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LA RÉVOLUTION

Sous la révolution française, une foule d'orateurs envahirent les tribunes ; mais une voix surpassait toutes les autres, celle de Mirabeau (1749- 1791), cet homme puissant qui ressemble, dit Villemain, au lion de Milton, dans le premier débrouillement du chaos, moitié bouc et moitié fange, et pouvant à peine se dégager de la boue qui l'enveloppe, lors même que

(1) M. Villemain.

déjà il rugit et s'élance; Bernave, Monnier, Dupont, Maury, Cazalès, Montlosier, Vergniaud, le célèbre orateur de la Gironde, Danton, le Mirabeau de la rue, Robespierre, théoricien inflexible et avocat philosophe, Saint- Just, Camille Desmoulins pérorèrent tour à tour devant le peuple et devant l'assemblée nationale. Ces noms appartiennent plutôt à l'histoire politique qu'à l'histoire littéraire de la France. On peut dire, cependant, avec un critique célèbre, que ce soin sévère, ce soin d'artiste qui a poli, qui a conservé toutes les expressions d'un Démosthènes ou d'un Cicéron, n'a presque jamais appartenu à ces orateurs modernes, occupés d'intérêts trop nombreux, trop complexes, et parlant à des peuples trop peu curieux de l'éloquence et du charme de la parole. Mais cette négligence qui diminue la beauté, du moins pour les yeux de la postérité, n'a pas affaibli l'action de l'orateur sur les contemporains, et c'est cette autorité de la parole instantanée qui explique pour nous, et les progrès rapides de certaines idées et les grands changements des états.

André Chénier (1762-1794), nourri de la lecture des ouvrages grecs, s'efforça de rendre à l'idylle et à l'élégie française la simplicité dont les poètes français avaient depuis longtemps perdu le secret. Ses efforts ne furent pas tout à fait infructueux. On lit avec intérêt ses charmantes pastorales toutes antiques : La jeune malade^ V Aveugle, La jeune captive, etc. ; on lui reproche de ne pas avoir toujours respecté la pudeur.

LE XIXe SIÈCLE — LA RESTAURATION.

Il fut un temps, au commencement de ce siècle, où l'homme de lettres brisa sa plume, oii l'écrivain se tut, où le littérateur s'arrêta pour contempler un soldat heureux que la roue de la fortune vint déposer sur le trône de France, cette époque fut le premier empire, et ce soldat, Napoléon Bonaparte. " Le mouvement de cette époque, s'écrie un historien distingué, se personifia en lui ; il fut le véritable poëte de ce temps-là. Les llliades se nomment Marengo, Austerlitz, Friedland, lena, Filsitt, Wagram; et, obligé comme les poëtes, de faire croître l'intérêt à mesure qu'il avançait dans la carrière, il conçut enfin le plan de la campagne de Russie qui, dans sa pensée devait être une prodigieuse épopée, et qui avortant par sa grandeur même resta à l'état de roman."

Sur le seuil même du XIXe siècle, nous voyons apparaître trois hommes éminents qui ont été à la fois les ancêtres et les contemporains de la littérature de la Restauration : ses ancêtres, car ils la devancèrent

en publiant, soit dans les dernières années du XVIIIe siècle, soit dans les premières du XIXe, des œuvres capitales ; ses contemporains, car plus tard, ils prirent part aux luttes des idées religieuses, philosophiques, littéraires et politiques de cette époque : ce sont ^MM. de Maistre, de Bonald et Chateaubriand. Cette réaction d'idées qui a eu Chateaubriand pour poëte, de Maistre pour publiciste, de Bonald pour métaphysicien, devint éclatante par trois œuvres distinguées :'};; Le Génie du Christianisme (1802), par le poète; les Considérations sur la France (1796), par le publiciste, et la Législation primitive (1802), par le métaphysicien.

CHATEAUBRL4.ND.

Chateaubriand a voulu démontrer que la religion est le principe le plus fécond de l'inspiration et du génie, qu'elle présente le type le plus parfait du beau, qu'elle fournit au poëte mille moyens nouveaux qui agrandissent le domaine de l'art ; il a écrit le livre d'une situation, un livre universel, qui touche à toutes les branches des connaissances humaines : l'histoire, la philosophie, la politique, la législation, les arts, la littérature ; un livre conciliant l'esprit français avec la religion et qui fit une sensation extraordinaire, c'est le Génie du Christianisme.

François René, vicomte de Chateaubriand, naquit à St. Malo, en Bretagne, le 7 septembre 1768. Après avoir erré longtemps sur des rives étrangères, pour échapper aux fureurs révolution aires, il rentra dans le foyer de ses pères en 1800, et publia le Génie du Christianisme, ouvrage divisé en quatre parties : la première traite des dogmes ; la deuxième et la troisième, des rapports de la religion avec la poésie, la littérature et les arts ; la quatrième du culte ou de la partie cérémonielle de l'Eglise. Qu'on se représente, dit un critique, ce cadre majestueux, rempli par un homme d'une intelligence supérieure, déjà éprouvé par tant de vicissitudes, et qui, avant trente ans, laissait derrière lui toute une odyssée voyageuse et une révolution ; rappelez-vous que cet homme était dans toute la verdeur d'un talent original, et que son imagination dans toute sa richesse, prodiguait les couleurs qu'elle avait rassemblées sur cette palette intérieure que les grands écrivains portent en eux, et qui s'enrichit des reflets de tous les spectacles qu'ils contemplent, de toutes les émotions qu'ils éprouvent ; puis ramenez votre pensée sur les dispositions intellectuelles et morales du public, sur le désenchantement qu'avait

laissé dans les âmes l'essai qui venait d'être tenté, pour appliquer les doctrines du XVIIIe siècle, sur le vide profond des cœurs et des intelligences, et alors vous comprendrez l'effet que produisit l'apparition du Génie du Christianisme.

Les Martyrs, épopée historique dont l'inspiration en avait été puisée Bur les ruines du Colisée, encore toutes teintes du sang des premiers chrétiens, est la continuation et le complément du Génie du Christianisme.

Un voyage qu'il fit en Terre Sainte, en 1806, lui inspira V Itinéraire de Paris à Jerusahm. C'est là que le poëte a des paroles bien senties à la vue des beautés de la Grèce, de ses ruines antiques, de ses grands souvenirs.

Dans son poëme des Natchez, il peint avec son pinceau vigoureux, ses couleurs si riches et si variées, cette nature grandiose de l'Amérique avec ses habitants encore sauvages, ses grands bois, ses beaux lacs, ses hautes montagnes, son soleil vivifiant, sa végétation luxuriante ; c'est dans ce livre que se trouvent les charmants épisodes de René et d'Atala, les deux plus belles fleurs qui soient écloses de l'imagination féconde de Chateaubriand. Si on ajoute à cette nouvelle le Dernier Ahencérage, la confession d'Eudore et l'épisode de Valléda, contenue dans les martyrs, on peut se faire une idée du génie artistique de Chateaubriand. Atala est un petit poëme en prose moitié descriptif, moitié dramatique, où l'auteur veut nous présenter un tableau du trouble de la passion chez deux natures sauvages et primitives aux prises avec le calme de la religion.

Chateaubriand s'est peint dans René, ou encore c'est le portrait de la jeunesse de son temps. On reconnaît sans hésiter dans René, le fils d'un siècle qui a tout examiné, sans pouvoir trouver une solution au grand problème de la vie, qui veut pourtant en finir avec cet état de choses, et qui aspire à l'impossible.

Chateaubriand a, plus tard, condamné les erreurs contenues dans son Essai sur les Révolutions.

L'auteur du Génie du Christianisme a pris une part active aux événements politiques si féconds de son temps. Il proclamait la monarchie pour obéir à des raisons de famille, par respect pour l'ancien état de chose ; mais, antérieurement, il reconnut et proclama même l'avenir de la démocratie.

Il a écrit plusieurs manifestes politiques, entr'autres : Le Roi, la

Charte et les Honnêtes gens, la monarcliie selon La Charte, Bonaparte et les Bourbons. Il a été collaborateur du Conservateur, journal qui eut un succès immense et qui défendait les idées monarchiques et catholiques. Sous le Gouvernement de Juillet, Chateaubriand prime encore les écrivains de cette époque. Il a écrit l'histoire contemporaine dans son Congrès de Vérone et donne des notions d'histoire universelle dans ses Etudes historiques. Son essai sur la littérature anglaise en deux volumes est la préface de sa traduction littérale du Paradis perdu de Milton. Il a aussi fait une tragédie, Moïse, des brochures dont les deux principales sont celles de la Restauration et de la monarchie élective, et celle de la proposition relative au hannissement de Charles X. et de sa famille.

Les Mémoires d' outre-tombe sont en même temps un livre d'histoire et un écrit de polémique. L'auteur tient à rectifier les idées générales et à présenter, sous son véritable jour, la politique étrangère de la Restauration. L'auteur s'y contredit en certains endroits. Son Histoire de France en deux volumes n'était que le plan, le canevas d'un grand ouvrage qu'il n'a pu achever,

•Chateaubriand se distingue par une imagination riche et puissante, par une sensibilité vive et profonde. Ses ouvrages sont empreints d'une grande rêverie mélancolique. Il est artiste avant tout ; il contemple, admire et aime. Nul n'a aussi bien réussi dans les descriptions. Son âme aimante, son imagination brûlante lui retrace jusqu'au détail des choses, et sa pensée se moule dans un langage poétique, brillant, coloré sans emphase, gracieux sans fadeur.

Les dernières années du grand poëte ont pour beaucoup contribué à lui rendre cette mélancolie que le tumulte des affaires lui avait enlevé. Chateaubriand était monarchiste par tradition , mais c'était un esprit libéral qui comprit que l'avenir appartenait à la démocratie.

C'est à cette époque que se livra cette fameuse joute littéraire qui se vida sur le Journal des Débats, entre M. de Féletz et M. Geoffroy : querelle suscitée surtout par le mouvement réactionnaire imprimé par Chateaubriand, de Bonald et de Maistre et qui se continua longtemps.

Fontane (1761-1821) prit une part active à cette lutte qui avait en vue la politique, la religion et la littérature. Il a beaucoup écrit en vers et en prose. Ses écrits sont des modèles de correction et d'élégance. L'invention, le génie poétique, l'imagination lui ont fait défaut.

Il a traduit envers français V Essai sur Vhomme de Pope. Un criti-

que remarque qu'il y a deux hommes chez lui. L'un vient en droite ligne de la civilisation antique : il est de l'école d'Horace, il a frayé avec la philosophie ; l'autre est chrétien par les convictions, sinon toujours par les œuvres, et à ces deux hommes réunis dans le même homme répondent deux écrivains qui se rassemblent ou plutôt qui se succèdent chez le même écrivain.

Les partisans de l'école philosophique du XVIIIe siècle, voyant le terrain qu'ils perdaient firent de courageux efforts. Cabanis, auteur des Rapports du Physique et du Moral se mit à la tête du mouvement. M. de Gerando, auteur des Sigries ; Destul de Tracy, auteur de V Idéologie ; Maine de Biran, qui fit le Traité de V Habitude ; M de Laromiguère, qui fit de longs travaux sur les Sensations et les idées ; Lancelin, auteur de V Introduction à l'analyse des sciences, tous partisans dévoués de la philosophie de Condillac, se rangèrent sous le drapeau de Cabanis.

En face de cette école, il s'en éleva une autre qui exerça une action puissante sur les idées philosophiques et qui eut Royer-Collard (1760) pour chef, et pour adversaire les partisans de Condillac et de Locke. Royer-Collard s'est surtout préocupé de l'origine des idées. Il a épuisé la philosophie du scepticisme et du sensualisme grossier où l'avait plongé le XVIIIe siècle, pour la ramener à un spiritualisme rationaliste qui se guidait sur le sens commun et l'évidence naturelle.

Mgr. Frayssinous, en montant dans la chaire française, avait à rencontrer les mêmes difficultés que Chateaubriand dans la littérature, lorsqu'il publia son Génie du Christianisme. Ses Conférences sur la Révolution française manquent, d'originalité. L'orateur a du coloris, de l'abondance, un ton solennel. Il a laissé quelques ouvrages de polémique.

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