Constitutionnel. — 5 (év
Fac-similé d'un dessin à la plume de H. Bcllangé fait à Rouen (de 18)5 à 1837), chez l'archéologue E. H. Langlois (du Pont de l'Arche).
A M. Alfred Baudry (de Rouen).
taires. En marge et au dos de nos devoirs, les compagnies de grenadiers s'alignaient, les escadrons volaient dans la poussière; et nous admirions cette facilité dont les témoignages surpris nous valaient bien çà et là quelques pensums. L'aimable enfant était populaire parmi nous pour sa propre valeur; mais il portait aussi un rayon de la popularité de son père. C'était le fils aîné d'Hippolyte Bellangé, mort très jeune, et ce deuil, ajoute M. Chesneau, devait chasser le peintre de Rouen, où il était cependant bien aimé.
Ah ! s'il fut des jours heureux pour le peintre dans ce pittoresque atelier élevé dans un jardin décoré de vieilles ruines gothiques, autour desquelles s'enroulaient les brindilles de lierre ! ah ! s'il fut des soirées heureuses où, délivré de tout souci, le peintre se métamorphosait en caricaturiste pour la plus grande joie de la société, il fut, hélas ! des moments douloureux; mais glissons rapidement sur ces tristes souvenirs. L'artiste plein de fierté n'hésita pas à s'imposer les plus lourdes privations et les plus pénibles sacrifices pour combler un abîme dans lequel avaient été entraînés ses plus proches. Le désastre réparé, il eut hâte de quitter cette vie de province, et çeux qui le regrettaient le plus sincèrement l'encourageaient certainement du fond du cœur à retourner à Paris, car c'était là seulement qu'il pouvait songer « à reconstruire », suivant ses propres expressions, « cette petite et modeste demeure, unique but de ses aspirations ».
Il atteignit enfin ce rêve, et nous verrons, en 1853, les nouvelles toiles de Bellangé sortir de cet
18 HIPPOLY TE BELLANGÉ ET SON ŒUVRE.
atelier que son fils a fait connaître au public dans un charmant tableau qui a figuré fort honorablement à plusieurs expositions.
Mais auparavant il nous reste à franchir une nouvelle étape et à signaler et à décrire les toiles exécutées à Rouen et sorties de cet atelier de la rue du Champ-des-Oiseaux où elles avaient été exposées avant leur départ pour le Salon, et dans lequel affluaient les nombreux amis de l'artiste.
La Veille de la bataille de la Moskowa (1846), gravée par Jazet, reproduit cette scène pittoresque que les illustrateurs des nombreuses histoires de Napoléon ont traitée maintes fois. On sait, en effet, que la veille de cette fameuse bataille, le préfet du palais, M. de Beausset, apportait à l'empereur une lettre de Marie- Louise et le portrait du roi de Rome peint par Gérard.
Le portrait fut exposé devant la tente impériale. On s'empressait, dit-on, autour du médaillon, les princes, les maréchaux et les généraux durent s'extasier comme de simples courtisans! Napoléon entr'ouvrait cependant les rideaux de sa tente : « Retirez ce portrait, dit-il, c'est montrer trop tôt à mon fils un champ de bataille. » Et l'historien ne le dit pas, mais les courtisans durent acclamer le bon mot comme ils avaient admiré le tableau.
Bellangé n'a pas interprété l'anecdote à ce point de vue. Plus humain, plus observateur, il a, dans un parti pris, demi-grave, demi-familier, fait un ravissant tableau, admirablement décrit par M. Ernest Ches-
Fragmcnt du tableau de H. Bellangé. — La Veille dt la bataille de la Moskowa. Napoléon recevant le portrait du Roi de Rome.
neau ',unfîn critique d'art, et de plus romancier attachant* :
L'empereur est debout, au bord de sa tente, entouré de