‹ Histoire abrâegâee de la littâeratureChapitre 34 sur 181 · ROMAN · texte numérisé non relu

ROMAN

Le genre romantique a été peu en honneur dans la littérature grecque. Villemain nous en donne la raison. " Tout l'empire de la fiction, dit-il, était alors envahi par le polythéisme ingénieux des Grecs. Cette croyance devait suffire aux imaginations les plus vives : elle satisfaisait ce besoin de fable et de merveilleux si naturel à l'homme. Chaque fête, en rappelant les aventures des dieux, occupait les âmes curieuses par des récits qui ne laissaient point de place à d'autres événements. Le théâtre, dont les solennités n'étaient point affaiblies par l'habitude, frappait les esprits par ce mélange d'intervention divine et d'histoire héroïque qui faisait son merveilleux et sa terreur,

" De plus, chez une nation si heureusement née pour les arts, la fiction appelait naturellement les vers ; et l'on ne serait point descendu de ces

belles fables si bien chantées par les poëtes, à des récits en prose qui n'auraient renfermé que des mensonges vulgaires. Remarquons d'ailleurs combien tout était public et occupé dans la vie de ces petites et glorieuses nations de la Grèce, il n'y avait pour personne de distraction privée ni de solitude : l'état se chargeait pour ainsi dire d'amuser les citoyens.

" Sous d'autres rapports cette forme de société fournissait peu à l'imitation des mœurs privées et à la fiction romanesque. La civilisation, quoique prodigieusement spirituelle et corrompue, était plus simple que la nôtre. L'esclavage domestique formait une grande et première uniformité ; le reste de la vie des citoyens se passant sur la place publique, était trop ouvert à tous les yeux pour que l'on y put supposer avec vraisemblance quelque aventure extraordinaire, quelque grande singularité de caractère ou de destinée; enfin la condition inférieure des femmes, leur vie retirée, afi"aiblissaient la puissance de cette passion qui joue un si grand rôle dans les romans modernes,"

Il y eut cependant quelques productions dans le genre. Les plus célèbres furent les Bahyloniques du Syrien Jamblique, les Ephénaques de Xénophon ; Théogène et ClaricUe d'Héliodore, Leucijppe et Clitophon d'Achille Tatius, et Daplmis et CJiIoé de Longus. Ces romans sont bien inférieurs aux productions modernes. L'intrigue est nulle et les incidents trop rares. Leur mérite principal consiste dans quelques tableaux agrestement peints, riches en couleurs mais sans variété.

ÉLOQUENCE

L'éloquence de la troisième période se confine dans les écoles des rhéteurs. Il n'y avait plus de tribune populaire. Le peuple, obéissant à la voix d'un seul, ne s'assemblait pas pour délibérer sur les affaires de l'état. En perdant ses institutions libres la Grèce perdit le souffle de l'inspiration qui l'animait naguère. L'éloquence n'était plus cet élan populaire qui rassemblait, en un moment donné, toute la ville d'Athènes au pied d'un homme que les malheurs de la patrie inspiraient.

Cependant, toujours amoureux du beau langage, les Grecs ne perdirent pas tout à fait ce goût inné pour l'éloquence. Mais les sujets leur manquèrent pour développer ces facultés naturelles. On se borna à de vaines disputes entre les écoles, sur des sujets banals, qui se prêtaient peu aux accents oratoires. Le sophisme prit des développements consi-

dérables et imprima un caractère particulier à cette seconde phase de l'éloquence grecque. Les noms de Dion Chrysostôme, auteur de 24 dissertations philosophiques, morales et religieuses ; d'Hérode Atticus, qui fut le professeur de Marc-Aurèle et qui passa pour le sophiste le plus entraînant de son époque ; Maxime de Tyre, de qui nous tenons 41 discours sur des sujets philosophiques, littéraires et moraux, et pardessus tout le spirituel Lucien, sont les principaux représentants de cette époque. Au lYe siècle on rencontre le célèbre rhéteur Libanius et ses non moins célèbres adeptes, l'empereur Julien, St. Jean Chrysostôme, St. Basile et quelques autres.

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