelle, on s'esl parfois référé au texte primitif anglais. M. J. V.

admirables nos cités modernes aux voies larges de cent mètres, aux maisons hautes de trois cents, à la température toujours égale, au ciel sillonné par des milliers d'aéro-cars et d'aéro- omnibus!

Auprès de ces villes, dont la population atteint parfois jusqu'à dix millions d'habitants, qu'étaient ces villages, ces hameaux d'il y a mille ans, ces Paris, ces Londres, ces Berlin, ces New-York, bourgades mal aérées et boueuses, où circulaient des caisses cahotantes, traînées par des chevaux, — oui ! des chevaux ! c'est à ne pas le croire ! S'ils se représentaient le défectueux fonctionnement des paquebots et des chemins de fer, leurs collisions fréquentes leur lenteur aussi, quel prix les voyageurs n'attacheraient-ils pas aux aéro-trains, et surtout à ces tubes pneumatiques, jetés à travers les océans, et dans lesquels on les transporte avec une vitesse de quinze cents kilomètres à l'heure ? Enfin ne jouirait-on pas mieux du téléphone et du téléphote, en se disant que nos pères en étaient réduits à cet appareil antédiluvien qu'ils appelaient le « télégraphe « ?

Chose étrange ! Ces surprenantes transformations reposent sur des principes parfaitement connus de nos aïeux, qui n'en tiraient, pour ainsi dire, aucun parti. En effet, la chaleur, la vapeur, l'électricité, sont aussi vieilles que l'homme. A la fin du xix" siècle, les savants n'affirmaient-ils

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pas déjà que la seule différence entre les forces physiques et chimiques réside dans un mode de vibration, propre à chacune d'elles, des particules éthériques?

Puisqu'on avait fait ce pas énorme de reconnaître la parenté de toutes ces forces, il est vraiment inconcevable qu'il ait fallu un temps si long pour arriver à déterminer chacun des modes de vibration qui les différencient. Il est extraordinaire, surtout, que le moyen de passer directement de l'un à l'autre et de les produire les uns sans les autres ait été découvert tout récemment.

C'est cependant ainsi que les choses se sont passées, et c'est seulement en 2790, il y a cent ans, que le célèbre Oswald Nyer y est parvenu.

Un véritable bienfaiteur de l'humanité, ce grand homme! Sa trouvaille de génie fut la mère de toutes les autres ! Une pléiade d'inventeurs en naquit, aboutissant à notre extraordinaire James Jackson. C'est à ce dernier que nous devons les nouveaux accumulateurs qui condensent, les uns la force contenue dans les rayons solaires, les autres l'électricité emmagasinée au sein de notre globe, ceux-là, enfin, l'énergie provenant d'une source quelconque, chutes d'eau, vents, rivières et fleuves, etc. C'est de lui que nous vient également le transformateur qui, obéissant à l'ordre d'une simple manette, puise la force vive dans les accumulateurs et la rend à l'espace, sous forme

de chaleur, de lumière, d'électricité, de puissance mécanique, après en avoir obtenu le travail désiré.

Oui ! c'est du jour où ces deux instruments furent imaginés que date véritablement le progrès. Ils ont donné à l'homme une puissance à peu près infinie. Leurs applications ne se comptent plus. En atténuant les rigueurs de l'hiver par la restitution du trop-i3lein des chaleurs estivales, ils ont révolutionné l'agriculture. En fournissant la force motrice aux appareils de navigation aérienne, ils ont permis au commerce de prendre un magnifique essor. C'est à eux que l'on doit la production incessante de l'électricité sans piles ni machines, la lumière sans combustion ni incandescence, et enfin cette intarissable source d'énergie, qui a centuplé la production industrielle.

Eh bien ! l'ensemble de ces merveilles, nous allons le rencontrer dans un hôtel incomparable, — l'hôtel du Earth Herald, récemment inauguré dans la 16823" avenue.

Si le fondateur du New York Herald, Gordon Benett, renaissait aujourd'hui, que dirait-il, en voyant ce palais de marbre et d'or, qui appartient à son illustre petit-fils, Francis Benett? Trente générations se sont succédé, et le New York Herald s'est main-

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tenu clans cette famille des Benett. Il y a deux cents ans, lorsque le gouvernement de l'Union fut transféré de Washington à Centropolis, le journal suivit le gouvernement, — à moins que ce ne soit le gouvernement qui ait suivi le journal, — et il prit pour titre : Earth Herald.

Et que l'on ne s'imagine pas qu'il ait périclité sous l'administration de Francis Benett. Non ! Son nouveau directeur allait au contraire lui inculquer une puissance et une vitalité sans égales, en inaugurant le journalisme téléphonique.

On connaît ce système, rendu pratique par l'incroyable diffusion du téléphone.

Chaque matin, au lieu d'être imprimé comme dans les temps antiques, le Earth Herald est « parlé ». C'est dans une rapide conversation avec un reporter, un homme politique ou un savant, que les abonnés apprennent ce qui peut les intéresser.

Quant aux acheteurs au numéj^o, -.on le sait, pour quelques cents, ils preniîcnt connaissance de l'exemplaire du jour dans d'innombrables cabinets phonographiques.

Cette innovation de Francis Benett galvanisa le vieux journal. En quelques mois, sa clientèle se chiffra par quatre-vingt-cinq millions d'abonnés, et la fortune du directeur s'éleva progressivement à trente milliards, de beaucoup dépassés aujourd'hui.

Grâce à cette fortune, Francis Benett a pu bâtir son nouvel hôtel, — colossale cons-

truction à quatre façades, mesurant chacune trois kilomètres, et dont le toit s'abrite sous le glorieux pavillon soixante-quinze fois étoile de la Confédération.

A cette heure, Francis Benett, roi des journalistes, serait le roi des deux Amériques, si les Américains pouvaient jamais accepter un souverain quelconque. Vous en doutez? Mais les plénipotentiaires de toutes les nations et nos ministres euxmêmes se pressent à sa porte, mendiant ses conseils, quêtant son approbation, implorant l'appui de son tout-puissant organe. Comptez les savants qu'il encourage, les artistes qu'il entretient, les inventeurs qu'il subventionne ! Royauté fatigante que la sienne, travail sans repos, et, bien certainement, un homme d'autrefois n'aurait pu résister à un tel labeur quotidien. Très heureusement, les hommes d'aujourd'hui sont de constitution plus robuste, grâce aux prouvés de l'hygiène et de la gymnastique, qui de trente-sept ans ont fait monter à soixante-huit la moyenne de la vie humaine, — grâce aussi à la préparation des aliments aseptiques, en attendant la prochaine découverte de l'air nutritif, qui permettra de se nourrir... rien qu'en respirant.

Et maintenant, s'il vous plaît de connaître tout ce que comporte la journée d'un directeur du Earth Herald, prenez la peine de le suivre dans ses multiples occupa-

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