A MES MAITRES DANS LES HOPITAUX DE PARIS
M, le Professeur agrégé L. Rénon (externat 1903-1904), Médecin des Hôpitaux.
M. le Docteur L, Lacomse (internat 1904-1905),
Médecin des Hôpitaux.
M. le Docteur H. Hucnarp (internat 1905-1906),
Membre de l’Académie de Médecine.
N M. le Docteur OErrinGer (internat 1906-1907), Médecin des Hôpitaux.
M. le professeur agrégé CHaurrarp (internat 1907-1908), Membre de l’Académie de Médecine.
A MM. les Dr Bruuz, Léon BerNarp, DË Massary, Pau Carnor,
GurzLain, Médecins des Hôpitaux.
A mon maître, M. le Professeur agrégé CASTAIGNE, Médecin des Hôpitaux.
A mon maître à l’Institut Pasteur, M. le D BORREL
A mon maître au Muséum, auquel je dois l'inspiration de ce travail {
M. le D" AUGUSTE PETTIT
À tous, l'expression de ma respectueuse reconnaissance.
Les syndromes cirrhotiques, solidement assis sur des observations sans nombre nous apparaissent comme des cadres immuables adaptés exactement aux faits cliniques. De même, l’étude des lésions anatomiques et histologiques appuyée sur les recherches d’une précision rigoureuse de Laënnec, de Hanot et de Charcot semble fermée à de nouvelles investigations. Les cirrhoses constituent un des sujets les plus approfondis, les plus fouillés de la pathologie humaine.
Néanmoins, quand on regarde de près, un point reste en litige : la pathogénie et l’histogénèse des cirrhoses. Deux doctrines se trouvent en présence qui se disputent l'explication du processus cirrhotique : la doctrine interstitielle et la doctrine parenchymateuse.
Ce qui divise les défenseurs de ces conceptions pathogéniques, c’est l'importance à attribuer aux dégénérescences cellulaires dans le processus cirrhotique. Pour les partisans de la théorie interstitielle, ces dégénérescences cellulaires existent en effet ; seulement elles se développent secondairement. Cest la sclérose vas-
culaire qui débute, d’où bientôt gène dans la circulation et troubles nutritifs qui se traduisent dans les cellules par une évolution de dégénérescence. La lésion parenchymateuse est donc secondaire à la cirrhose.
Pour les défenseurs de |la théorie parenchymateuse, l’évolution serait différente. L'intoxication primitive fait dégénérer des groupes cellulaires, plus tard, le tissu conjonctif se montre dans cet îlot parenchymateux en voie d’atrophie, comme il se montre à l’occasion de toute nécrose parenchymateuse. Il se développe une cicatrice ; cette cicatrice, c’est la cirrhose. La lésion parenchymateuse la précède donc et se trouve à l’origine de tout processus cirrhotique. Telle est la théorie parenchymateuse.
En somme, tout le pivot de discussion repose sur la date d’apparition de l’altération cellulaire. Les uns condèrent cette altération comme primitive, les autres, comme secondaire à la cirrhose. C’est la répétition de l’histoire pathogénique de beaucoup de seléroses viscérales. Sur tous ces sujets, l’obscurité reste grande, touchant la nature de l'élément anatomique, cellule ou tissu interstitiel qui est lésé le premier.
Pour éclaircir un tel problème, il est nécessaire de se pénétrer de l’importance de chacun des deux facteurs : lésion cellulaire et sclérose. Que nous apprennent à ce sujet l’expérimentation et l'anatomie pathologique ?
Toute cellule est un élément essentiellement plastique, subissant l'effet d’influences multiples dont les plus importantes sont les influences toxiques. L’empreinte de l’action toxique se dessine avec une précocité remar-
quable. Quelques minutes suffisent à A. Pettit pour provoquer de profondes altérations sur le rein de lapin à l’aide du sérum d’anguille. Cette même fragilité se retrouve quand il s’agit de cellules hépatiques. Il ne faut pas plus d’une heure pour que l’atteinte cellulaire se produise dans certaines expériences. Aussi, la lésion parenchymateuse apparaïi-elle singulièrement précoce.
Cette fragilité parenchymateuse peut être opposée à la résistance interstitielle. Pour voir apparaître une réaction conjonctive, il faut attendre souvent plusieurs semaine: d’une intoxication lente et continue. Si la lésion parenchymateuse est précoce, comme nous venons de le dire, la lésion interstitielle par contre survient très tard.
Cette conclusion nous fournit la période d'apparition des lésions, mais ne nous renseigne pas sur les liens qui les unissent l’une à l’autre. Il n’est pas aisé de démèêler les relations qui les signalent, d'autant que pour obtenir ces deux types d’altération, il est classique de recourir à des intoxications massives, pour provoquer la lésion parenchymateuse, légères pour déterminer la lésion interstitielle. C’est donc l’une ou l’autre altération que l’on observe, ce n’est pas la succession de la première à la seconde. Or, c’est cette succession qu'il s'agissait de prendre sur le fait. Il fallait observer sur les mêmes animaux cette double évolution morbide. Il fallait en un mot, assister à la fois, à l'apparition de l’altération cellulaire et au développement consécutif de la sclérose. Les progrès de la chi-
rurgie expérimentale nous ont permis de réaliser ces conditions. Nous avons pu, grâce à des prises aseptiques et successives de foie, suivre de plus près que nos pré... décesseurs l’évolution des divers temps de la cirrhose.
La parenchyme hépatique pas plus quele parenchyme rénal ou cardiaque, n’assiste indifférent à l'intoxication chronique, cause de la sclérose. Loin de là c’est la cellule hépatique qui souffre la première. M. le professeur À. Robin a, depuis longtemps, insisté sur ce fait. Nous avons étudié les caractères de cette lésion cellulaire,nous l’avons suivie dans son évolution au cours de diverses intoxications. La sclérose plus tardive est apparue comme une réponse à la lésion cellulaire, elle se développe suivant des processus différents.A la base de presque tous, la lésion parenchymateuse se retrouve comme la première empreinte du toxique.
La sclérose se développe particulièrement au voisinage des cellules primitivement altérées. Nous pouvons la considérer comme la manifestation d’un processus « de défense »,sur lequel M. Chauffard a insisté depuis longtemps. Mais cette réaction défensive semble se manifester plus contre la cellule altérée que contre le toxique qui la lèse.
En effet, une cellule de dégénérescence tend à disparaître par une résorption progressive. Peut-on admettre que l’organisme assiste à cette destruction cellulaire à l’état de témoin inerte et sans subir une certaine réper- . cussion ?
Les recherches modernes nous ont au contraire préparé à considérer toute résorption cellulaire comme
une source de poison. MM. Castaigne et Rathéry n’ont-ils pas démontré que la résorption de substance d’un rein déterminait dans l’autre parenchyme rénal des altérations dégénératives. La cellule en voie de résorption semble donc le point de départ de poisons.
Or, nous savons que l'organisme ne reste pas indifférent à une intoxication à point de départ cellulaire, il forme une substance nocive pour ces albumines ; c’est un anticorps.
Cette substance de réaction prend le nom de cytolysine.
A l’aide des procédés de Bordet et Gengou, nous avons pu dépister la présence de cet élément de réaction au cours de certaines cirrhoses en évolution.
L’anticorps formé ne demeure pas inactif : il réagit à son tour sur la cellule hépatique. En sorte qu'il se produit un véritable cercle vicieux analogue à ceux que la pathologie nous permet de découvrir dans nombre de processus généraux. |
Ce processus nous explique comment une inioxication peut atteindre le foie durant une période variable.
La durée de cette atteinte se prolonge non seulement jusqu’à la disparition de la cause toxique mais jusqu’à la disparition des anticorps dans le sang.
De la prolongation des altérations cellulaires résulte l’apparition de la réaction scléreuse essentiellement chronique : la cirrhose.
Ces premières données abordées largement nous permettent tout de suite de comprendre quel riche tribut
les études modernes sur les cytolysines et les anticorps
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ont apporté à l'explication des processus cirrhotiques.
Cette vue générale, forcément un peu obscure dans le raccourci Où nous la présentons, nous montre déjà que des relations intimes unissent la lésion parenchymateuse et la lésion interstitielle.
Dans l’évolution cirrhotique, ces connexions affectent une étroite intimité. Préciser ces rapports lésionnels, faire la part de l’intoxication et des réactions humorales dans le processus de sclérose hépatique, tel est notre but.
Nos expériences furent entreprises sous la haute direction de notre maître au Muséum, M. le D' Auguste Perrir. C’est lui qui nous conseilla l'étude des lésions de la cellule hépatique. La technique rigoureuse qu'il enseigne au Muséum, jointe à ses conseils éclairés et aux critiques méticuleuses qu’il voulut bien nous faire, nous a permis de mener à bien cette longue étude. Notre reconnaissance ne s’arrête pas à ce maître.
Dans les services et les laboratoires d'hôpital des D° HucxarpD, ŒTTINGER, et CHAUFFARD, dans le laboratoire du professeur ALBERT ROBIN, nous avons continué les recherches commencées au Muséum. La bienveillance qu’ils nous ont témoignée, l'intérêt qu'ils ont bien voulu porter à la poursuite de nos expériences, ont été pour nous un stimulant singulièrement précieux. A tous, nous adressons l’expression de notre vive et respectueuse reconnaissance.