REMÈDES POUR APAISER LA FUREUR UTÉRINE
THERSiCLÈs recommande du vin dans lequel on ait étouffé un surmulet ou veau marin auquel Pline ajoute du chrysocoUa, que les Arabes nomment bourrache, ou bien de Turine
dans laquelle on ait étouffé la lézarde. On fait pareillement grand cas de l'ordure de l'oreille gauche, de la fiente de pigeon délayée en l'huile et de l'urine de bouc mêlée au nard indien ou celtique.
Jean de Vigo^ chirurgien du pape Jules 11^ fait prendre la fiente de la personne aimée et la brûle^ assurant que tel parfum a vertu singulière pour rompre les liens des amours illicites, si Tamant flaire cette puanteur. Quelquesuns coupent le poil à la fille obstinée en ses folles amours, à limitation des maréchaux qui coupent le crin aux juments en rut* Ceux-ci louent Témeraude, le rubis ou saphir, ceux-là les diamants, la topaze ou améthiste* Picatrice en tient pour le sang de Taimée, ce qui fut pratiqué par Marc-Aurèle pour amortir Tamour désordonné que sa femme portait à certain gladiateur* L'empereur fit tuer secrètement Tescrimeur et en fit boire le sang la même nuit qu'il coucha avec elle* Mais de cette couche fut engendré Antonin Commode qui devint un des plus cruels et sanguinaires empereurs de Rome*
Plusieurs ont recours aux fustigations et verges pour amortir ce feu intérieur en meurtrissant la chair jusqu'à pourriture, comme dit Gordon* Mais la courtisane qui échauffait son ami par les coups, au rapport de Sénèque, soutiendrait le contraire si elle vivait, non pas sans raison, attendu qu'il est reconnu que par fustigations sur dos, lombes et fesses, le sang s'échauffe, les flatuosités s'émeuvent qui, remplissant le nerf fistuleux, peuvent causer la maladie que les médecins appellent satyriase*
Et de vrai la garce de Cornélius Gallus aimait d'autant plus éperdument qu'elle était rigoureusement battue par son père*
Pour ma part je conseillerais plutôt les remèdes suivants :
On pourrait tremper les parties honteuses dans Toxycrat, suc de morelle^ plantain, nombril de Vénus, joubarbe, ou liqueur semblable : notamment si c'est une personne qui ne se soucie de se marier*
Il n'y a pas grand danger à se baigner dans l'eau froide vu que les filles de Lyon guérirent jadis de ce mal en se jetant dans le Rhône*
On peut aussi oindre ses reins, entre-fesson et penil de l'onguent réfrigérant de Galien, du rosat de Mesné ou du camphorat, auxquels on pourra ajouter certains jus d'herbes froides*
Aëce ne se contente pas d'oindre les reins, penil et entre-fesson mais encore il est d'avis de faire des embrocations sur la tête avec de l'oxyrrhodinon au moment où l'on craint que l'amant passionné entre en rêverie, fureur utérine, manie ou mélancolie érotique* Lorsqu'on craindra les onguents on ceindra le malade d'une lame de plomb à laquelle nos médecins modernes font grande confiance*
Le bon Arnaud de Villeneuve conseille en outre aux religieux de Citeaux et tous
autres qui veulent vivre chastement d'aller pied nu.
Il y a quelques remèdes particuliers pour les femmes lorsqu'on craint qu'elles deviennent folles d'amour comme il arrive trop souvent* Tels remèdes sont clystères communs faits d'herbes fort froides avec certaine quantité de camphre^ de castor ou de rue*
Cléopâtre^ sœur d'Arsinoès^ recommande de mettre dans ledit lieu où se produit la fureur utérine « radiculam panno involutam » et « ce qui est merveilleux^ dit-elle^ c'est qu'on trouvera dans ce drapeau^ quand on le retirera de la porcherie de Vénus, des petits vermisseaux ». Je demande pardon au lecteur de ne pas garder toute la modestie que je souhaiterais dans mes propos mais je veux aussi garder les préceptes de la médecine qui ne s'accordent pas toujours avec l'honnêteté des paroles*
Arnaud de Villeneuve dit encore que si on met le génitoire d'un loup sous celui d'un homme amoureux et paillard, il perdra dans peu de temps ce vilain désir, mais ce n'est pas la seule sornette que ce docte médecin rapporte en son livre des venins*
J'en reviens, pour ma part, au bienfait de l'eau froide, surtout lorsqu'elle est minérale, telles que sont en Italie les eaux de la Vierge* Et je suis volontiers l'avis de divers auteurs qui recommandent que, pendant que le malade
se baigne, on se gausse et folâtre dans la chambre, on y chante la musique et qu'on y fasse le récit de plaisantes fables et histoires*