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WIELAND

Christophe Martin Wieland naquit à Oberholzheim, près de Biberach, en 1733, et mourut en 1813.

C'est un des écrivains les plus féconds de l'Allemagne. A douze ans il avait commencé un poëme sur la Destruction de Jérusalem^ qui, on peut se l'imaginer, ne fut pas terminé. Son père qui, de pauvre pasteur de campagne, était devenu citoyen de Biberach, initia le jeune Wieland aux premiers rudiments de la science. Il se perfectionna dans les Universités d'Erfurth et de Tubingen. Ses études terminées, il passa deux années en Suisse en compagnie des poètes Bodmer et Breintinger. Les sites pittoresques de la riante Helvétie l'initièrent au sentiment des beautés de la nature et développèrent en lui cette imagination féconde qui devait plus tard se manifester par un grand nombre d'écrits. C'est là, au milieu des montagnes, des fleurs et des prés qu'il écrivit, à l'âge de vingt ans, ses poésies sacrées, intitulées : V Epreuve d' Abraham. Il avait débuté deux ans auparavant par ses Lettres morales à Sophie de Guttermann, qui se font remarquer par la gaieté, la finesse et une certaine connaissance du cœur humain. De retour en Allemagne, il occupa diverses fonctions, fut tour à tour professeur de philosophie, conseiller d'Etat et instituteur des jeunes princes héréditaires de Waimar

Wieland est le plus glorieux représentant de l'école française. Il étudia les anciens et donna à son talent une forme classique qui distingue et fait aimer ses écrits. Xénophon était son auteur favori.

Grand admirateur de Voltaire, il a, avec ce dernier, plus d'un trait de ressemblance, ce qui lui valut le surnom de Voltaire de V Allemagne. Comme l'auteur de la Henriade, Wieland s'est essayé dans tous les genres, et ce n'est peut-être pas trop dire que de le proclamer supérieur en plusieurs.

Son meilleur écrit est VOhéron qui passe eu Allemague pour un poëme épique. La poésie est riclie et la plaisanterie tirée du merveilleux y est maniée avec beaucoup de grâce et d'originalité. La beauté ae la poésie de ce poème héroïque peut être comparée à celle de l'Aricste.

Wieland 3. mis en vers plusieurs autres contes de chevalerie : Gandalin^ Gerion le courtois, Iris, le Nouvel Amadis. Ses coûtes de chevalerie semblent supérieurs à ses poëmes imités du grec, Musarion, Endi/Tnion, Ganhnède, le Jugement dt Paris, etc. Ses poëmes philosophiques : les Grâces, V Anti-O-nde, la Nature des choses, prouvent la fécondité et la flexibilité de sou talent.

Wieland a laissé quelques tragédies : Jeanne Grcij, Clémeyitine de Porretta, etc.^ qui n'eurent pas an grand succè^;; plusieurs comédies, des traductions de Sliakespeare, de Cicéroo^ de Lucien, etc.

ArjatliO)!, chef-d'œuvre de style et d'exécution, est regardé par quelques critiques comme son meilleur ouvrage. Il a voulu se peindre dans cet ouvrage en représentanr, an jeune homme qui, aux prises dans sa jeunesse avec les austérité-, de la religion d'un côté et les séductions mondaines de l'autre, revient après d'amères déceptions à une vie plus sage et plus réglée. Don SyUio de Rosalva est le Don Quichotte de l'Allemagne. Ce roman, de même que le iMiroir d^or, et une polémique contre la religion révélée et les féeriey, qui alors étaient fort à la mode; Nadine, peinture voluptueuse, les Ahdesitains, le Bjianestan, Férégrin, Protée, Aristippe, pièces relatives à l'histoire secrèt/C de l'esprit et du cœur de l'homme, cirées des archives de la nature, et où il attaque vertement J. J. Rousseau, complètent la liste de ses écrits qui forment audelà de cinquante volumes.

Wieland était encore uii critique distingué. Il le cède pourtant sous ce rapport à Lessing. On lit avec intérêt la savante polémique qui le fit entrer en lice avec Goethe à propos du goût de la littérature française qu'une revue mensuelle, le Mercure allemand, cherchait à répandre en Allemagne.

Les œuvres de Wieland ont obtenu un grand succès en Allemagne. La noblesse, la tendresse, la grâce, l'éloquence et l'esprit s'y confondent. Il manque quelquefois de concision mais il comble ce défaut par son étonnante fécondité.

Comme Goethe, comme Lessing, comme un grand nombre d'autres de

ses compatriotes, Wieland subit l'influence du philosophisme du XVIIIe siècle. A nos yeux, son grand tort, comme littérateur, est d'a\/oir trop favorisé l'influence française. Klopstock, eu préconisant l'influence anglaise, est tombé dans la même faute ; ces écoles n'étaient pas nationales. Il appartenait à Lessing dans la critique, à Schiller, à Goethe dans la poésie, et à Winckelmann dans les arts, d'entreprendre à la fin du XVIIIe siècle, cette tâche honorable.

Comme la plupart des lettrés de son pays, Wieland avait une conversation agréable, recherchée et savante. Il a été honoré de l'estime et de la considération publique. Toutes les académies de l'Allemagne et l'Institut de France le reconnurent au nombre de leurs membres.

Nous terminons: "Wieland, remarque M. Cahen, n'était pas un génie créateur, comm*:^ Goethe et Richter. Son principal mérite consistait à s'approprier les découvertes des autres et à y imprimer le sceau de son esprit. Ses peintures de mœurs de la Grèce manquent surtout de vérité ; il n'a jamais approfondi la nature, ni dans la religion, ni dans les arts, ni dans la pliilosophie ; mais il savait donner parfois, à ce qui n'était que superficiel, l'apparence de la profondeur ; du reste, il était toujours léger, toujours gracieux, et connaissait mieux que personne toutes les ressources de sa langue. De même que son maître Voltaire, il faisait un usage beaucoup trop fréquent de l'ironie, et sa prédilection pour les sujets allégoriques répand beaucoup de froid sur ses écrits, surtout aujourd'hui que ses allusions ne sont pas comprises comme elles l'étaient au temps où il écrivait. C'est là ce qui explique pourquoi il n'a point eu une influence générale et durable sur la littérature allemande. Le plus grand service qu'il ait rendu à son pays, c'est d'avoir épuré le goût et lui avoir enseigné à apprécier les beautés de l'antiquité. S'il a été quelquefois trop vanté, il a été en revanche trop rabaissé lors de la révoluiuion qui s'est faite dans l'esthétique de l'Allemagne ; mais il sera toujours incontestablement placé au rang des plus grands écrivains de sa patrie."

WOSS— GESSNER — WINCKELMANN.

Johann Heinrick Woss naquit en 1751, à Sommersdorf, dans le Mecklembourg, d'un pauvre fermier, et mourut en 1827. Grâce à un ami, il étudia à l'Université de Gœttingue. Il était avancé en âge lorsqu'il termina ses études.

Il étudia avec passion les langues anciennes, et il voulait plier le dialecte allemand à la pureté des idiomes antiques. Les services qu'il a rendus à la langue allemande sont incalculables.

C'est avant tout un languiste ; ses savantes traductions le prouvent. Il traduisit en vers presque mot pour mot les deux épopées d'Homère. C'est le meilleur traducteur du vieux chantre de l'Attique. Aidé de ses deux fils, il traduisit encore les Mille et une nuits de Galland, le Théâtre de Shakespeare, les Géorgiques de Virgile, et la plupart des classiques grecs et latins.

Sa pastorale, Louise, le range au nombre des meilleurs poëtes. La pureté, la simplicité et l'harmonie s'y confondent. Ses ballades populaires en font un digne rival deBurger. Ses odes, élégies, idylles, etc., complètent le nombre de ses écrits.

Il a imité trop servilement les classiques dans ses églogues. Il en résulte de la fadeur et une monotonie désagréable ; certainement il ne peut, comme poète pastoral, être comparé à Gessner.

Sob amour pour le classique en fait un admirateur passionné de Klopstock.

Son caractère dur et arrogant lui suscita des ennemis, et il déploya trop d'acrimonie dans ses démêlés avec Stolberg, Creuzer, et d'autres écrivains non moins célèbres.

Solomon Gessner naquit à Zurich, en 1730, et mourut en 1788.

Son amour pour la vie pastorale, le coloiis de son dessin, la fraîcheur de sa poésie, la grâce de ses idylles, ses paysages si coquettement décrits, l'ont fait surnommer le Théocrite de l'Allemagne.

S'il eut des imitateurs dans le genre pastoral parmi ses compatriotes, il n'eut pas de rivaux. Sa versification est élégante, toujours riche, toujours gracieuse, toujours imagée, mais aussi souvent incorrecte. Il n'avait pour se guider que les livres d'instruction que son père, pauvre pasteur de campagne, lui avait donnés.

Forcé par nécessité de faire le commerce de livres, le jeûne Gessner, en artiste passionné, négligeait volontiers les chalands pour se cacher dans un coin de la petite librairie avec un volume de poésies. Il n'avait qu'à jeter les yeux autour de lui pour oublier aussitôt la vie réelle. Paysages enchanteurs, sites pittoresques, montagnes aux neiges éternelles, vertes pelouses, glaciers immenses, ravins infranchissables, végétation luxuriante, tout dans cette pittoresque Ilelvétie devait porter le jeune

Gessner à aimer les beautés de la nature. Aussi, ses idylles sont-elles généralement estimées. De tous les faiseurs d'églogues qui ont imité jusqu'à satiété les scènes champêtres depuis Théocrite et Virgile, Gessner est peut-être le seul, avec le Florentin Sannazar, qui ait su se mettre en garde contre l'insipide fadeur, apanage inévitable des pastorales ordinaires.

Il a donc cliercbé un remède là où la France du XVIIIe siècle ne voyait que du gracieux et du sentimental. Le caractère des deux peuples se dessine à cette variante de goût. Le mélancolique Allemand, toujours grave, toujours dans les abstractions, ne peut rechercher l'imaginaire dans la nature et le beau dans le champêtre comme le Français; le premier est trop sévère pour s'intéresser à un genre secondaire, l'autre, plus superficiel, s'enthousiasme aisément pour tout ce qui revêt les formes du beau. Ajoutons que de nos jours l'esthétique ne saurait accorder une autre place au mérite littéraire de Gessner que celle que ses contemporains lui ont donnée.

Solomon Gessner était un ami de Iji paix, de la douce quiétude. Content de l'affection publique, des joies du foyer domestique, exempt d'ambition, il vécut aimé de ses concitoyens et chéri des siens.

Winckelmann, antiquaire archéologue et critique, a opéré une véritable révolution en Allemagne dans la manière de considérer les arts, et par les arts, la littérature. A ce titre, il se place à côté de son contemporain Lessing.

Nul ne sait mieux décrire la beauté des monuments, et trouver l'idéal de l'art. Il a donné les vrais principes, admis maintenant dans les arts sur l'idéal, sur cette nature perfectionnée dont le type est dans notre imagination, et non en dehors de nous. La poétique de tous les arts est rassemblée dans un même point de vue dans ses écrits. Il en a banni le mélange du goût antique et du goût moderne. Mais sa plastique est toute païenne ; il admira trop les anciens. Toutefois, il a développé ses théories avec une telle connaissance et dans un style si parfait qu'on est tenté de sacrifier l'originalité pour une imitation si fidèle et si savantede l'antiquité.

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