SIMILITUDES ET DIFFERENCES
à l'extérieur : hommes d'Etat ou militaires, professe d'autres sentiments est par le fait même, banni de la confrérie des vrais croyants et traité comme hérétique. Pour Ludendorff, la bienveillance n'est que faiblesse.
Hindenburg, s'il a peu de regrets pour les atrocités commises au cours de la guerre, n'en parle du moins qu'avec circonspection et, s'il le peut, n'en parle pas du tout. Ludendorff ne nie rien et tente de tout justifier. La pitié n'est pas son fait.
Hindenburg observe une réserve modeste dans l'appréciation de ses propres actes. Ludendorff est orgueilleux, pour ne pas employer d'autre mot.
Hindenburg est accueillant, dépourvu de morgue, amateur d'une saine gaieté. Ludendorff, sauf pour quelques privilégiés, est rude et anguleux; renfermé sur soi-même, absorbé en ses travaux, il n'éprouve ni le besoin de se détendre ni celui de se sentir dans une atmosphère de bonne humeur; les questions de service le passionnent et rien d'autre.
Hindenburg a foi dans l'avenir de l'Allemagne; il appelle de tous ses \'ceux le rétablissement de l'ancien ordre de choses amalgamé, s'il le faut, avec quelques-unes des nouveautés de la révolution, mais il garde une attitude pleine de dignité vis-à-vis des partis qui se disputent la prééminence en Allemagne. Il ne tente pas d'avancer l'heure du destin; sollicité de donner son opinion, il répond selon sa conscience sans jamais provoquer les sollicitations; il ne prô-
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nera jamais les luîtes intestines. Luclendorff fait la guerre ouverte ou sourde aux institutions nouvelles; il est de tous les coups d'état en préparation contre l'ordre établi; il ne regarde pas aux moyens; aucune alliance ne lui fait peur s'il la croit capable de le rapprocher de son but. 11 use des communistes aujourd'hui, comme il favorisa hier €t favorisera demain les monarchistes. Pour le moment, il est installé à Munich parce que la Bavière lui semble être le pays allemand le plus près de répudier les doctrines politiques avancées en rappelant son monarque et probablement le plus disposé à s'incorporer les Allemands d'Autriche. La Ba\'ière manifeste des tendances indépendantes vis-à-vis de l'Empire? Peu importe. Quand elle aura de nouveau un souverain, quand elle aura rallié l'Autriche, quand la partie saine de la population sera bien armée, tandis que les socialistes auront rendu leurs fusils, peut-être ne sera-t-il pas difficile d'imposer le même régime au reste de l'Allemagne. L'Empire sera reconstitué et l'heure de la revanche bien près de sonner.
En résumé, Hindenburg ne nous offre ni l'agressivité de Ludendorff vis-à-vis des hommes et des institutions, ni la critique acerbe des actes gouvernementaux, ni le reflet de haine contre les personnes, ni le regret manifeste de n'avoir pas forcé choses et gens à suivre la voie qu'il s'est à lui-môme tracée; en un mot, Hindenburg n'est pas sectaire. S'il pra-