‹ Histogénèse des lésions de la cirrhose hépatiqueChapitre 34 sur 54 · EVOLUTION GÉNÉRALE DE LA RÉACTION · texte numérisé non relu

EVOLUTION GÉNÉRALE DE LA RÉACTION

Ogs. IL — Cirrhose de Laënnec. — B..., âgé de 54 ans, tailleur de pierres, entre à Cochin le 21 juin 1907.

- Sujet très fortement alcoolique. Pas d’antécédents pathologiques importants.

Son ventre grossit depuis un mois, et les malléoles sont œdématiées depuis quinze jours.

A l’entrée : facies subictérique. Grosse ascite. Circulation collatérale. Foie petit. Rate volumineuse.

Pas d’albumine. Légère urobilinurie,

A 10 jours d’intervalle, 2 ponctions sont faites, l’une de 6 litres, l’autre de 5 litres 1/2.

16 juillet. — Depuis son entrée, le malade est au régime lacté, le teint s’est éclairci, l’ictère a disparu, lurobilinurie persiste.

Première réaction de fixation négative.

18 août. — L'amélioration s’accuse, on ne fait durant le mois

d’août que deux ponctions. L'état général s'améliore. Deuxième réaction de fixation négative.

1# seplembre. — État général excellent, le malade se lève,

on ne pratique des ponctions que tous les vingt jours. Troisième réaction de fixalion négative.

14 septembre. — Depuis le 8 septembre, l’ascite se reproduit d'une façon plus rapide, le malade se sent toujours bien.

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Il est depuis quinze jours au régime ordinaire, il absorbe du vin en cachette.

Quatrième réaction de fixation positive.

Les jours qui suivent, l’état général s'aggrave, l’ascite se reproduit rapidement, on retire 13 litres le 24 septembre, 12 litres Le 8 octobre, 10 litres le 14 octobre.

23 octobre. — Des poussées douloureuses péritonéales surviennent depuis quelques jours.

Cinquième réaction de fixation positive.

26 octobre. — Le malade depuis quelques jours s’est subitement affaissé. Il délire la nuit, se plaint de son abdomen, vomit à plusieurs reprises. Il maigrit rapidement, Il se fait emporter

che: lui par sa famille le 26 octobre et il meurt deux jours plus tard.

Cette observation nous montre donc qu’au cours d’une cirrhose, la réaction n’est pas constante, elle se montre à certaines périodes et particulièrement au moment où le foie est le siège d'une poussée dégénérative.

Os. II. — Cirrhose de Laënnec avec ictère. — B..., âgé de 92 ans, cimentier, entre à Cochin le 13 septembre 1907.

Antécédents personnels : une fièvre typhoïde à 19 ans, une bronchite à 32 ans, ayant duré quatre mois.

Alcoolisme progressif, buveur de vin.

Il est jaune depuis trois ans, sans décoloration des matières, son ictère s’est installé après une poussée douloureuse hépatique de nature indéterminée. Depuis juillet 1907, il se plaint de coliques, d’anorexie progressive et d’affaiblissement général.

C’est à partir de son entrée que progressivement son ventre augmente de volume et une ascite apparaît avec circulation collatérale et œdème des membres inférieurs. L’ictère persiste

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sans décoloration des matières. Le foie est petit, la rate est perceptible à la palpation au-dessous du rebord costal.

Pas d’albuminurie, mais réaction de Gmelin et urobilinurie. Résistance globulaire normale,

14 septembre. — Première réaction de fixation légèrement positive.

Dans le mois d'octobre, le malade continue à s’émacier rapidement. Il ne boit pas son lait, souffre de violentes douleurs abdominales qui le font vomir ; en même temps, son ascite se

développe.

On lui retire 5 litres de liquide le 14 octobre et 3 litres le

21 octobre.

23 octobre. — Deuxième réaction de fixation positive.

Il meurt le 25 octobre.

Autopsie : cirrhose de [Laënnec nodulaire, sans sténose

biliaire, Grosse rate, pas de tuberculose pulmonaire.

Cette réaction de fixation quelques jours avant la mort est curieuse à noter, car elle fut à la fois positive pour le foie et pour le rein. Elle nous permet de comprendre, dans une certaine mesure, la complexité des intoxications endogènes, qui accompagnent la terminaison de la cirrhose. Sauf ce fait, l'observation II est presque superposable à l’observation I, en ce qu'il est de la progression de caractère positif des réactions de

fixation.

Oss.IIL.— Cirrhose alcoolique hypertrophique.—C...,57 ans typographe, entre à l’hôpital à la fin de juillet.

Aucune infection antérieure. Sujet très alcoolique.

Depuis six semaines, il se plaint que son ventre grossit et devient douloureux. Il suit déjà chez lui un régime lacté mais

sans résultat,

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Actuellement, teint bronzé, subictère des conjonctives, petite ascite, circulation collatérale. Grosse rate, Foie gros et dur.

Pas d’albuminurie,

18 août 1907. — Première réaction de fixation négative.

1° septembre. — Depuis plusieurs jours, prostration légère, une ascite considérable persiste,

Deuxième réaction de fixation positive.

A partir de cette époque, le malade ne peut être suivi, i quitte l'hôpital.

Oss.IV.— Cirrhose alcoolique hypertrophique.—C..., 52 ans, employé d’octroi, entre à l'hôpital fin juin.

Grand alcoolique. Depuis trois mois, subictère et développement d’une ascite progressive,

A l’examen : ascite avec circulation collatérale. Gros foie et grosse rate.

Pas d’albuminurie.

26 juillet 1907. — Première réaction de fixation négative.

Depuis le 26 juillet, l’ascite progresse, elle est ponctionnée une fois. Le liquide se reproduit rapidement. Le malade maigrit. Pas d’albuminurie. |

18 août. — Deuxième réaction de fixalion négative.

1 septembre. — L'état général s’altère, le malade continue à maigrir et à perdre l’appétit.

Troisième réaction de fixation positive.

Il quitte l'hôpital dans un état précaire.

Toutes ces observations montrent au début une réaction de fixation négative, puis, à mesure que l’état s’aggrave, survient une phase de réaction positive. C’est l’évolution d’une cirrhose grave et progressive. Il n’en est pas toujours ainsi. Certaines cirrhoses, qui à l’entrée étaient en poussée aiguë, s’améliorent par le traitement hygiéno-diététique. Alors, on comprendcomment

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les réactions seront positives au début, et négatives plus tard.

Os. V.— Cirrhose de Laënnec. — B..., 60 ans, grand alcoolique, entre le 15 juillet à l'hôpital, présentant une grosse ascite, de la circulation collatérale, un petit foie, en un mot, tous les signes d’une cirrhose de Laënnec. Il à maigri depuis deux mois environ. Légère albuminurie.

16 juillet. — Première réaction de fixation positive.

Il est mis au régime lacté, on observe une amélioration dans l’état général.

26 juillet. — Deuxième réaction de fixalion négative.

Puis, dans le mois d’août, se dessine une lécère aggravation quelques taches purpuriques se montrent, le malade présente un teint bronzé. L’albuminurie persiste.

18 août. — Troisième réaction de fixalion positive.

Le malade sort de l’hôpital, sur sa demande, le 20 août.

Oss. VI. — Cirrhose de Laënnec. — Me S..., âgée de 48 ans, marchande aux Halles, n’a jamais eu aucune affection antérieure, Alcoolisme très marqué.

Elle est malade depuis quatre mois, l’œdème des jambes a débuté, pas d’ictère. On lui a fait, dans un séjour antérieur, quatre ponctions pour une ascite, dont la quantité oscille entre 10 et 12 litres.

Pas d’albuminurie,

1®% octobre. — Première réaction de fixation positive.

Elle s’améliore rapidement avec le régime lacté et on la ponctionne deux fois durant le mois d’octobre.

Elle sort de l’hôpital très améliorée.

Les observations précédentes semblent démontrer qu’au cours de la cirrhose, il se forme à certaines périodes dans le sang des substances de réaction, dont la nature mal définie s’accommode assez du terme d’anti-

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corps. En effet, cette substance de réaction possède une action nocive à l'égard du parenchyme hépatique, c’est une réaction de défense contre la résorption de cellulules altérées, dont le but semble être une accentuation de la lésion hépatique.

Ces réactions humorales ne se montrent pas toujours avec la même intensité. Cette substance de réaction se trouve plus ou moins neutralisée par une autre substance, véritable anti-anticorps, où mieux anticytolysine. Substance neutralisante de l’anticorps et anticorps même subissent des oscillations suivant l’époque où l’on observe les malades. Les périodes d’aggravation coïncident avec l'apparition de l’anticorps dans les réactions de fixation. Au contraire l'amélioration générale du malade coïncide avec la disparition dans sa circulation de cet anticorps ou du moins avec sa neutralisation totale.

On voit combien l’aggravation d’une cirrhose devient un phénomène complexe. Il n’y a pas seulement marche progressive d’une lésion sclérosante et atrophique, il n’y a pas seulement insuffisance hépatique, il y a aussi réaction humoôrale antihépatique. Tous ces processus se combinent, se surajoutent dans l’évolution progressive et grave d’une cirrhose, se neutralisent ou

s’effacent dans la marche vers l’amélioration locale et générale.

Cr: LE ds. DS Lai

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