LIVRES PREMIER ET TROISIÈME
INTRODUCTION
La division des Epidémies en sept livres remonte à une très haute antiquité; on la retrouve dès les premiers temps de l’école médicale d’Alexandrie , ainsi que cela ressort évidemment des témoignages fournis par Mnémon, par Bacchius, par Apollonius Biblas, pur lléraclide, etc. \ Quoi qu’il en soit de cette division , les sept livres des Epidémies n’ont pas tous joui d’une égale fortune; le premier et le troisième, à cause de leur authenticité, et aussi le sixième, je ne sais à quel titre, ont plus particulièrement attiré l'attention des commentateurs. Le premier et le troisième livre , les seuls que j’aie admis dans ce recueil, ont entre eux des rapports intimes que tous les commentateurs anciens et modernes ont reconnus, et qui ne permettent guère de les séparer, bien qu’ils aient été désunis, on ne sait comment et pour quel motif, par les premiers éditeurs de la collection hippocratique.
Ces livres ont subi plus d’un genre d’altération; je viens de signaler le fait inexpliqué de leur séparation; j’aurai à revenir dans mes notes sur quelques additions, interpolations et déplacements partiels; je ne parlerai ici que du défaut de suite et de liaison des différentes parties qui les composent. Ainsi , le premier livre s’ouvre par la description de trois constitutions et se termine par une série de quatorze histoires de malades ; le troisième débute par une autre série de douze histoires, présente ensuite la description d’une quatrième constitution et finit par une nouvelle série de seize histoires. Or, si l’on étudie comparativement les histoires et les constitutions, on est bientôt frappé d’une absence presque complète de rapports entre les unes et les autres. Ce fait étrange,
1 Cf. Galien. Com. II, in Epid. III, texte 4, t. XVII, p. 605. (Toutes les citations empruntées aux commentaires de Galien sur les Épidémies, se rapportant au t" vol. du tome XVII.del’éd. deKuehn.jcme suis contenté de renvoyer aux pages.) — Littré, 1. 1", chap. 5, p. 324. — Ackermann, Bist. lia. Hipp. dans l’éd. de Kuehn, 1. 1 , p. xxxm.
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que quelques éditeurs avaient entrevu, mais dont ils n’avaient tiré aucune conséquence, attira d’une manière toute spéciale l’attention de Desrnars De l'examen auquel il s’csl livré il résulte que la disposition primitive des Epidémies a été bouleversée par les premiers éditeurs; que les quatre constitutions doivent être groupées ensemble, que les histoires doivent être rangées de suite, enfin que presque toutes doivent être étudiées comme des faits individuels et interprétées indépendamment des constitutions.
«On pourrait objecter, dit Desmars, que ces histoires appartiennent « aux constitutions après lesquelles elles sont rapportées, puisque « Philiscus, qui estlesujet delà première ( t«r livre), est dénommé « expressément dans la troisième constitution. On peut citer d’ail - « leurs plusieurs autres histoires qui ont dù être observées dans « quelqu’une des quatre constitutions \ Il faut convenir que l’au- « leur des constitutions est certainement l’uutcurdes quarante-deux « histoires ; que l’un et l'autre ouvrage ont pu être faits dans le « même temps; au moins, que plusieurs observations de maladies « particulières ont été faites durant les constitutions, qui fournis- « saientdes occasions favorables d’observer les symptômes des ma- « ladies dans toute leur latitude. Rien n’empêche donc de placer les « histoires à la suite des constitutions; mais sans confusion, sans « interposition, sans en inférer que ces deux ouvrages ne soient * qu’un seul et même ouvrage.
« Galien 3 a reconnu que les seize histoires qui terminent le troi-
1 Dans ses Epidémiques d'Hippocrate , traduites du grec; Paris, in-12, 1767 ; p. 8 et suiv.
1 V.iltésius (/» lib. Hipp. de morb. pop. Comment aria) a établi que les histoires d’!lérophon(3« mal., ir* sér.),d’Éroiinus (8* mal., ir“ sér.\ d'ilermippus lcClazoménien(!0'mal., ir' sér.ï(el l’on pourrait a jouter dcMélhon. 7' mal., ir* sér.), se rapportent à la 3« constitution. M. Lillrcfl. II, p. 570 a démontré que Philiscus nommé par Hippocrate dans la 3' constitution était le l" malade du Ier livre. Je crois aussi que Cléonaclidès ( 6» mal., ire sér.) est un de ceux qui , dans la jr' constitution, furent atteints des lièvres bénignes qui régnèrent pendant l’été et l’automne. Enfin plusieurs observations disséminées dans les deux livres se rapportent à la grande lièvre pseudocontinue et à ses diverses espèces, qui ont surtout régné dans la troisième constitution ; mais on ne peut pas toutes les rapporter à cette constitution , puisque la plupart des malades ont été observés adlcurs qu'à 1 bases où elle régna. Il faut remarquer en outre avec Destuars ( p. 13 ) que les histoires du Ier livre qui peuvent appartenir à la première et à la deuxième constitution sont confondues avec celles de la troisième, et que quelques-unes même se trouvent parmi les histoires du 3e livre.
1 Gai. Coin. 111, in Epid. il f , texte 7i . p. 730. Il regarde même, et avec raison , plusieurs cas comme tout à fait sporadiques.
ÉPIDÉMIES
« sièmc livre n'appartenaient pas tontes à la constitution qui les « précède. Le docteur Freind a osé le reprendre, pareeque, dit-il,
« toutes ces maladies sont des fièvres ardentes ( causus ). Galien n’a « pas nié que ces fièvres fussent ardentes. Chaque constitution a des « fièvres ardentes d’une nature particulière. Hippocrate prend soin « d’établir les caractères généraux dans chaque constitution , et « Galien a eu droit d'examiner s’ils se retrouvaient dans les seize « histoires du troisième livre. 11 a reconnu des caractères très dilTé- « rents , et il en a conclu justement qu’elles ne pouvaient toutes « appartenir a la constitution qui les précède. Il suffit de renvoyer « à la description des fièvres ardentes qu’on y lit pour mettre le « lecteur en état de juger de la disparité de ces fièvres , et combien « est peu fondée la critique du docteur Freind à cct égard. Qu’on « fasse attention seulement à la manière dont ces fièvres se ju- « geaient; aux flux de ventre qui les accompagnaient, à l’aversion « insurmontable des malades pour toutes sortes d’aliments , et qu’on « compare ces symptômes avec ceux des malades abdéritains. » Desmars démontre ensuite par un calcul très précis que le même médecin n’a pas pu observer dans la même constitution les seize malades dont il s’agit. La première raison , c’est que parmi eux les uns résidaient à Thasos , les autres à Larisse . à Abdère , à Cyzique, à Mélibée ; la seconde , c’est que chez plusieurs la maladie dura fort longtemps. En sorte que le médecin qui a traité tous ces malades n’a pu séjourner moins de neuf mois dans toutes ces villes, sans y comprendre le temps nécessaire pour s’y transporter; mais les fièvres ardentes, qui avaient commencé au printemps, finirent dans l’automne; ce qui ne donne pas neuf mois, suivant la distribution des saisons dans Hippocrate.
« Si on demande, ajoute Desmars, quel était l’objet de l’auteur « en proposant des observations faites à Thase, à Abdère, Larisse , « Gyzique et Mélibée , je réponds que les quarante-deux histoires « ont été probablement tirées dans des collections considérables « d’observations faites dans les villes de la Grèce et de la partie de ■■ l’Asie habitée parles Grecs, et surtout dans l’ile de Thase , où « les trois premières constitutions ont été observées; que ces his- « loires, ainsi que les constitutions, ont été choisies dans la vue « de nous faire connaître , d’une part les influences des saisons ou « les changements qu’elles peuvent causer dans les maladies des « différentes années, et d’autre part, les lois fixes et stables que « suivent ces memes maladies, quelque nom qu’on veuille leur « donner, dans quelque année que ce soit, et dans tous les pays « du monde. »
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Les conclusions de Desmars ont été acceptées par M, Littré ( t. Il, p. 638 et 687) , et si , comme ce dernier, je n’avais pas craint de trop m’écarter de ta coutume des éditeurs d’Hippocrate, j’aurais présenté de suite et à part les constitutions et les observations , mais le lecteur pourra très bien se conformer à cet ordre en lisant les Epidémies. C’est du reste celui que je suis pour l’analyse des constitutions.
Avant d’aller plus loin dans l’analyse du traité qui nous occupe, il est bon de dire quelque chose du mot Epidémies qui lui sert de titre. Galien s’est en partie chargé de ce soin : « Hippocrate « de Cos, dit-il ‘,ne s’est pas proposé de traiter dans ce livre des « maladies propres aux diverses contrées, comme il l’a fait ailleurs. « Son travail porte sur les maladies épidémiques , c’est-â-dirc sur « celles qui régnent momentanément sur les populations. Les mala- « dies épidémiques diffèrent des maladies endémiques , en ceque les « premières sont propres pendant un certain tertips à une certaine « région , tandis que les secondes sont pour ainsi dire attachées par « des liens de parenté aux habitants de certaines contrées. Dans le « livre des Airs, des Eaux et des f.ieux , Hippocrate s’est occupé « des maladies endémiques, celles qui sont propres à chaque pays; « dans celui-ci, il traite des maladies épidémiques, celles qui pen- « dant un certain temps s’étendent sur les villes ou sur des nations « tout entières. Il a l’habitude d’appeler ces deux espèces de ma- « ladies, communes à tous (wâyxotva) et populaires {ni-jS-ep-'x). Il « nomme sporadiques (a-zopctotxi) toutes les maladies qui ne sont « pas communes à plusieurs, mais qui n’attaquent que quelques in- « dividus en particulier. »Un peu plus loin (p. Il et 13) Galien remarque qu’Hippocrale faisait rentrer les maladies pestilentielles (vovïi/AKra dans les maladies épidémiques proprement
dites , et lui-même ne les en distingue que par leur caractère pernicieux * ; les unes et les autres dépendent essentiellement des intempéries des saisons. Ailleurs encore 1 * 3 Galien dit : a Dans le
1 Com. I, in Epid. I, inproœm., p. i. Ce texte est cerlainement altéré; je me suis guidé parfois plutôt sur le sens général que sur la lettre même. Il n’y a point de manuscrits à la Bibliothèque Royale qui renferme les premières lignes du préambule; les deux seuls manuscrits qui contiennent ce commentaire , et qui semblent avoir été copiés l’un sur l'autre, sont mu tilés au commencement. — Cf. aussi Palladius, Scbol., in Hipp. Epid. VI, éd de Dielz, t. II, p. 1 et suiv.
> cf Gai. Com. III, in Epid. III, texte 19, p. 667. — Cf. aussi Foës, Econom.,ùu mot ; Gorris, Définit med.,é d. de i622au mot ).otp6i cl le traité du Régime dans les maladies aiguës ( §. 2 ).
3 Com. I, in Epid. III, in proœm.,p. 196.
ÉPIDÉMIES
« l*r et le 2* livre Hippocrate décrit les constitutions de l’at- « mosphère, après quoi il énumère les maladies qui régnèrent « épidémiquement (imSri/j.ifi‘j«vTcr. voï^/tara) ; car s'étant servi de ces « mots pour désigner les maladies [dépendantes des constitutions « atmosphériques] , il a pris cette inscription ( v. p. 238, n. “ ) par- « cequ’il traite des maladies épidémiques (tûv iitiSrifiitiv vonv/tirw) « et non à cause des voyages (iniSijiuüj) que lui Hippocrate a faits « dans ces villes [ pour observer ces maladies j » Galien ajoute, si toutefois je comprends bien son texte, qui ne me semble ni intact ni régulier, que c’est par abus que ce titre s’est étendu aux autres livres réunis au premier et au troisième.
Les modernes ne sont pas eneorc bien fixés sur la classification et les dénominations à employer pour les maladies populaires; il n'est donc guère possible de déterminer à quel groupe il faut rapporterai qu’Hippocrale et d’après lui les médecins grecs appellent maladies épidémiques. Si l’on considère qu’Hippocrate, dans le traité qui nous occupe , range exclusivement sous ce nom les maladies annuelles produites par l’intempérie des saisons, on sera porté à regarder le mot Epidémie comme synonyme de ce que nous entendons aujourd’hui par constitution médicale saisonnière intempestive, pendant laquelle régnent sur une masse d’individus des maladies ordinaires qui revêtent toutes un caractère général plus ou moins tranché, tandis que le nom A’ Epidémie proprement dit est réservé à une époque pendant laquelle règne une maladie accidentelle, tenant à des causes générales indépendantes des localités, sévissant sur un grand nombre d’individus à la fois , qu’elle afTccle de la même manière , fidèlement représentée par chaque malade en particulier dans sa marche générale, se montrant sous une forme presque toujours identique, ordinairement grave , souvent nouvelle, ou, si c’est une maladie ordinaire, présentant un caractère spécial dont le traitement est la meilleure pierre de touche. — La 4e constitution renferme de véritables épidémies, telles que nous les entendons aujourd’hui. J’arrive maintenant à l’analyse sommaire des quatre constitutions.
Livre I, § 1 . Première année. Elle fut australe et sèche. Au commencement du printemps il régna pendant quelques jours une constitution opposée et boréale. Durant cette constitution intercurrente, il y eut quelques causas bénins, des parotides suivies d’orchites ’.
1 Cette dernière origine ne parait pas déraisonnable à FoSs. (Cf. De btorb. vulg. præf.) Palladius (Schol., in Epi d. VI, p. 3), la rejette absolument.
1 M. Littré ( t . II , p. 53 1 ) a retrouve dans le journal de médecine ( t. 63 ,
§. 2. Pendant l’été et jusqu’à la fin de l’hiver de l’année suivante, il y eut beaucoup de phthisics mortelles et qui paraissent avoir emprunté leur gravité à leur complication avec une des espèces de la grande fièvre pseudo-continue des pays chauds, je veux dire avec la fièvre hémilrüée.
§. 3. Parallèlement aux phthisics, pendant l’été et l’automne la même fièvre pseudo-continue régna généralement sous la forme triléophye ; chez les uns, elle se compliqua d’affections chroniques, et chez les autres elle se déclara d’emblée, mais ne fut pas dangereuse.
§. j. La deuxième année fut humide et boréale. Celle année fut remarquable par la prédominance des humeurs qui se manifesta sous la forme d’ophthalmies coulantes , de dyssentcrics , de licute— ries, de diarrhées, de vomissements : ces maladies régnèrent depuis le printemps jusqu’à la fin de l’automne. Dans cette saison et durant l’hiver de l’année suivante, l’inilucnce de la constitution se soutenant, il y eut des fièvres de toute nature, cl surtout des quartes qui venaient d’emblée ou qui arrivaient comme dépôts d’autres maladies; les causus furent peu fréquents. Toutes ces fièvres étaient tenaces; elles se continuèrent jusqu’à la fin de l'année suivante. Il y avait beaucoup de malades. La grande fièvre pseudo-continue, qu’il faudrait regarder plutôt encore comme une maladie endémique, que comme une affection épidémique, revêtit la forme triléophye; elle était accompagnée de dérangement du côté du ventre. Hippocrate fait observer que dans cette fièvre les phénomènes critiques manquaient ou étaient très variés, que le dégoût fut très prononcé ; et qu’après de grandes souffrances et un long intervalle de temps, il survenait des dépôts, mais incomplets, insuffisants et de mauvaise nature; il ajoute que le mouvement le plus avantageux se faisait par les voies urinaires et se manifestait sous la forme de la stranguric. L’apparition de la slrangurie suspendait ouamendait tout mauvais symptôme; mais elle durait très longtemps et faisait beaucoup souffrir.
Le §. 5 contient quelques considérations générales sur lacoction et sur la médecine en général. Dans le §. 6 , on trouve l'énumération et l’interprétation de quelques signes dans le phrênilis et le causus. Ges deux §§. paraissent interpolés à Desmars { l . c., p. G7.)
§. 7. La troisième année fut boréale et sèche.
§. 8. Les seules maladies considérables pendant l’hiver furent des
p. 188, année 1785) la description d’une épidémie d’oreillons suivis d’orchites, observée, en i77d, par M. Bossignoly , à Pegomas près Grasse, et tout à fait analogue à celle dont parie Hippocrate.
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paraplégies ; chez quelques-uns elles devinrent mortelles. I.es cousus commencèrent avec le printemps et régnèrent pendant toute l’année. Jusqu’en automne ils furent peu dangereux; mais à cette époque ils prirent un caractère très grave; chez beaucoup de malades, il survint des épistaxis qui furent toujours une voie de salut quand elles étaient abondantes. Hippocrate remarque que l'humeur hémorragique était tellement prédominante, que, chez les personnes qui n’eurent pas d’hémorragie vers la crise , et chez qui elle se fit incomplètement et irrégulièrement , il survint des épistaxis le vingt-quatrième jour après. Il ajoute que chez les femmes les règles apparaissaient pendant le cours de ces fièvres, qu’elles venaient même chez les jeunes filles pour la première fois, et que ce fut un moyen de salut. Cette année fut fatale aux femmes en couche. Chez presque tous les malades les urines ne présentaient pas de signe de coction , et ils furent attaqués de dyssenteries, ce qui fut pour eux une sorte de compensation.
§. 9. Les causas continuèrent jusqu’à l’hiver de l’année suivante; mais parallèlement aux cousus, il se développa des phrènilis dès le commencement de l’automne. Hippocrate, revenant aux cousus , déclare que dès le début de cette maladie il sc manifestait des signes qui permettaient de pronostiquer les cas où la terminaison serait funeste, et il énumère ces signes; les malades mouraient le sixième jour, baignés dans la sueur. La marche du phrénitis n’était pas la même : la crise arrivait le onzième jour chez la plupart et le vingtième chez quelques-uns. En somme, il y eut un très grand nombre de malades; Hippocrate a soin de signaler les constitutions qui furent les plus exposées , et il note que les malades étaient surtout sauvés par quatre phénomènes : une épistaxis ; des urines abondantes avec un sédiment abondant et favorable ; des flux intestinaux ; ladyssenterie , et chez les femmes, les menstrues. Hippocrate s’arrête ensuite spécialement sur les caractères, la marche et l’influence des crises , sur les intermissions et les rechutes dans ces maladies. La description de cette constitution est suivie , comme celle de la seconde, de réflexions générales sur les signes pronostiques (§. 10), sur la division des fièvres, sur la marche et sur la nature des diverses espèces t§. 1 1) ; enfin sur les mouvements critiques dans les mêmes fièvres considérées en général (§. 12).
Livre III, 13 et 14. La quatrième année, australe et humide, fut remarquable par la diversité, l’étrangeté et la gravité des affections qui régnèrent pendant son cours, et c’est de là que quelquesuns l’ont appelée constitution pestilentielle. Hippocrate énumère d’abord les maladies dominantes : — érysipèles, maux de gorge,
ÉPIDÉMIES
phrènitis, camus ; aphthes dans la bouche, tumeurs aux parties génitales , ophthalmies, antrax, dérangements du ventre, hydropisies, phlhisies. Les symptômes dominants étaient le dégoût, qui fut général (.§. 20); des accidents variés du côté du ventre , tous très graves et le plus souvent mortels (§. 19); le coma avec alternatives d'insomnie (§. 22; : des urines abondantes et de mauvaise nature f§. 21’. Chez beaucoup de malades, il n’y avait point de crises, ou elles étaient difficiles (§. 24). Hippocrate décrit ensuite chaque maladie en particulier. Il s’arrête d’abord à l’érysipcle qui s’accompagna souvent de gangrènes, lesquelles étaient plutôt salutaires que dangereuses ' (§. là); il dit ensuite quelques mots des maladies de la bouche i §. 10) et décrit plus longuement les causus et les phréni- Us (§. 17). Au §. 18 il revient sur les ulcérations de la bouche, parle des tumeurs aux parties génitales et des affections des yeux ; il remarque qu’il y cul aussi beaucoup d’autres fièvres, accompagnées de grand trouble , de phénomènes acritiqucs et très longues ; quelques malades moururentd’hydropysics,d’aulresavaientdesœdèmes §.23). Les§§. 25 et 20 sont consacrés à la description de la phthisie, qui fut la maladie la plus mortelle de toute la constitution etqui s’accompagna de symptômes très graves et très variés ; elle sévit particulièrement sur les individus d’une faible complcxion et sur les femmes. Le printemps fut la saison la plus funeste ; l’été fut la plus bénigne, et en automne la mortalité recommença (§. 20). — Le §. 27 contient quelques réflexions sur la manière d’observer les constitution* médicales et sur le parti qu’on doit tirer de ces observations pour l’élude des jours critiques et pour le pronostic.
Les trois premières constitutions ont été observées à Thasos (île de la mer Égée, prés de la Thracc); pour la quatrième, le nom du lieu n’a pas été indiqué; mais Grimm ( traduction allemande d’Hippocrate, 1. I, p. 480 pense que celte troisième constitution a ôté également observée à Thasos.
Hippocrate comprend dans chaque consl itution au moins quatre saisons, c’est-à-dire une année tout entière; et conformément à l’usage des anciens , il commence l'année à l’automne ; mais il ne fait dater son année médicale que du moment où les intempéries sont le plus prononcées, comme Galien (Com. I, in Epid. I, in
1 M. Littré remarque (t. II, p. 535 ) que cette maladie a beaucoup de ressemblance avec celle connue sous le nom de Feu Saint- Antoine , de mal des Ardents, qui ravagea tant de pays au moyen ége; biais il observe en même temps que la gangrène était salutaire dans la constitution d’ilippocrate, et qu’elle était excessivement funesteau moyen âge. Cette différence est essentielle.
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proœm.) et, après lui , Desmars ( loc . cil., p. 8) l’ont très bien fait remarquer. Ainsi, la première constitution, considérée au point de vue météorologique, s’étend de l’équinoxe d'aulomne à la fin de l’été; mais il n’en est plus de même pour la constitution nosologique: il ne la fait dater que du moment où les intempéries ont eu le temps d’exercer leur action sur le corps, et il ne la termine qu’à l’époque où cessent les maladies engendrées ou modifiées par ces intempéries. Ainsi , dans la première constitution , il ne parle point des maladies du premier automne, tandis qu’il décrit celles de l’automne et même celles de l’hiver de l’année suivante '. De même, toutes les fois qu’uue maladie régnante ne peut être suffisamment expliquée par les saisons précédeules, Hippocrate remonte plus haut et examine même, s'il est nécessaire, les constitutions des années supérieures; par exemple, dans la constitution du troisième livre, avant de décrire les quatre saisons de l’année, il déclare que les saisons antérieures avaient été sèches. De son côté, Galien, commentant les maladies de la troisième constitution et ne trouvant pas de causes suffisantes dans les saisons décrites, suppose des intempéries antérieures, à l’aide desquelles il explique les faits rapportés par Hippocrate. Celte manière de procéder est très conforme à la doctrine consignée dans la 3e section des Aphorismes et dans le traité des Airs , des Eaux el des Lieux, comme je l’ai fait voir page 185 de mon édition. — Une observation qui n’est pas moins importante, c’est qu’après avoir résumé les traits les plus généraux des intempéries d’une année, Hippocrate signale les saisons qui s’écartent de ce type anormal pour revêtir un autre caractère, et il note les influences particulières que ces écarts exercent. Dans l’appréciation de l’influence pathogénique des intempéries, outre qu’il lient compte de chaque saison en particulier, Hippocrate considère encore les divers âges, les sexes, le naturel, la constitution et les circonstances accidentelles dans lesquelles se trouvent les individus soumis aux intempéries.
Quand on ne considérerait dans les constitutions que les éléments reconnus par Hippocrate , c’est-à-dire le froid et le chaud , le sec et l’humide , et de plus l’influence des vents réduits à deux , ceux du midi et ceux du nord, elles pourraient être multipliées à l’infini. Galien, par exemple, admet, dans son commentaire sur la troi-
1 Ces empiétements, sur lesquels Hippocrate ne revient pas expressément et dont on ne trouve point de trace dans la description de la constitution suivante prouvent, pour le dire en passant et contre l’opinion de Griinm (/. c., p. 44»), que ces constitutions n’ont pas été observées à la suite l'une de l’autre.
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sième section des Aphorismes, quatre constitutions simples, quatre composées et une neuvième qui donne la température parfaite. Hippocrate s'est resserré dans de plus justes limites : il semble avoir réduit à quatre toutes les conslilulinns annuelles. I.a première sert d’exemple pour les constitutions chaudes et sèches; la seconde est le type des constitutions froides et humides; la troisième est remarquable par le froid et la sécheresse. Dans la quatrième dominent la chaleur et l’humidité. Toutefois, il ne parait pas qu’Hippocrale , dans le livre des Epidémies , se soit proposé de mettre sous les yeux quatre modèles exacts des constitutions qu’on peut regarder comme types; et il est à présumer avec Desmars (p. 78), qu'il a choisi, parmi toutes les constitutions observées par lui, celles qui se rapprochaient le plus de ccs modèles; aussi, comme je l’ai fait observer plus haut , il n’a pas oublié d’indiquer les traits disparates.
Dans la description des constitutions , Hippocrate se contente d’être un narrateur, un historien exact et précis; il raconte, mais n’explique pas ; il signale la cause, mais ne recherche point la manière dout elle agit et ne va pas, comme ailleurs, dans le traité des Airs, des Eaux el des Lieux, par exemple (je ne parle ici que des ouvrages légitimes), invoquer des théories humorales pour combler la lacune qui existe entre les causes et leurs elTels. Dans les Epidémies , l’étiologie est à l’état d'observation pure et simple, et c’est précisément ce caractère qui fait le grand mérite de ce livre et qui le met à l’abri de toutes les attaques. Galien , dans ses commentaires , ne s’est pas contenté de cette sage réserve , et il s’est jeté dans toutes sortes d’explications humorales qui le font tomber dans la double faute qu’il reproche à Quiulus ' , c’est-à-dire qui le font s’écartersouvent de l’esprit d’Hippocrate et qui le font souvent aussi omettre les choses utiles pour s’attacher à des considérations purement spéculatives et qui ne servent à rien pour la pratique.
Dans les livres attribués avec le plus de fondement a Hippocrate, on retrouve incessamment l’opinion d’une relation entre les maladies régnantes elles constitutions atmosphériques. Dans quelquesuns de ses écrits , celle opinion est évidemment fondée sur la théorie aussi bien que sur l’observation directe , je l'ai fait voir pour le traité des Airs , des Eaux el des Lieux , mais, dans le traité qui nous occupe , la théorie semble avoir entièrement disparu devant les faits , tandis que pour les successeurs d’Hippocrate la doctrine des constitutions médicales était bien plutôt le fruit d'idées arbitraires sur les quatre humeurs et sur les qualités élémentaires, le froid , le
' Com. I , in Epid. I , in proœm., p. 6.
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chaud, le sec et l'humide, que le résultat de l'observation. Quintus, ' combattant la théorie, prétendait que cette relation devait être établie sur la seule expérience et non sur la recherche ra’fonnée de la cause , et c’est dans ce sens qu’il interprétait les Épidémies et les Aphorismes. Il allait peut-être trop loin pour les Aphorismes , mais pour les Épidémies il se rapprochait, ce me semble, plus du véritable esprit de ce livre que Galien.
Le reproche le plus grave que pouvait encourir Quintus dans son mode d’interprétation, et Galien n’a pas manqué de le lui adresser, c’est qu’il sépare les lipidémies de certains livres de la collection où domine la théorie des humeurs et des qualités élémentaires (le traité des Airs, des Eaux el des Lieux, celui de la Nalurc de l’Homme, et aussi la troisième section des Aphorismes) ; c’est qu’il enlève aux Epidémies leur caractère pronostique , c’est qu’il en fait un livre qui ne peut servir ni à prévenir les maladies populaires, nia les traiter; car, dit Galien , on ne peut arriver à toutes ces choses , si on ignore quelle diathèse les intempéries de l’atmosphère produisent dans le corps.
Galien avait encore très bien compris que les principes généraux et les faits de détail consignés dans les Epidémies avaient tout ensemble une valeur intrinsèque positive et un rapport constant avec les principes et les faits consignés dans le Pronostic. Je le laisse parler lui-même : « Avant d’entrer dans le commentaire de chaque « malade en particulier, il in’a semblé, dit-il , que la clarté et la « brièveté de mon exposition réclamaient quelques réflexions gé- • nérales. J'ai souvent démontré dans mes autres ouvrages, et en « particulier dans mon traité de la Méthode thérapeutique , qu’il « y avait deux modes d’investigation , l’un qui arrive par le raison- « nement à la connaissance de ce qu’il y a de général et de commun « dans chaque espèce, l’autre qui s’élève de la considération des
« parties à ce qu’il y a de général et de commun en elles C’est
« pourquoi, dans tous les ouvrages que j’ai faits , je ne me suis pas « contenté de la généralisation ; mais j’ai eu recours aux particula- « rités, notant, d’après les écrits d’Hippocrate, et surtout d’après les « Épidémies , les passages dans lesquels il rappelle les symptômes « observés chez les malades depuis le commencement jusqu’à la tin. « Ainsi , dans mon traité de la Dyspnée , j’ai rappelé tous ceux qui « dans les Épidémies avaient éléalteintsde dyspnée; ainsi, dans mon « traité des Jours critiques, j’ai parlé de ceux qui avaient eu des
1 Cf. la noie p. 23 1, elaussi Com.III.fn Aph. inproœm., t. XVlI^'part., p 562. —El Com. II , in Epid. I, t. 7, p. 99; Cf. encore Elieune, Scliol. in Apli., p. 344, u. 2 et p. 356, n. i,éd. de Dieu.
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« crises , et de même pour les autres. » Galien ajoute qu’il ne reviendra pas sur tous ces points dans ce commentaire; qu’il ne veut y expliquer que les passages obscurs, et il dit qu’il se contentera de rapporter des exemples particuliers des principes généraux formulas dans le Pronostic, renvoyant pour l’ensemble de la doctrine à ses autres ouvrages
Un peu plus haut, à propos des lièvres, Galien avait également signalé le rapport de doctrine qui existe entre le Pronostic et les Épidémies. Ailleurs encore J, il dit qu’il faut juger des cas rapportés dans les Épidémies par les principes généraux énoncés dans le Pronostic 3.
M. Houdart ( Eludes sur Hippocrate , p. 040 et suiv.) n’a pas, ce me semble, assez étudié les textes, ou n’a pas complètement saisi la doctrine d’Hippocrate et de Galien quand il accuse le premier de s’être exclusivement borné au pronostic, dans les Epidémies, qu’il reproche au second de n’avoir commenté les histoires des malades qu’au point de vue de la'prognose, et qu’il invoque pour preuve le commentaire sur la première histoire du premier livre. Ce médecin érudit n’a étudié la doctrine d’Hippocrate que pour le sacrifier à celle de Broussais; il intente un procès en règle au vieillard de Cos; mais il lui arrive quelquefois de ne pas être parfaitement au courant des pièces de la partie adverse, ou du moins d’en méconnaître la valeur, un peu égaré qu’il est par un esprit de système exagéré. Du reste , Hippocrate a eu de tout temps des détracteurs qui l’ont condamné sans l’entendre. Bien avant Galien et de son temps , ils étaient déjà nombreux ; l’illustre médecin de Pergame se plaît à
* Gai. Corn. III, in Epid. I, texte 17, p. 251.
3 Com. I, in Epid. III, texte 29, p. 574. Cf. aussi Com. III fFoés, in prœf. <lc Morb. vuly.) , où Galien dit qu’Hippocrate n’a pas écrit ces livres pour servir à ta thérapeutique, mais au pronostic.
3 Je dois faire remarquer ici que Galien en établissant les rapports qui unissent les épidémies au Pronostic , regarde le premier traité comme renfermant les éléments du second qu’il croit rédigé après les Êpidémies\[de Dieb ■ dccreloriis , 1 , 3 , l. IX , p. 781 )■ Au contraire M. Littré pense ( t. II , p, 588) qu’Ilippocrale avait été déterminé dans le choix de ses observations par le désir d’éclairer et de justifier par des exemples particuliers les leçons renfermées dans le Pronostic, et de rectifier ainsi par des particularités ce qu’il y a de vague, d’indécis . de dangereux même dans les généralités. Il est impossible de savoir lequel des deux critiques a raison sur le fait d’antériorité; il sutfit qu’ils soient d’accord sur le fond de la question. — M. Ermerins , dans sa thèse inaugurale (p. 95 et suiv.), déjà souvent citée dans ce volume, n’a pas manqué non plus de saisir les rapports des Épidémies avec le Pronostic , et il s’est attaché à mettre en regard et à apprécier les principes généraux et les faits de détails consignés dans ces deux ouvrages.
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les écraser sous le poids de son éloquence et de ses raisonnements , et à épuiser eoDtrc eux tous les traits de sa mordante ironie. Nul ne s’est montré plus dévoué et plus éclairé que lui dans son admiration pour le divin vieillard.
L’accusation la plus grave qu’on ait élevée au sujet des Épidémies , c’est qu’Hippoeratc n’y fait presque pas mention de remèdes et qu’il s’est contenté d’observer la marche de la nature et de calculer les mouvements critiques. Cette accusation n’est pas tout à fait conforme à la vérité. Hippocrate parle de lavements, de suppositoires, d’afflusions sur la tête , d’embrocations chaudes sur la poitrine, de saignées, enfin de médicaments qu'il ne désigne pas nominativement. Il est vrai que ces moyens sont peu nombreux , et surtout qu'ils sont mentionnés isolément et ne sont désignés que pour un petit nombre de malades. Galien avait bien senti celte difficulté, et il fait à ce propos des réflexions très sensées que je traduis ici; il ne les fait que pour la saignée, elles conviennent également pour les autres moyens de traitement, ainsi qu’il le dit formellement lui-rnéme en finissant: « Comme Pythion (l*r malade « du livre) n’est pas le seul malade qui paraisse avoir eu besoin « d’une saignée et que l’on ne voit pas qu’elle lui ait été prescrite, u il faut supposer deux causes à cette omission : ou que la saignée a « été réellement omise, ou qu’Hippocrate s’est abstenu de faire men- « lion de son emploi ; mais il n’est pas vraisemblable qu’il n’ait pas « eu recours à la saignée pour les malades qui en réclamaient « l’usage, puisqu’il parle de ce moyen dans sesautres ouvrages légi- « tintes, dans les Aphorismes , dans le traité du Régime dans les « maladies aiguës , dans celui des Articulations, et qu’il l’a mis « en pratique sur un des malades du troisième livre des Épidémies « (8® malade, 2* série). Si donc il a eu recours à la saignée au 8* « jour , il est bien évident qu’il ne l’a pas négligée les autres jours ; « d’un autre côté, il est incroyable qu’il n’en ait pas fait mention « pour chacun des malades qui en avait besoin , puisqu’il parle de « remèdes bien moins importants et même de suppositoires. Si donc « ces deux opinions présentent beaucoup d’étrangeté, il faut prendre « celle qui est la moins absurde : en conséquence , je pense qu’il a « employé la saignée chez beaucoup de malades, mais qu’il a omis « d’en faire mention pour le plus grand nombre, comme d’une « chose évidente ; et ce qui me fait pencher vers cette opinion , c’est « qu’il parle spécialement d’une saignée faite au 8e jour; il n'en « parle qu’à cause de la rareté du fait ' , et il laisse les autres de côté
1 Galien fait ici allusion à un principe qui domine toute la thérapeutique d’Hippocrate, savoir que dans les maladies aiguës il faut agir au début,
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• comme rentrant dans la règle commune. Car si dans ses écrits « légitimes il a recours à la saignée pour toutes les grandes mala- « dies et ne prend en considération pour son emploi que l’âge et « les forces du malade , et si dans celui-ci il ne parle que d’une « saignée faite au 8P jour , on ne saurait admettre qu’il s’est abstenu
• de ce moyen, mais on doit penser qu’il s’est abstenu de la men- « tionner comme une chose ordinaire »
Ces réflexions sont très sensées; elles ont une grande apparence de vérité et Galien me semble avoir pris le parti le plus sùr. Du reste , le traité du Ilégime dans les maladies aiguës , et les notes que j’y ai jointes prouveront que la thérapeutique d’Hippocrate n’était pas si timide , et la pharmacologie si restreinte que certains critiques affectent de le proclamer.
Pour remplir mon cadre habituel , il me reste à dire quelques mots de l’origine du premier cl du troisième livre des Épidémies, sur la légitimité desquels, pour le dire par avance , on ne saurait élever aucun doute fondé. Les témoignages sur cet ouvrage remontent jusqu’à Barchius (vers l'an 260 av. J.-C. , qui avait donné une édition très estimée du troisième livre des Épidémies , et qui avait fait un commentaire sur le sixième livre il explique dans le premier livre de son traité des Dictions ( voir page 32 de mon éd. ) un des mots obscurs du premier livre et un autre du troisième 3. — Zeuxis avait commenté au moins le troisième et le sixième livre. Galien nous apprend que scs commentaires peu estimés étaient devenus rares de son temps. Toutefois il remarque que Zeuxis avait justement repris ceux qui interprétaient mal les histoires des malades , et qu’il s’était appliqué à relever les erreurs commises par
mais ne rien faire dans la période d’état; on retrouve ce principe surtout dans les Aphorismes il, 29, 30) et le traité du Régime dans les maladies aiguës. M. Littré (t. II I,p. 22) confirme la doctrine d'Hippocrate par celle du docteur Twining qui a reconnu que dans les fièvres rémittentes et pseudocontinues des pays chauds (celles auxquelles Hippocrate avait affaire) , les saignées sont d'autant plus avantageuses qu'elles sont fait£ plus prés du début de la maladie , et qu'elles nuisent ordinairement aprè^e 8' jour.
1 Com. I, in Epid. III, texte 3, p. 184. Ailleurs (de Vence sectione advenus Erasistratum , cap. 5, t. X, p. 163), il s’élève avec indignation contre Asclépiade, cet homme si vaniteux qui bouleversait tous les dogmes établis avant lui , qui n'épargnait aucun de ses devanciers, pas même Hippocrate, et qui ne rougissait pas d'appeler la médecine des anciens une méditation sur la mort. — Asclépiade comprenait vraisemblablement les Épidémies dans son accusation.
’ Cf. Gai. Com. I , in Epid. VI , in procem , T94 ; et Com- If, in Epid. III , texte 5, p. 619.
3 Cf. F.rotien , Gloss., éd. de Fronx , p. 322 et 382.
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ceux qui avaient expliqué les caractères placés à la fin de quelques-unes de ces histoires — Héraclide d’Erylhrée et Héraclide de Tarente s’élaient également occupés du 3e et du G' livre ’. Zénon, l’hérophiléen , homme supérieur suivant Galien , et d'après Diogène de Laërte (VII, 35, p. 386, éd.de Ménage), habile penseur, mais écrivain faible, avait composé un commentaire sur le troisième livre oudu moins sur les caractères qui sc trouvent à la suite des histoires de malades 3. — D’après deux citations d’Éroticn [Gloss., p. 144 et 358), M. Littré ( t. I , p. 140) pense que Philonidès de Sicile avait travaillé sur le premier et le sixième livre des Epidémies ; rien ne le prouve directement; les mots expliqués se trouvent dans plusieurs autres traités. — Sabinus et Métrodorc son disciple avaient certainement commenté le troisième livre des Épidémies 4. Galien dit qu’ils se sont montrés plus soigneux que les autres commentateurs d’Hippocrate. Toutefois il blâme Sabinus en plusieurs endroits, soit pour ces explications fausses ou obscures, soit pour scs oublis, soit pour ses subtilités 5. — Quintus qui s’était occupé du premier livre et aussi du troisième est assez maltraité par Galien 6, comme on l’a déjà vu plus haut ( page 231 ). — Lycus le Macédonien, disciple de Quintus, est encore moins épargné que son maître; il avait écrit des commentaires sur le 3e livre’. — Galien 8 cite encore Satyrus et Phicioenus qui paraissent s’ètre occupés du premier et du troisième livre des Épidémies.
Érotien (Gloss., p. 22) range les sept livres des Épidémies, avec les Aphorismes, sous ce titre : Livres de Mélanges (iniy.ir.rz).
Galien a bien nettement séparé le premier et le troisième livre des autres livres des Épidémies ; il dit 9 : « Il y a sept livres des « Épidémies, mais le septième est regardé par tout le monde
* Com. II, in Epid. III, texte 4, p. 605.— Com. I, in Epid. VI, in proœm., p. 793 et texte 65, p. 992. — Com. III , in Epid. III, texte 76, p. 766.
* Cf. Gai., Com. II , in Epid. II , textes 4 et 5, p. 608 et 6t9, et Com. I , in Epid. VI. ( Foës , prœf. in Morb. pop. )
3 Cf. cfe Com. Il, in Epid. III , textes 4 et 5 , p. 600 et 617.
‘ Com. I, in Epid. III , texte 4 , p. 507.
5 Com. I , in Epid. III, texte 4, p. 515 et 52i , texte 8, p. 547; texte 14 , p. 562. — Com. II , in Epid. III , texte 4 , p. 593 — Com. III , in Epid. III, texte 72, p. 745, texte 73 , p. 748, texte 76 , p. 765.
4 Com. I, in Epid. I, in proœm., p. 6. — Com. I, in Epid. III, texte 4, p. 502. Cf. aussi de Ord. lib.prop.,1. IX, p. 57 et 58.
7 Cf. Gai., Coin. I, in Epid. III, texte 4, p. 502 et suiv. ; et texte 29, p. 575.— Com. III , in Epid. III, texl. 70 , 726. Cf. aussi de Ord. lib. prop., t. IX, p 57 et 58. Com. I, in Hipp. de Hum., texte 24 , p. 197 et 198 , l. XVI.
* Com. I, in Epid. III , texte 29, p. 575.
’ Dellespir. dif]icult., II, 8. t. VII, p. 851. Cf. aussi Com III, in Epid. VI.
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« comme apocryphe, plus récent que les autres et interpolé; le cin- « quième n’est pas du grand Hippocrate, fils d’Héraclidc, mais « d'un autre Hippocrate moins ancien et fils de Dracon ; le deu- « xième , le quatrième et le sixième sont attribués par les uns au « fils d’Hippocrate , par d’autres à Hippocrate lui-même ; toutefois « on ne les regarde pas comme ayant reçu une rédaction défini- « live pour être publiés en Grèce , mais eomme de simples notes
• commémoratives. Quelques-uns , et ils me semblent posséder à « fond la substance des Épidémies, pensent que ces cinq livres ont « été rédigés par Thessalus et que les deux autres l’ont été par le
• grand Hippocrate, et que c’est pour cela qu’ils ont été inscrits sous « le titre de Livres de la pelilc table Évidemment Thessalus « avait réuni tout ce qu’il retrouva des écrits de son père, pour « qu’ils ne périssent pas ; mais des sept livres des lipidémies il n’v a « que le premier et le troisième qui soient généralement reconnus « comme étant du grand Hippocrate lui-même. » Ailleurs = il déclare que le premier et le troisième livre seulement ont été rédigés par Hippocrate pour être publiés ! npàt ir.So7i-j).
Galien avait également reconnu l’affinité que ces deux livres ont entre eux: il les réunit toujours dans ses explications, et il dit 3 : « De même que le premier et le troisième livre sont non seulement « attribués à Hippocrate par ceux qui en jugent sainement , mais « sont regardés comme ayant entre eux une grande connexion , de « même je pense qu’on peut rapprocher le second , le quatrième et « le sixième qui sont regardés comme ayant été rédigés par Thessa- « lus d’après des notes retrouvées sur les peaux (oifOipous) ou « sur les tablettes de son père, auxquels il a ajouté plusieurs obser- & valions de son propre fonds 4 , tandis que le cinquième cl le « septième ne me paraissent pas du tout dignes de l’esprit d’Hip- « pocratc. Je serais même porté à avoir le même sentiment sur le « quatrième , si quelques-uns ne le regardaient comme rédigé par « Thessalus. »
1 C’était ainsi que les bibliothécaires d’Alexandrie intitulaient les livres mis en réserve par eux comme étant authentiques et précieux.
1 Com. I , in Epid. II , texte i, p. 3 1 3 . * — Il dit quelques lignes plus haut que le premier et le troisième livre sont dignes de la doctrine et delà gloire d’itippocrate, et qu'ils renferment beaucoup de choses très utiles , vraies', et servant à la recherche aussi bien qu’à la connaissance de la médecine. — Cf. aussi Com- lit, in Epid. III, texte 1, p. 648; Com. I , in Epid. XI, in proœm., p- 796 ; Com. III , in lib. de Arlicitl. (Foès, in Slorb. pop. prœf.) ; et de Comale, p. 655, t. VII.
‘ De II espir. dif]icul., III , i , t. VII , p. 890.
* D'autres après lui ont imité son exemple, dit Galien , Com. I , in Epid. VI, in proœm., p. 796.
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Après ces témoignages si nombreux et si décisifs, il est inutile de rassembler ceux des modernes qui , du reste , ne s’écartent pas des anciens sur les éloges à donner au premier et au troisième livre des Épidémies ; Gruncr a très bien résumé l’opinion de ses devanciers en disant ( Censura , p. 02} que cet ouvrage qui décèle un scrutateur habile et sagace de la nature , et qui est écrit à la manière des grands maitres , a joui, et jouira toujours d’une très grande autorité.
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