‹ Hippocrate & Vénus [electronic resource]Chapitre 7 sur 35 · D'UNE FILLE · texte numérisé non relu

D'UNE FILLE

LA question est de grande importance, de quoi dépend Thonneur ou le déshonneur des filles, la dissolution du mariage contracté avec un impuissant et la condamnation ou absolution de celui que Ton accuse d'avoir forcé et violé, ou volontairement défloré une fille» Par quoi les magistrats y doivent bien aviser et plus encore les médecins et chirurgiens à cet effet députés comme experts»

Les matrones ou levandières s'attribuent cette prérogative de savoir mieux juger du pucelage que nous ou que les chirurgiens.

mais elles s'y peuvent grandement abuser faute d'être bien versées en Tanatomie des parties honteuses et de tout ce qui se rencontre en les abîmes desdites parties*

Un des signes qu'on veut être des plus probants est plus absurde que tout : c'est que le tétin change de couleur à l'instant qu'une fille est déflorée* Car son entour devient noirâtre^ ou tanné* O combien y a-t-il de vieilles filles^ vraiment pucelles^ qui l'ont ainsi coloré? Cela est commun à toutes les femelles que^ par le changement de l'âge^ cet entour change de couleur* Et comment serait-il possible que cette mutation advienne à l'instant même où est faite une ouverture au cabinet de la virginité? Qui en serait la cause immédiate? J'accorde bien qu'il y a un très grand consentement des mamelles à la matrice^ mais ce consentement, si grand soit-il, ne peut causer un tel changement, ni si soudain* La défloration se connaîtrait plutôt au visage et aux yeux si la fille n'est pas trop assurée ni effrontée* Car, étant dépucelée, quoique ce soit par mariage et honnêtement, elle en est un peu matée et honteuse, l'œil triste, terni et vergogneuse, son visage rougissant facilement quand elle voit ses plus familiers* Voilà des changements qui peuvent advenir aux filles si elles sont honnêtes et modestes* Mais des tétins c'est pure plaisanterie*

Aussi vain est un autre signe que Ton veut être commun aux garçons et aux filles qui ont perdu leur pucelage : mesurer avec un fil la grosseur du col, puis du menton au sommet de la tête. Si les mesures sont égales, la personne est vierge. Si le col est plus gros, elle est corrompue. Car, disent-ils, le col grossit à l'instant que Ton se corrompt ou en soi ou avec un autre. Mais cela ne peut avoir lieu à la défloration d'une fille, puisque cela peut advenir de soi-même et de même pour un garçon, puisqu'on ne l'estime pas moins vierge pour les pollutions nocturnes qu'il peut avoir.

On dit aussi que le bout du ne2; s'entr'ouyre che2; les garçons et les filles à l'instant qu'ils perdent leur pucelage et que, depuis, on y trouve manifeste séparation des cartilages, mais c'est une erreur car la division y est toujours, elle est seulement plus manifeste quand le corps est plus desséché. La cause en est à la puberté dont témoigne la provenance des poils aux parties honteuses. Par quoi ceux qui s'adonnent plus tôt aux femmes ont plus tôt de la barbe, d'autant que leur corps se dessèche davantage. Ainsi dit Martial à ce propos :

De là vient le bouquin et les poils fort hâtifs, La mère s'ébahit de voir barbe à son fils.

On avance encore d'autres preuves du pucelage de la fille. Donnez-lui, dit-on, un peu

de bois d'aloès pulvérisé à boire ou à manger : si elle est vierge^ pissera incontinente De même^ mettez sur la braise des feuilles de « lapas » brisées et que la fille en sente la fumée : si elle ne se compisse^ elle n^est pas vierge^ comme aussi si elle devient pâle de la fumée desdites feuilles. Tout cela est mal fondé et tel qu'on ne doit aucunement s'y arrêten II faut s'approcher de plus près et descendre aux abîmes de l'enfer de la très dévote Alibée de Boccace^ auquel le bon et saint ermite Rustic mettait son diable. C'est là que l'on trouvera le secret du pucelage, si aucun n'y a, et où l'on saura de ses nouvelles.

Ainsi voyons la déposition des Parisiennes qui font leur rapport d'une qui était déflorée :

« Nous, Marion Teste, Jane de Meaux, Jane de la Guigans et Magdeleine de la Lippue, matrones jurées de la ville de Paris, nous sommes transportées en la rue de Frepant où pend pour enseigne la pantoufle. Là, nous avons vu et visité Henriette Pélicière, jeune fille âgée de quinze ans, sur la plainte par elle faite en justice contre Simon le Bragard duquel elle dit avoir été forcée et déflorée. Et le tout vu et visité au doigt et à l'œil, nous trouvons qu'elle a les barres froissées, le haleron démi, la dame du milieu retirée, le ponnant débissé, les tontons dévoyés, l'enchenart retourné, la babolle abattue, l'entrepet riddé.

l'arrière-fosse ouverte, le guilboquet fendu, le lippion recroquevillé, le barbidant tout écorché, le lipandis pelé, le guilhenart élargi, les balunaux pendants. Et, le tout vu et visité feuillet par feuillet, avons trouvé qu'il y avait

trace de vit* Et ainsi nous-dites matrones certifions être vrai, à vous Monsieur le Prévost, sur la foi du serment prêté par nous en ladite ville* »

Or, venons à Texamen de ces signes* Il y en a de fort légers et d'autres qui sont faux* Légers sont ceux qui ne témoignent que de quelque compression sur la partie honteuse, car depuis que filles et femmes ont appris à chevaucher à Tltalienne, le jarret contre Tarçon, leur poil n'est si bien rangé, voir même un peu recroquevillé et la motte est plus en plateforme que celle des autres femelles qui chevauchent les cuisses bien serrées*

Un signe très faux est celui de Tos Bertrand rompu, car nous savons que même par Tenfantement (qui est un bien plus grand effort) il ne s'ouvre ni ne se froisse*

Laissons les autres signes et venons au principal qui, de tout temps, a été renommé pour vraie marque du pucelage* C'est la dame du milieu que les anciens ont appelé « hymen », ceinture ou zone, et cloître de virginité, à savoir une peau tendue au travers du passage qu'il faut rompre au dépucellement* Et pour cela, on appelle Hyménée le Dieu qui préside aux noces, lequel Dieu on invoquait pour être favorable aux pucelles à ce combat afin qu'elles n'en mourussent*

Plusieurs estiment que c'est une erreur des gens peu versés en anatomie qui croient qu'il y a au-devant du col de la matrice^ presque au milieu du passage dédié au membre viril (comme la gaine au couteau), une peau tissée de veines et artères que Ton rompt à la défloration^ Dont les pauvres fillettes ont grande douleur et rendent quelque sang vermeiL Les modernes médecins : Fernel, Sylvius, Vassé et autres tiennent cela pour fable, affirmant qu'il n'y a aucun obstacle, ou diaphragme, ou mur mitoyen (comme on le voudra appeler) en ce passage, non plus qu'en le gros boyau, trop connu des Sodomites abominables* Si cela était vrai, la douleur que sent une pucelle à sa défloration, ne serait que de l'extension et dilatation du conduit (lequel, jusqu'alors, était demeuré contraint et serré), qu'on élargit maintenant par force, comme quand on met le doigt au fondement d'un petit enfant pour le sonder à cause de la pierre*

Car la nature de la fille est ainsi dilatable, mais tant plus la fille est étroite, tant plus elle endure du mal à la nouvelle entrée du membre qui la contraint à s'élargir* Semblable douleur, mais un peu plus cuisante, est en l'enfantement pour lequel faut plus de dilatation* Et puis tout se remet et resserre gentiment quand l'enfant est sorti* Il est vrai

que la femme qui n'a jamais porté enfants, quoique son engin ait été visité et revisité^ reconnu et bien fréquenté^ demeure plus étroite que si elle avait fait des enfants. Mais il s'en peut trouver qui ne seront plus larges^ ayant souvent enfanté^ que d'autres nouvellement mariées. Cela procède tant de la corpulence et conformation que de la charnure de la femme^ jointe à la qualité du membre viril qui en aura joui.

Il y en a qui ont les jambes fort longues et le corps court, les autres, au contraire, ont tout petit et peu fendu. Pourquoi n'en serait-il pas de même, tant de la matrice que de son passage? Comme aussi nous voyons du membre viril qui lui répond en proportion. Tous hommes l'ont-ils de même taille ou calibre? Il est certain que non. Plusieurs ont une belle trompe de nez qui sont camus en la braguette et plusieurs, camus de ne2;, sont fort bien appointés du principal outil.

On dit que les femmes fort fendues de la bouche le sont aussi en bas et celles qui ont petit pied ont leur cas plus étroit. Peut-être cela serait-il vrai si tout était proportionné de même, ce qui n'est pas, comme je l'ai déjà dit pour les hommes.

Finalement l'outil de grand calibre fait plus grande ouverture et dilatation que le petit d'autant que cet étui ne s'élargit qu'à

la mesure de rinstrument qu'il reçoit* Les filles de même âge sont donc différentes en la capacité de leur enfer et^ quand le diable Rustic y a passée elles restent encore différentes selon le calibre de sa tête écornée* Comment donc pourra-t-on juger du pucelage en les sondant avec le doigt ou avec une chandelle ou par le moyen d'un miroir matrical^ à reconnaître si ce conduit est serré et étroit^ ou mol et large plus ou moins*

Car si la fille est de Tâge nubile et de la corpulence requise pour le mariage^ elle recevra sans difficulté^ encore qu'elle soit vierge^ une assez grosse sonde^ comme elle recevrait bien le manche de l'homme autant gros* Toutefois^ on ne dira pas^ pour le passage qu'y a fait la chandelle^ que la fille soit moins pucelle* Et quelle différence y aura-t-il cependant entre ce passage et celui du membre viril? N'est-ce point même figure^ même situation de parties* Voilà comment on fait tort à quelques filles en les sondant ainsi pour juger si elles sont entières ou corrompues*

Et si la fille y avait mis son doigt quelquefois bien avants je vous le demande, seraitelle, pour cela, moins pucelle ? Et toutefois on y trouvera le passage tout fait* Semblablement si quelquefois on a été contraint d'user des « pessaires » à cause de la rétention des fleurs trop tardives à une fille âgée ou pour

quelque autre indisposition virginale^ vous ne la trouvere2; pucelle* Donc à quoi pourrie2;vous connaître que le passage a été fait du membre viril plutôt que d'une chandelle^ du doigt de la fille ou d'un « pessaire »? Il n'y reste point de vestiges qui marquent ces différences* Toutes ces filles seront donc également dépucelées* Et il y en aura d'autres qu'on ne tiendra pour vierges^ quoique rien n'y ait passée mais parce qu'à la première preuve on trouvera le tuyau aisé à dilater à cause de son amplitude et mollesse naturelles* Et une autre malotrue qui sera fort serrée de nature^ mais qu'un goujat aura farfouillée de son engin et vraiment dépucelée^ sera tenue pour pucelle à la susdite preuve*

C'est un signe vulgaire qu'on donne communément^ pour connaître du pucelage^ au pisser d'une fille* La vierge, dit-on, pisse plus délié et clair qu'une autre parce que son engin est encore serré jusqu'au bord extérieur, ce qui la fait aussi pisser plus roide et plus loin, à peu près comme un homme dont le canal urinaire est fort étroit* Mais là encore les erreurs sont nombreuses du fait de la conformation naturelle de certaines filles qui les rend propres à pisser tout aussi lâchement que les femmes corrompues, qui ont usé du mâle longuement*

Revenons à la dame du milieu, laquelle

doit être rompue par le premier qui fera le passage. Derrière le conduit de la vessie par lequel Turine se verse au grand canal, il y a, de chaque côté, une peau charnue qui fait un demi-cercle et toutes deux se joignent pour fermer le conduit, leur conjonction étant faite de certaine viscosité comme est la chassie qui colle les paupières. Mais ce n'est pas une peau continue, comme certains le pensent, de sorte qu'à l'occasion des fleurs il s'y fait un petit passage par où distille le sang menstruel Et la douleur que sent la vierge au dépucellement vient de ce que ces membranes sont écartées, non pas peu à peu, mais d'un seul coup par la tête du membre viril qui est plus grosse que le demeurant. Car les maris qui pensent n'y être jamais à temps et encore plus les paillards, violateurs du sacré pucelage, y vont à l'étourdi et veulent entrer tout d'un coup. Si l'on tâchait de séparer peu à peu ces deux peaux avec, premièrement, un petit membre, puis un moyen, et enfin un plus gros, si l'on en avait trois (comme feignait le compagnon de qui l'épousée craignait fort le gros manche et puis le trouva trop menu), certainement la fille n'endurerait pas douleur.

Mais les choses d'ordinaire ne se passent point ainsi, par quoi les parents de la fille ont grand souci de pouvoir présenter la chemise où sont marqués en rouge les signes de la virgi-

nité. Encore aujourd'hui^ en Espagne^ les matrones montrent au public^ avec grande acclamation^ les draps du lit nuptial criant plusieurs fois d'une fenêtre qui donne sur la rue : « Viergen la tenemos » ! Mais il s'y fait beaucoup de tromperies car^ comme dit le proverbe^ on est plus trompé en femmes et en chevaux qu'en tout autre animaL

Il y a un autre cloître qui n'a pas moins d'importance que celui où peuvent mettre leur doigt les filles qui ont méchante inclination à paillardise pour être oisives et adonnées à folles compagnies ou lecture de livres d'amour et autres causes de lascivité* C'est l'antichambre ou col de la matrice, fendu de travers, au contraire de l'hymen et de la partie honteuse, et qui ressemble à une tête de lamproie. C'est le passage le plus difficile et qui s'ouvre le plus tard. D'ailleurs, le plus grand plaisir qu'on prend à l'acte vénérien est en cet endroit-là. Par quoi tout le demeurant peut être pour la folâtrie et non à bon escient. L'ouverture du cloître est aussi nécessaire pour la génération. Il faut encore donner là dedans si vous voulez entrer au fort et y planter l'enseigne. Or, pour reconnaître que cette arrière-fosse (comme disent les matrones) a été ouverte, il n'y a qu'un moyen qui est d'introduire, en dilatant et élargissant, un miroir matrical. Si on a bonne vue, on peut voir

le col de la matrice avec sa fente et juger assez facilement si elle a été ouverte ou non*

Voilà ce que me semble des signes du pucelage qui sont assez douteux pour les raisons que j'ai déduites. J'aurais plus confiance dans un moyen employé par les sages-femmes d'un pays dont j'ai oublié le nom. La matrone^ après avoir coupé le nombril^ vient à coudre la première vulve à l'entrée du grand canaL La fille pisse facilement par les autres points^ et par là aussi peut dégoutter le sang des menstrues^ mais elle ne peut faire la folie aux garçons. Puis^ quand on la marie^ le jour des noces^ on baille solennellement un petit couteau au mari pour la découdre lui-même et reconnaître ainsi que l'entrée a été jusqu'alors fermée. Car il n'est pas croyable que les filles soient tant impudiques et lascives que^ pour en prendre quelque plaisir à crédit^ elles se veuillent découdre pour endurer après d'être recousues avant les noces.

Toutefois^ n'y a-t-il pas remède à tout? On pourrait bien faire comme au bout des oreilles qu'on a percées pour y mettre quelque pendentif. Le trou y étant une fois cicatrisé^ on y passe et repasse ce qu'on veut sans douleur. Ainsi de plusieurs anneaux on boucle les juments. Tout de même pourrait faire la fille qui a été cousue dès sa naissance^ c'est de retenir les trous qui ont été faits pour se

coudre et se recoudre à volonté et faire la folle^ attendant un mari» Lors^ celui-ci pourra la délacer comme on fait d'une cotte et trouvera le même fil duquel elle fut premièrement cousue ou un semblable bien compissé et barbouillé»

De sorte qu'il y a moyen à tout pour ceux et celles qui ont volonté de mal faire et qu'il ne faut se fier (comme dit un proverbe) à la bête qui a deux trous sous la queue» Certainement^ il y en a un qui est fort difficile à garder^ voire impossible^ si la sagesse^ pudicité et honnêteté de la fille ne le garde elle-même»

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