PINDEMONTE
Pindemonte naquit à Vérone, en 1753. Amoureux des beautés de la nature, il allait les puiser au bord du lac de Garda dont Catulle nous a laissé des descriptions si enchanteresses. Ses premiers écrits furent des poésies champêtres : le poésie compestro. Le poëte y répand un charme tout particulier. Plus tard, quand les illusions du poëte se furent envolées une à une au souffle de la réalité, il publia des écrits beaucoup plus graves et beaucoup plus soignés, entre autres ]es Sermoni, les Viaggi, Il campo di Martell. Ces satyres ont du bon sens et de la finesse ; sa critique est railleuse sans acrimonie. Le poëte veut châtier en riant, il s'est rappelé le costigat ridendo mores d'Horace. Ses poésies lyriques ont de l'ampleur et de l'élévation. Il y met une certaine émotion religieuse, enthousiaste, et communicative, soit qu'il chante les glaciers des Alpes Helvétiques et Savoyardes, soit qu'il décrive les fraîches cascades qui bondissent au fond des vallées verdoyantes de la Suisse. Sa pièce VOrmenio respire l'amour de la liberté. Toutefois, elle n'a pas accru la réputation de l'auteur. Il a écrit en prose SCS Elogi, où il donne à la langue italienne un tour aisé et coulant. Il mourut en 1828.
Les productions de ce poëte, dit M. Alby, offrent des métaphores vraies et justes, des comparaisons et des descriptions aussi neuves que pleines de vérité, un style harmonieux, grave, correct et original. On voit par ses écrits que, s'il s'était inspiré de la littérature nationale et étrangère, il avait encore plus étudié la nature, et c'est pour cela que sa renommée vivra autant que la langue italienne.
Bagnoli est bien inférieur à Pindemonte, à Foscolo et à Monti. Il publia, en 1835, VOrlondo Savio, poëme en 48 chants, qui est la continuation de celui d' Arioste. L'auteur a mis 57 ans à ce travail. L'ensemble de ce long poëme est défectueux, la partie descriptive est la meilleure. Le Cadmo, livre empreint d'une philosophie profonde pourrait s'appeler " le poëme de la civilisation." Le fond du sujet est un récit mythologique, mais l'auteur a su en tirer l'idée chrétienne. Ce poëte fécond a encore laissé une traduction de l'Enéide, des poëmes sur la religion, sur l'architecture et la sculpture.
Salvatore Viale a composé un poëme héroï-comique : Diano Machia^ où il s'élève à la hauteur de Boileau, de Gresset et de Pope. Une querelle survenue entre deux communes, à propos d'un âne mort, trouvé sur le passage d'une procession solennelle, durant la semaine sainte de l'année 1812, fait le sujet de ce charmant morceau.
Vittorelli (1832), a gâté son talent dans ses rubriques surrannées. D'Elci s'est distingué comme poëte épigrammatique. Gorgallo est le fidèle interprète d'Horace.
La poésie comique trouva son meilleur représentant à cette époque dans la personne du comte Giràud, esprit fécond mais fort peu moraliste. Il a réussi à faire du comique de situation, mais il ne prend aucun souci des réflexions morales, des observations philosophiques.
Césari a publié un dictionnaire de biographies et plusieurs autres écrits dont le plus populaire est le Grazie, traité en forme de dialogue sur la critique. Le Panégyrique de Napoléon, V Eloge de Canona, sont dus à la plume de Giordanio, qui publia en outre des pamphlets, des œuvres esthétiques, sa correspondance, et des élégies funèbres.
Trois historiens également célèbres se sont illustrés en Italie, au commencement du XIXe siècle : Vencenyo Coco, Botta et Micali, un philosophe, un rhéteur, un érudit. Coco est supérieur aux deux autres. Il naquit à Naples, en 1770. Il a laissé un essai historique sur la Révolution de Naples. L'historien raconte froidement, sans passion, ces drames horribles qui ensanglantèrent sa patrie, à la fin du XVIIIe siècle. Botta a écrit l'Histoire de la guerre de l'indépendance des Etats-Unis. L'Histoire des anciens peuples d'Italie a été écrite par Micali : cette histoire porte l'empreinte d'un patriotisme très vif.
Borghi, disciple de Manzoni, a un certain talent de versification. Sa traduction de Pindare sera longtemps admirée. Ses poésies ont du feu,
de la force et de l'abondance ; on cite surtout ses Inni qu'on peut comparer aux meilleures pièces de Manzoni. Les œuvres lyriques de Léopardi portent le germe de hautes et pures inspirations : c'est le chantre du désespoir, A ce titre, il appartient à la famille intellectuelle des Byron, des Shelley et des Obsrman.
Beneditti s'est essayé, lui aussi, dans la poésie lyrique. Il s'est inspiré d'Homère, de Pindare et de Pétrarque. On lui reproche d'avoir plutôt su s'inspirer des idées des autres que des siennes. Costa a de l'érudition. Le Laocoon est son meilleur ouvrage. La Pastorizia d'Arici peut être considérée comme une œuvre classique. L'auteur parle des abeilles, des maladies des animaux, des fleurs, des fruits, avec un talent incontestable. Sestini est le poëte légendaire de l'Italie contemporaine. Cet écrivain distingué a encore laissé des élégies, deux tragédies et d'agréables anachréontiches.
Silvio Pellico, l'intéressant prisonnier du Spielberg, a écrit des Poésies variées, peu lues aujourd'hui. Ses fameuses Prignoni et sa Franctsca vivront aussi longtemps que l'infortune excitera l'intérêt et la pitié.
Après le comte Guiraud, vient Alberti Nata dans la comédie italienne du XIXe siècle. Il a écrit un grand nombre de pièces.
ÉPOQUE CONTEMPORAINE
Aujourd'hui, parmi les rares écrivains qui travaillent pour le théâtre, il y a quelques élèves distingués de Groldoni. Modérés dans le comique et dans le pathétique, ils ne manquent cependant ni d'invention ni d'élégance. Mais la bonne volonté du parterre et les bravos d'un public qui n'est pas assez exigeant, les accoutument à se contenter de trop peu. Ils brodent un dialogue facile sur un canevas un peu lâche ; ils plaquent cà et là quelques tirades morales ou sentimentales, et la pièce est faite. Un auteur anglais n'est content que lorsqu'il a bourré deux ou trois actions dans son drame ; les dramaturges italiens en prennent tout à leur aise et ne craignent pas de développer en cinq actes une simple anecdote. L'esprit tourmenté, violent, excessif de l'Angleterre, le génie facile et coulant de l'Italie se trahissent en cela comme en tout. (1)
Le roman s'est difficilement acclimaté en Italie. Bazzoni, Manzoni, Grossi, Bresciani, se sont essayés dans ce genre sans arriver à la perfec-
(1) Edmond About ; Rome contemporaine, p. 185.
tion des productions anglaises ou françaises. Lazzarro Papi a écrit des Commentaires sur la Révolution française. Son ouvrage renferme certaines inexatitudes qui sont rachetées par de grandes qualités.
La plupart des écrivains vivants de l'Italie actuelle ont commencé leur réputation dans la première moitié du siècle. En tête de ceux-ci nous trouvons le plus laborieux de tous, César Cantu, l'auteur de V Histoire Universelle, de V Histoire des Italiens, de V Histoire de Cent ans (1750-1850) de V Histoire des hérétiques d^Italie, et d'autres travaux de moindre importance. Il est le dernier en même temps que le plus énergique survivant de l'école Guelfe, qui plaçait dans la papauté le dernier mot de la nationalité italienne et de la civilisation moderne. A cette école appartiennent le savant Sicilien Ausari, le Moine Tosti, du Mont Cassin, érudit historien de l'Eglise, tandis que l'école historique» hostile à la papauté, est représentée par le Napolitain Kanieri. Le moyen-âge a été raconté par Alto Yennucci et Pascale Yillari. L'archéologie est représentée par Borghesi, de Rossi, Promis, Fiorelli, etc, et r Histoire des beaux arts par Ranalli. En philosophie le spiritualisme est représenté par Mamioni, la morale par Augusto Conti, le rationalisme par Ausonio Franchi, la philosophie grecque par Centofanti, le scepti" cisme dans la Philosophie de V Histoire par Joseph Ferrari, l'éminent auteur des Révolutions d'Italie et de V Histoire de la Raison d'Etat, et les doctrines d'Hegel par le Napolitain Véra. Pour la science du droit on distingue Mancini et Pessina ; dans l'économie politique, Ferrara, Boccardo, Minghetti, etc.
Au premier rang des critiques et des écrivains d'esthétique, on trouve Thommaseo, Boughi, Bianchi, de Sanctis, etc. Trois prêtres se sont fait un nom dans des genres et par des mérites bien différents : le P. Ventura dans l'éloquence de la chaire, le P. Possagliadius, la théologie, et l'abbé Lambruschini, par ses ouvrages d'éducation populaire. Les romains contemporains ne suivent pas tous l'école du romain historique de Manzoni. Guerrazzi et Tommaseo ont écrit des romans sociaux, Carcano a créé le roman intime, genre auquel se rattachent les nouvelles de Bersezio, de dall'Ongaro, etc. La poésie patriotique a trouvé les accents d'un vrai lyrisme, sous la plume de Prati, et surtout d' Aleardo Aleardi. Dans le drame historique et national, Bevere et dall'Ongaro ont su faire applaudir leurs compositions, tandis que le grand acteur Modena et après lui Bossi et Salvini, Mmes Marchionni et Bistori interprétèrent Alfieri et les grands tragiques avec un talent
qu'on n'avait point encore vu sur la scène italienne. Dans le champ de la science, l'Italie contemporaine compte les géographes Marmocchi et de Luca, les astronomes Schiapparelli, Donati, Capocci, et de Gosparis ; les naturalistes Simonda et Filippi, le chimiste Piria ; les physiciens Melloni, Marianini, le P. Secchi, et Matthucci ; enfin Libri, l'historien des sciences. La période contemporaine qui est aussi celle du réveil de la vie politique en Italie a vu naître et se développer rapidement la presse périodique où se sont distingués Brofferio (1802-1866), Bianchi-Griovini (1799-1862), et où l'on remarque encore Carlo Cattaneo, Corenti, etc. Enfin, l'éloquence politique a été représentée dans le parlement par Broô"erio, Cavour, Batazzi, Minghetti, Conforti, Tecchio, Mancini, etc. (1)
Telles sont jusqu'à nos jours, les modifications que subit la littérature en Italie. En jetant un coup d'oeil sur son ensemble, dit Madame de Tastu, on est frappé de la marche uniforme que suit le génie des peuples dans ses développements successifs. D'abord, ses obscurs commencements, où la confusion résulte du mélange des idiomes divers, puis, l'étude et bientôt l'adoption de langues déjà perfectionnées qui font dédaigner la langue vulgaire ; puis, l'effort que fait celle-ci pour sortir de ses . langes ; puis, et d'ordinaire avec les temps de troubles et de guerre civile, l'apparition de quelques vigoureux génies qui la portent toutrà-coup à une hauteur qui lui permet de lutter avec ses rivales et bientôt de les faire oublier ; puis, vient l'époque où, devenue la langue des cours, elle reçoit ce degré d'élégance et de poli qui en fait un instrument complet ; puis, le besoin de nouveauté qui fait dégénérer l'éléc^ance en recherche, la délicatesse en affectation puérile ; puis, le retour au bon goût par la propagation des monuments et la comparaison des modèles ; en^n, l'admiration pour les anciens chef-d'œuvres conduisent à l'étude et à l'imitation du passé, et, plus tard, à une originalité systématique et calculée aussi loin de l'originalité si spontanée des âges primitifs que la vieillesse est loin de l'enfance. Telle est le mouvement qui, en périodes plus ou moins lentes, à des époques plus ou moins rapprochées, s'est introduit dans toutes les littératures de l'Europe. Aujourd'hui, les relations plus fréquentes entre les nations, la connaissance des langues étrangères plus répandue, vont sans doute enfanter une littérature en quelque sorte universelle où viendront se fondre les divers caractères qui individualisaient, pour ainsi dire, le génie des peuples. (1) Larousse : Die. Universel. Vol. 9 p. 833.