ÉCRIVAINS SECONDAIRES
Parmi les écrivains du second rang nous nommerons le célèbre fabuliste Conrad Pfeffel. Ses fables et ses contes, se font remarquer par un esprit judicieux, de la raison, une imagination riante, un sincère enthousiasme pour le bien, le beau et l'honnête.
Burger (1748) est le poète populaire de l'AUemagae. On rencontre dans ses odes, ses élégies, ses sonnets et ses ballades, la véritable inspiration. C'était encore un versificateur élégant. Outre un grand nombre d'écrits sérieux sur la langue et le style il traduisit en beaux vers VlUiade et les œuvres de Shakespeare. On cite surtout sa ballade Lenore.
La terreur est en Allemagne une source inépuisable d'effets poétiques: les revenants et les sorciers plaisent au peuple coii^me aux hommes éclairés: c'est un reste delà mythologie du Nord : c'est une disposition qu'inspirent assez naturellement les longues naits des climats septentrionaux : et d'ailleurs, quoique le christianisme combatte toutes les craintes non fondées, les superstitions populaires ont toujours une analogie quelconque avec la religion dominante. Burger est de tous les Allemands celui qui aie mieux saisi cette veine de superstition. Aussi, ses romances sont-elles connues de tout le monde. Lonore et le Féroce CJiasseur se placent à côté de la Fiancée de Corinthe de Goethe.
Hoelty (1748) est un lyrique justement estimé; c'est le chantre des joies de la famille, du doux retour du printemps, des amours chastes et fécondes. Il écrit avec pureté, grâce et élégance. Stolberg (1750) est un admirateur de l'antiquité. Il a laissé des traductions de ia plupart des auteurs grecs. Ses poésies se font remarquer par le brillant des pensées, par l'éclat des figures, par la hardiesse de son jet. Les EpUres et le poëme Ura7iie placent Tiedge (1752) au nombre des bons écrivains allemands. Ses poésies sont éminemment religieuses.
Tout le monde connaît les œuvres d'Auguste Lafontaine (1758). allemand de naissance mais français d'origine. Il fut longtemps pro-
fesseur de philosophie à l'Université de Halle. C'est un des plus féconds romanciers du siècle dernier. Ses livres sont en général plus intéressants par les détails que par la conception même du sujet. Il écrit avec vérité les scènes de famille. Il a l'esprit perspicace et pénétrant. Son Tableau de famille, ou Journal d' un pasteur de campagne, le Testament^ VAveu au tombeau, Falkenstein, Welf Budo, sont ses meilleurs ouvrages,
La foule des romans d'amour publiés en Allemagne a fait tourner un peu en plaisanterie les clair de lune, les harpes qui retentissent le soir dans la vallée, enfin tous les moyens connus de bercer doucement l'âme. Les Allemands, comme les Anglais, sont très féconds en romans qui peignent la vie domestique. La peinture des maux est plus élégante dans les romans anglais ; elle a plus de diversité dans les romans allemands. Il y a en Angleterre, malgré l'indépendance des caractères, une manière d'être générale donnée par la bonne compagnie ; en Allemagne rien à cet égard n'est convenu. (1)
Frederick de Matthisson (1761) est un des meilleurs poètes de l'Allemagne. On a de lui des poésies, quelques drames, des lettres et les Souvenirs de Voyages. Il y a de la pureté dans sa poésie ; sa prose est plus aifectée. Il peint la nature en maître ; aucune beauté ne lui échappe.
Ajoutons encore à ces noms Jos. Karl Musacus, dont la précieuse érudition remet en lumière les contes populaires et traditionnels de la nation ; Henri Schubart, poëte satyrique plein d'originalité et qu'une longue captivité a rendu cher à l'Allemagne, Hippel, écrivain humoris tique qui a peut-être ouvert la carrière où Jean Paul s'est illustré ; Gas pard Lavater, plus célèbre comme auteur de la science physiognomoni. que ; F. H. Jacoby, l'auteur de Waldemar, roman philosophique qui a joui d'une grande réputation ; Solimann, un des meilleurs écrivains populaires de l'Allemagne, auteur d'une foule d'excellents écrits sur l'éducation ; Henri de Pastalozzi, son digne émule, que sa méthode d'enseignement, féconde en heureux résultats, a rendu célèbre ; Compe, l'auteur de VAmi des enfants, naturalisé en France par Berquin, et de tant de bons écrits qui ont été traduits ou imités dans toutes les langues ; Blumenbach, le Cuvier de son temps ; Eiehhorn, investigateur de l'antiquité ; Max Klenger, auteur des Jumeaux, drame dont le succès balança celui du Goetz de JBerliechingen de Goethe ; Konrad Haunert, historien et géographe distingué ; Claudius, autre ami des enfants ; Arnold H. L.
(1) Mme de Staël.
Hoeren, auteur d'un grand ouvrage, la Politique, les Mœurs, le Commerce des peuplades de V antiquité; Fred. Hang, le poëte satjrique le plus spirituel de l'époque; J. I. Bœttiger, l'antiquaire, auteur des Matières d'un drame romain ; Glenty, un des publicistes les plus renommés de l'Allemagne ; enfin Ancillon, ministre et directeur de l'instruction publique en Prusse, écrivain profond, judicieux qui fit autorité en politique et qui écrivit en français.
On peut diviser en trois classes principales les différents écrits historiques publiés en Allemagne : l'histoire savante, l'histoire philosophique et l'histoire classique. Mascow, Schopflin, Schloezer, Galterer, Schmidt, appartiennent à la première classe par leurs recherches immenses. Schiller est à la tête des historiens philosophiques et Muller est le modèle des historiens classiques. Son Histoire de la Suisse est un chef-d'œuvre où l'on découvre l'érudit et l'écrivain de grand talent. Il était, s'écrie Mme de Staël, d'un savoir inouï et ses facultés en ce genre font vraiment peur. On ne conçoit pas comment la tête d'un homme a pu contenir ainsi un monde de dates et de faits. Les six mille ans à nous connus étaient parfaitement rangés dans sa mémoire et ses études avaient été si profondes qu'elles étaient vives comme des souvenirs. Muller lisait habituellement les auteurs grecs et latins dans leur langue originale ; il cultivait la littérature et les arts pour les faire servir à l'histoire.
Avec notre siècle commence la troisième période de la littérature allemande. C'est de là que date aussi l'école romantique. La critique allemande rattache le roman au genre épique comme invention poétique, bien que l'écrit soit en prose. On le vit apparaître sous toutes ses formes : romans historiques, sentimentals, philosophiques, psychologiques, fantastiques, chevaleresques. Walter Scott et Cooper ayant préconisé le genre, les esprits se tournèrent vers ces nouveaux astres.
L'esprit d'imitation se manifesta dans toutes les branches : dans les arts, l'éloquence, la poésie. L'histoire est plus dignement représentée.
Une foule d'écrivains pédagogues apparurent dans ce temps. Leurs travaux sont généralement estimés, mais leur méthode est la même j ils répètent des idées analogues dans un texte varié. Le cardinal
Schmidt brille au premier rang de ces écrivains dont les travaux s'adressent à l'enfance. Il faut aussi citer l'ouvrage si remarquable de Rohrbacher, Y Histoire de V Eglise, vaste monument en vingt-et-un volumes.