INTOXICATIONS PAR LES HÉMOLYSINES ET LES CYTOTOXINES
réaction fibreuse. Dès les premiers joues de l'infection, oz remarque une forte infiltration de cellules inflammatoires dans l’espace porte. C’est là que se condensent les lésions. Les vaisseaux biliaires paraissent le pivot de ces altérations. Autour de ces canaux, se groupent des polynucléaires, on y voit des figures de macrophagie. Les cellules hépatiques avoisinantes sont particu- Jlièrement altérées, leur cytoplasma montre une forte dégénérescence granuleuse et vacuolaire. Plus tard, un mois environ après le début de l'infection, les altérations cellulaires persistent, seulement la lésion portale s’est prononcée, les îlots scléreux se sont étendus, se rejoignent par leurs poinies, c’est le début d’une cir-
rhose biliaire.
En somme, nous appuyant sur quelques expériences, nous sommes en mesure d'affirmer que, dans toute infection microbienne, la lésion cellulaire hépatique est très
vrécoce, et siège autour de l’espace porte au début.C’est à ce niveau, autour des canaux biliaires (voie d’excrétion microbienne pour MM.Lemierre et Abrami) autour des. cellules hépatiques périportales aussi, que se développe le premier tissu fibreux de la cirrhose biliaire infectieuse (quand l'infection est suffisamment atténuée
pour permettre une survie).
Intoxications par les hémolysines et les cytotoxines
Les substances toxiques d’origine chimique,ou d’ori-
gine microbienne ne sont pas les seules à exercer une
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action nocive sur le parenchyme hépatique. D’autres toxines d’origine biologique possèdent des propriétés analogues. Elles peuvent aussi entrainer des foyers de dégénérescence cellulaire,elles peuvent de même, lorsque leur action se prolonge, provoquer au niveau du foie une réaction scléreuse (réaction toujours très réduite el très limitée). |
Parmi ces toxines de réaction humorale deux seules ont fixé notre attention : les hémolysines et les cyto-
toxines.
4° Action des hémolysines.
Il était important de connaître l’action des hémolysines sur le parenchyme hépatique. Aujourd’hui, l’existence des hémolysines se trouve signalée chez l’homme, c'est une question d’actualité. Longtemps considérées comme une simple réaction expérimentale du sérum d'un animal contre les globules rouges d’une autre espèce, les hémolysines ont été mises en évidence spontanément, sans injections de globules rouges préalable chez l’animal et chez l’homme.
Chez l’animal, M. Léon Tixier montre en effet que le sérum des animaux, auxquels on a déterminé expérimentalement une ulcération du pylore, possède parfois une forte propriété hémolysante pour les globules rouges de la même espèce. Cette substance jouerait de la sorte un rôle important dans la détermination de certaines
anémies.
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Chez l’homme, M. Philippe Pagniez avait antérieure ment signalé, au cours de différentes affections (tuberculose pulmonaire, æœdème aigu du poumon, paludisme, cirrhose mixte) la présence dans le sang d’une hémolysine capable de dissoudre les globules rouges normaux.
Au cours de l’ictère, MM. Rist et Ribadeau-Dumas monirent que le taurocholate de soude agit entièrement comme une hémolysine sur le sang et sur les organes hématopoïétiques.
Ce pouvoir iso-hémolytique est signalé encore par Ascoli dans diverses maladies infectieuses, par Santini et Romani dans des états généraux graves, par G. À. Petrone dans un cas d’anémie splénique et dans des cas de néphrite et de péritonite ; enfin par Landsteiner et Leiner chez plusieurs enfants. Gaudeau étudie chez l'enfant seulement l’action hémolytique au sérum d'enfant sur les globules rouges de lapin, sans s'arrêter aux effets iso-hémolytiques.
Tout récemment MM. Chaufjard et Jean Troisier rapportaient une observation d’anémie grave au cours de laquelle le sérum contenait d’une façon incontestable une substance hémolysante, que l’on pouvait inactiver par le chauffage à 56°, comme les hémolysines sanguines
Ainsi, l’existence chez l’homme de propriétés hémolysantes du sérum, n’est pas discutable dans certains cas. On comprend maintenant l'importance de l’étude de l’action hépatique des hémolysines, ce n’est pas une étude essentiellement expérimentale, l'application à la pathologie peut en être la conclusion.
Les hémolysines possèdent une action particulière-
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ment nocive pour le foie. Cette action est précoce et s’accentue jusqu’à la production de sclérose sur les quelques animaux dont on peut obtenir une survie. La forte toxicité des hémolysines rend, en effet, extrèmement délicat leur maniement. Souvent, les animaux meurent quelques heures après l’injection ; rares sont ceux dont on peut prolonger la vie jusqu’à plusieurs jours. |
Richard M. Pearce, un des premiers, étudie l’action des hémolysines sur le foie. Il injecte à des chiens des hémolysines provenant de lapins préparés par les globules rouges de chien. Dans les premières heures qui suivent l'injection intra-veineuse de ces hémolysines, une forte congestion se manifeste autour de l’espace porte. Bientôt les cellules avoisinantes s’altèrent. Chez un animal qu’il a pu prolonger jusqu’à trente-six jours, il a observé des lésions de cirrhose évidentes.
Nous avons répété de différentes façons les expériences de Richard M. Pearce. Le lapin et le chien nous ont paru les animaux sur lesquels l’expérimentation offrait le plus de chance de succès.
Extrèmement précoces, les lésions cellulaires se retrouvent déjà quarante-cinq minutes après une injection de sérum hémolytique (à la dose de 1 centimètre cube par kilogramme de chien).
Elles prédominent autour de l’espace porte. Le cytoplasma entre en dégénérescence granuleuse, acidophile, se creusant par endroits de vacuoles claires, le noyau se rétracte et devient pycnotique et irrégulier, En même temps, le lobule est fortement congestionné. Les capillaires intercellulaires sont bourrés de
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globules rouges. Cette congestion va en diminuant à mesure que l’on s’approche du centre du lobule, où les cellules hépatiques d’ailleurs ont conservé un aspect normal. L’intégrité cellulaire du centrolobule, la prédominance des altérations autour de l’espace porte permettent, dans une certaine mesure, de suivre du centre à la périphérie l’évolution des lésions. La première altération paraît être la condensation cytoplasmique et l'aspect granuleux ; le noyau ne se modifie que plus tard,
Ces dégénérescences cellulaires périportales n’apparaissent pas seulement avec de fortes injections de sérum, mais encore avec des doses légères permettant une survie des animaux.
Ainsi, l’injection péritonéale de 5 centimètres cubes de sérum hémolytique à un chien de 10 kilogrammes permet une survie de quatre heures. L’examen histologique fait encore voir la persistance de la congestion périportale, mais, on remarque une dégénérescence sranuleuse très acidophile de cellules hépatiques avoisinant l’espace porte, les noyaux de ces cellules sont profondément altérés. ÿ
Sur un autre animal l'expérience est prolongée jusqu’à huit jours. Les lésions hépatiques sont encore prononcées et diffuses. La congestion est en voie de disparition, mais les altérations cellulaires, par contre, se sont accusées. Chaque cellule atrophiée est fortement touchée par la dégénérescence granuleuse acidophile avec vacuole graisseuse et dégénérescence nucléaire prononcée.
Ces lésions diffuses ne sont pas constantes quand on emploie des doses encore moins fortes de toxine.On
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détermine alors des lésions de nécrose localisée du parenchyme hépatique. Ces nécroses se cicatrisent et sont ainsi l’origine de noyaux fibreux.
Nous avons eu l’occasion sur un même chien d’examiner le foie vingt jours et quarante-cinq jours après l'injection de sérum hémolytique. Nous donnerons plus loin cette observation expérimentale particulièrement intéressante et nous nous contenterons d’en signaler ici seulement les points importants.
Vingt jours après l'injection intrapéritonéale de doses faibles d’hémolysine, les lésions des 1lots dégénérés consistent en une congestion localisée ; mais ici les globules sont déformés, certains sont inclus dans des macrophages ; de nombreux polynucléaires, des cellules conjonctives jeunes à noyau arrondi se retrouvent dans un réticulum à mailles très fines de substance collagène. Parmi ces éléments, on voit quelques cellules hépati- * ques en dégénérescence granulo-graisseuse dont les noyaux se colorent mal. Ces îlots dégénératifs se retrouvent au voisinage de l’espace porte ou dans la partie moyenne du lobule.
Le quarantième jout, la cirrhose est en formation. Des cellules conjonctives à noyaux allongés sont apparues dans cet îlot, les fibrilles de substance collagène se sont particulièrement condensées à la périphérie de la zone malade. A l’intérieur, le réseau conjonctif est plus lâche, on y découvre quelques polynucléaires pycnotiques et dégénérés, quelques figures de macrophagie. Les cellules avoisinantes ont pris un aspect normal. La délimitation est nette entre le foyer en cicatrisation et le parenchyme avoisinant. Cette cirrhose cicatricielle produite par les injections d'hémolysines sera plus
ACTION DU SÉRUM D’ANGUILLE 117 longuement étudiée à l’occasion du procèssus cicatriciel de cirrhose.
Cause des lésions. — Quoi qu’il en soit, les hémolysines impriment d’une façon très précoce leur empreinte destructive sur le parenchyme hépatique. Nous avons vu, combien l’évolution des lésions est celle d’une aliération nécrotique. Restait à expliquer cette action des hémolysines.
Richard M. Pearce, dans plusieurs travaux, cherche à démontrer que ces nécroses sont d’origine vasculaire. Ce qui se montre nocif dans le sérum hémolytique, c'est l’agglutinine et la précipitine, qu’il contient. Ces substances sont causes de thrombus hyalins, qui, se formant dans les capillaires hépatiques ou dans les vaisseaux, entravent la nutrition cellulaire, d’où nécrose,
Voici les preuves que l’auteur anglais apporte à l’appui de cette idée : |
1° Chez les lapins, sur lesquels on a déterminé de l’hémolyse par injections répétées de sérum normal de chien, chez des chiens traités par le sérum de cheval hémolytique et peu agglutinatif, on n’a jamais observé les nécroses carattéristiques.
2 L'action de la toluilène-diamine ne produit n1 agglutination d’hématies, ni nécroses. Les injections de sang laqué ont été au même point de vue négatives.
3° Les injections intra-veineuses de globules rouges agglutinés par un sérum hémolytique, puis lavés, produisent les nécroses avec thrombus hyalins (moins marqués toutefois que les nécroses produites par les injections de sérum agglutinant).
De ces trois preuves, toutes prêtent à discussion. La
première preuve ne tient pas compte de l'extrême puis-