LA RÉFORME
La Réforme contribua beaucoup à épurer la langue française. Les
controverses publiques, la diffusion des pamphlets et des ouvrages que se lançaient de part et d'autre les combattants, éveillèrent l'attention publique, suscitèrent des hommes de talents et engagèrent les masses à approfondir les questions discutées. La prose y gagna beaucoup.
Jj' Institution chrétienne de Calvin (1509-1564), surtout la dédicace de ce livre, est remarquable par la pureté du style, la véhémence, la précision et le nerf ; "c'était la première fois que la force de l'esprit ait imprimé à la langue française un caractère énergique et puissant qui n'émane que des grands intérêts et des grandes passions." (1) On a encore de Calvin le Traité de la Cène et des Commentaires sur F Ecriture Sainte, le plus considérable de tous ses écrits. Il a donné à la langue française une précision qu'elle ne connaissait pas avant lui.
Théodore de Bèze (1519-1606) est un nom illustre dans le protestantisme. Il a composé une Histoire des Eglises réformées, une Traduction du Nouveau Testament, une tragédie : Abraham sacrifiant son fils ; quelques petites pièces lascives, fruits de sa jeunesse.
Dans la littérature légère, Marguerite de Valois, sœur de François I, et son valet de chambre, Bonaventure Desperriers, occupent une place à part. Leurs contes sont pour la plupart licencieux. Après eux paraît Rabelais, qui le premier donna au roman une voie ample dans son Gargantua et son Ptntagruel. Son livre, dit Labruyère, est un énigme, quoiqu'on veuille dire, inexplicable ; c'est une chimère ; c'est le visage d'une belle femme avec des pieds et une queue de serpent, ou de quelqu'autre bête plus difforme ; c'est un monstrueux assemblage d'une morale fine et ingénieuse et d'une sale corruption : où il est mauvais, il passe bien loin audelà du pire ; c'est le charme de la canaille : où il est bon, il va jusqu'à l'exquis et à l'excellent, il peut être le mets le plus délicat.