DRYDEN
John Dryden naquit au presbytère d'Aldwinale, le 8 août 1631, et mourut en 1701, à l'âge de 70 ans.
Il fit de bonnes études à Westminster et à Cambridge.
Puritain dévoué, il s'inspira de la mort de Cromwell pour chanter les
vertus du Protecteur : Heroic stanzas on the late Lord Prottctor. Royaliste quelques années plus tard, il publia en l'honneur de Charles II, VAstrea redux.
Jusqu'ici Dryden n'avait pu attirer l'attention publique sur ses écrits. Son poëme sur le Couronnement, Y Anniis mirabilis (1667), fit sensation. Il avait déjà publié quelques pièces, entr'autres les comédies : Wild ga.llant, les Rivales et une tragédie, V Empereur indien ; mais ces productions éphémères furent effacées par son Année merveilleuse qui est peutêtre le plus régulier, le plus travaillé de tous ses écrits, sans avoir pu cependant échapper au mauvais goût de l'époque.
La pauvreté l'obligea d'écrire pour le théâtre. Il publia, durant l'espace de 30 ans, vingt-huit drames, tant comiques que tragiques et dont les principaux sont Don Sebastien et la Conquête de Grenade.
La plupart de ses poëmes se rattachent aux principaux événements politiques et religieux de son temps. On cite particulièrement Absalon et Architopel, et Mac Flecnoe. Ses satyres, ainsi que son Essai sur la critique^ où il fustige la jalousie despoëtes contemporains, son Ode à Ste. Cécile et ses Fables sont ses meilleurs écrits.
Il avait emprunté son système dramatique de l'Espagne et de la France. Il substitua les vers rimes aux vers blancs généralement en usage sur la scène anglaise, ce qui le mit en butte à la critique. Il se défendit vigoureusement dans son Essai sur la poésie dramatique.
Ses drames se font remarquer par la noblesse des sentiments qu'il développe et par l'intérêt qu'il fait naître du mouvement, des événements et de la multiplicité des intrigues.
Nommé poëte-lauréat, historiographe de Charles II, il tint d'une main vigoureuse, en dépit de la haine, de l'envie et de la jalousie de ses rivaux, le sceptre de la poésie sous le règne de ce prince.
Après avoir embrassé le catholicisme, il publia un poëme allégorique, intiulé : La biche et la panthère, dans lequel ces deux animaux discutent sur la prééminence des Eglises Romaine et Anglicane.
Il a encore traduit, en bon vers anglais, Virgile, Ovide, Perse, Juvénal, etc., et en prose, deux volumes de fables anciennes et modernes.
A part les pièces que nous avons déjà citées, on remarque les suivantes : An eveniîig love or the Mock astrologer, le Secret de V amour, La tempête, V amour tî/rannique ou La Vierge martyre, \e Luc dt Guise, Tout pour Va^nour, Arthur, Œdipe, Limberham ou Le roi Keeper,
Amphytrion, V Etat d'innocence et V Amour triomphant. Plusieurs de ces pièces sont entachées d'immoralité ; c'est un tribut que Dryden payait à son époque.
Son Ode de la tête dAlexandre est un poëme vraiment lyrique où l'auteur abuse parfois de sa facilité.
Nous terminons cette biographie par l'appréciation qu'en fait un critique. " Dryden, dit-il, est le représentant le plus complet de son époque et réunit en lui le caractère solide et persistant du génie anglais à l'imitation française classique, rapportée de Bruxelle par Charles et ses courtisans. Poëte sonore et magnifique, maître souverain de la langue, Dryden manque de foi et de sens moral, la conscience et la sympathie sont absentes de ses œuvres : il s'inquiète peu de la vérité et beaucoup de sa gloire. N'ayant que peu ou point de principes, il put, avec un égal talent, traiter tous ces genres de composition, poëmes, satyres, ou pamphlets ; il possède l'art et la forme, mais il lui manque la connaissance de l'humanité et des passions, la meilleure part de génie. L'esprit calviniste de Bunyan, qui prépara le mouvement de 1688, l'imitation française et classique de Boscan, l'orientalisme biblique de Baxter, l'affectation de légèreté des cavaliers, la gravité pesante des puritains, tous ces éléments hostiles se fondent pour former Dryden ; il ne crée pas une école nouvelle, il ne fait que concentrer en lui les diverses influences de son époque, il est à la fois italien et latin, mais surtout français, la sève natale domine ; c'est par ce côté que ses ouvrages ont échappé à l'oubli."
WICHERLEY.
Le nom de Wicherley est peu connu à l'étranger. Il mérite cependant une mention spéciale, non seulement comme étant le meilleur poëte comique de l'Angleterre, mais encore parce qu'il est le meilleur représentant des mœurs de son époque. Il vécut honoré à la cour de Charles II ; sans doute, parce qu'il avait, au plus haut degré, ce mélange de corruption et d'insouciance que cette cour voulait mettre à la mode. Entouré du faste de la victoire et des galanteries des courtisans, Charles II, cet autre Louis XY, excitait, avec les femmes galantes qui lui faisaient la cour, et à la tête desquelles il faut placer sa maîtresse, la duchesse de Cleveland, la verve licencieuse des Kochester, des Buckingham, des Denham, des Butler, et surtout du spirituel Wicherley, à tourner en ridicule les sectes rigoristes et à développer parmi le peuple le goût d'une
licence effrénée. Le talent facile du jeune Wicherley se prêta aisément à cette mission, et la plupart de ses pièces, quoique fort goûtées alors, perdent aujourd'hui par leurs scandaleuses grossièretés ce qu'elles ont de bon sous le rapport de l'esprit, de la finesse, de la saillie et du dialogue.
William Wicherley naquit en 1640, à Clive, de parents riches et zélés à la cause des Stuarts.
Après avoir étudié en France, il s'initia aux beautés littéraires du théâtre français que Molière et Corneille venaient d'élever si haut. Après avoir fréquenté pendant quelque temps l'Hôtel de Rambouillet, il se dévoua entièrement au théâtre anglais. Appelé à composer pour satisfaire le • goût de son temps, on rencontre dans ses pièces le langage des mauvaises mœurs mêlé à une sorte d'ironie frivole et de bon ton méprisant, qui caractérisent l'auteur et l'époque.
Il débuta par sa comédie : V Amour dans un hois, ou le Parc de Saint James, qui fut représentée pour la première fois au théâtre royal, en 1672. Cette pièce lui valut la considération de la Cour et des principaux écrivains de son temps. Le Gentilhomme maître à danser, autre comédie qui lui valut l'amitié du duc de Buckingham, fut suivi de son Homme au franc procédé, imitation du 3Iisanthrope de Molière, mais imitation vive et libre, animée par une autre intrigue un peu romanesque, et parfois très indécente. Ce qu'il y a de plus surprenant c'est que Wicherley dédia cette pièce à la femme qui faisait dans Londres, avec le plus d'éclat, le plus vil métier, indice bien éclatant de la corruption de son siècle. Il doit encore à Molière La femme de Province, où il emprunta le personnage d'Agnès. L'innocence, dans cette peinture, a toute l'effronterie du vice, ce qui faisait dire à Voltaire qu'elle n'était pas l'école des bonnes mœurs, mais plutôt l'école de l'esprit et du bon comique.
Ses comédies : Pain dealer et la Femme de campagne, ne sont pas encore oubliées. Voltaire imita la première sous le titre de la Prude, et disait à propos de son modèle: " je ne connais pas de comédie ni chez les anciens, ni chez les modernes, où il y ait autant d'esprit, mais c'est une sorte d'esprit qui s'évapore, dès qu'il passe chez l'étranger."
Des malheurs domestiques lui attirèrent des disgrâces, et le poëte populaire eut à passer sept longues années dans une prison sale.
Wicherley a encore laissé quelques recueils de poésies que Pope avait retouchés.
Il mourut dans sa soixante et dix-septième année, le 7 janvier 1715.