ACTE TROISIÈME 35 HIPPOLTYE
Qu'entends-je ? à mes désirs Phèdre n'est plus contraire! Ah, les plus tendres soins de votre auguste époux Dans mon cœur désormais vont revivre pour vous !
PHÈDRE
Quoi, Prince...
A votre fils je tiendrai lieu de père; J'affermirai son trône, et j'en donne ma foi.
PHÈDRE
Vous pourriez jusque-là vous attendrir pour moi ? C'en est trop, et le trône et le fils et la mère, Je range tout sous votre loi.
Non; dans l'art de régner je l'instruirai moi-même ; Je ne compte pour rien l'éclat de la grandeur.
Aricie est tout ce que j'aime; Et si je veux régner, ce n'est que dans son cœur.
PHÈDRE, à Hippolyte.
Que dites-vous
A part.
O ciel, quelle était mon erreur!
Malgré mon trône offert, vous aimez Aricie !
Quoi ! votre haine encor n'est donc pas adoucie.
PHÈDRE
Tremblez ! craignez pour elle un courroux éclatant! Je ne la haïs jamais tant.
Ma fureur va tout entreprendre Contre des jours trop odieux !
Je ne hais rien tant sous les cieux Que le sang que je veux répandre.
H1PP0LYTE ET ARIGIE
Gardez-vous de rien entreprendre Contre des jours si précieux !
Rien ne m'est si cher sous les cieux Que le sang que je veux défendre.
Mais pour l'objet de mon amour, Qui peut vous inspirer cette haine fatale ?
PHÈDRE
Elle a trop su te plaire, elle en perdra le jour. Puis-je avec trop d'ardeur immoler ma rivale!
Votre rivale ? je frémis !
Thésée est votre époux, et vous aimez son fils ! Ah ! je me sens glacé d'une horreur sans égale. Terribles ennemis des perfides humains, Dieux, si prompts autrefois à les réduire en poudre;
Qu'attendez-vous? lancez la foudre!
Qui la retient entre vos mains?
PHÈDRE
Ah! cesse par tes vœux d'allumer le tonnerre. Eclate, éveille-toi, sors d'un honteux repos;
Rends-toi digne fils d'un héros, Qui de monstres sans nombre a délivré la terre ; Il n'en est échappé qu'un seul à sa fureur;
Frappe ! ce monstre est dans mon cœur.
Grands Dieux !
PHÈDRE
Tu balances encore ?
Etouffe dans mon sang un amour que j'abhorre. Je ne puis obtenir ce funeste secours?
Gruel ! quelle rigueur extrême !