CHAPITRE XI
Les noms des pierres limitantes et adorées délirent des
noms des frontières.
Je ferai d'abord observer que, si les noms de ces monumens sont les mêmes que ceux des frontières, les frontières étant évidemment plus anciennes qu'eux, il doit en résulter que ce ne sont point ces monumens qui ont donné leurs noms aux frontières , mais les frontières qui ont donné le leur à ces monumens.
Je vais prouver que les noms principaux des frontières sont les mêmes que les noms principaux de ces monumens. Quatre noms paraissent avoir, en Europe et dans une partie de l’Asie , appartenu aux frontières, et ensuite aux pierres limitantes et sacrées qui y étaient élevées. Ces noms sont : chez les Égyptiens et les Phéniciens, tJiothy theut ou thaout ; chez les Grecs, kermès y chez les Latins, terme ; et chez les Celtes et les Germains, mark , merc ou marche .
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Le mot thoth ou theut signifiait-il une frontière ? La langue des anciens Égyptiens est trop peu connue pour pouvoir décider la question d’une manière positive ; mais la langue hébraïque, qui avait beaucoup d’affinité avec l’ancien égyptien , emploie ce mot dans un sens qui se rapproche de notre idée. Moïse se sert du mot thauth pour exprimer la hauteur d’une montagne, lorsqu’il dit : ce Ces bénédictions » dureront à jamais; elles égaleront la hauteur » des montagnes éternelles (i). »
Ainsi, thauth , en hébreu, signifiait montagne, hauteur ; et 1 on sait que les montagnes faisaient le plus ordinairement partie des frontières. Quelques montagnes ont conservé jusqu à nos jours un nom d’une consonnance approchante. Le Pic de TénérifFe est encore appelé, par les habitans de la contrée, Theithe. Teth , en gallois, signifie sommet, cime, faîte. Tud et teut , dans la meme langue et dans plusieurs autres, expriment pays, terre, terrain; dans Hésycbius, iethus a la même acception (2). Les Laschkirs nomment Taon une haute montagne ou une chaîne de montagnes séparées : pour marquer une côte étendue qui décline en
(0 Genèse liv. 49? vers. 26.
(2) Dictionnaire celtique de Bullet , aux mots teth et tud.
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pente douce, iis emploient le mot T ouate (Yy Mais ce qui décide la question d’une manière plus positive, c’est que les Grecs, en traduisant le mot thoth par celui f hennés , ont déterminé sa valeur. Comme je prouverai bientôt qu 'kermès signifiait, dans l’origine, le terrain inculte des frontières , il en résultera que thoth , étant son équivalent, doit avoir la même signification.
Thoth était aussi le nom d’une borne ou d’une colonne terminale. Thau ou tho , en hébreu, se traduit par signe marque * expression qui convient parfaitement aux bornes , dont l’objet était de marquer les limites de deux territoires. Dans la langue copte, celle des Égyptiens modernes, thoi y comme le tau des Hébreux, exprime un signe, une marque* et ihos 9 une borne, un terme, une colonne terminale (2). Le savant Jablonski dit que thoouth doit se traduire par colonne (3).
(1) Voyage de P allas, t. II, p. 4§8. Ils nomment ourral-taou , montagnes de la ceinture , une chaîne qui orme la frontière des provinces à' Ouf a et d ’Jselsk. ( Pallas , t. ni, p. 1 4 *)
(2) Dictionnaire manuscrit de la langue copte , par le savant Lacroze , cite par Court de Gebelin. ( Allégories orientales , Histoire de Mercure, p. 126.)
{?> F nnlhëcn ëgypt., liy. 5. p. 180.
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Cette interprétation indique que l’institution civile des thotlis ou colonnes limitantes remonte aux premiers temps de la civilisation. Considérés comme objet de culte, les thoths précèdent de beaucoup les temps où les fables mythologiques ont été composées ; ils datent d une époque où la religion astronomique et le polithéisme , qu’elle a produit , n’existaient pas. Le mot thoth , étant un nom générique dont
les Grecs ont fait leur theos , zeos , zens , et les
Latins leur deus > dut être usité en Egypte avant l’époque où les noms des divinités spéciales furent connus , ainsi que le nom du genre est antérieur à ceux des espèces (i).
Je passe à Y kermès des Grecs. Les explications que je vais donner sur ce nom fortifiront ce que j’ai dit du mot thoth , et pourront lui être appliquées, puisque ces deux noms sont synonymes, et que la valeur de l’un doit faire connaître celle de l’autre.
Hermès ou ermes signifiait, dans son origine, le terrain inculte que forment les frontières. Ce
(i) Montanus in Üomm.enLariis J. Cœsari , lib. 6, p. 282. Au surplus, T gus est le nom d’une divinité cirez plusieurs peuples. Les Tatarsde Katschinzi adorent une divinité malfaisante qui porte ce nom. {Voyage dû P allas, t. Y, p. 27.) En Amérique , les sauvages de la Floride ont un dieu malfaisant qu’ils nomment ' Tôïa -,
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mot dérive à'eremos, dont les Grecs ont fait kermès ; tout comme du mot eremus les Français ont fait herm . Ces mots eremos , eremus ' y herm, signifient terrain inculte, désert qui, ne produit aucun fruit. On a vu plus haut que c’était le propre des frontières , chez les anciens , d’offrir un large terrain sans culture (i).
JErmèsy ermeus , ont, en langue celtique, une signification qui caractérise encore mieux les frontières : ces mots signifient hors , dehors (2). Ainsi, réunissant ces deux significations, kermès exprimerait un terrain inculte, situé hors du territoire. C’est ce terrain inculte, situé hors du territoire, que les Latins désignaient par foris, foras , forum terrœ , dont on a fait frontière, comme je le prouverai ailleurs*
Si cette preuve paraît insuffisante, je la fortifierai par une autre que m’offren t diverses dé—
(1) Voyez ci-dessus le chapitre VIII , p. 1 3o , 1 3 1 . De ces mots eremos, ermes , les Français ont fait, outre le mot herm , fort usité autrefois pour désigner un terrain inculte, dévasté ou désert, le verbe hermer, hermaterra, terre herm ; de là sont dérivés les mots français cherme, chalme , charme, chaume, qui ont la même signification que herm, et le verbe chômer, rester dans Finaction.
(2) Dictionnaire de la Langue celtique, au mot ermes; et les additions et corrections, au mot ermeus .
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no in ma lions de la géographie ancienne. Je trouve en effet que plusieurs montagnes, rivières, promontoires, villes , etc. , appelés kermès 9 ou dont ce mot sert à composer le nom, sont placés précisément sur les limites des différens pays.
Eu Egypte , les Grecs ont nommé Hernie nopolis Magna ou la grande ville d’Hermès, et Hermopolitanaphilace ; deux villes situées sur les frontières qui séparaient la Haute-Egypte de l’Heptanomide. Us ont nommé TIermonthis la ville qui confinait le territoire de Thèbes du côté de la montagne Lybique, où sont les anciennes sépultures des rois. Ils ont nommé Hermeum le promontoire aujourd’hui appelé Cap Bon , qui forme la limite de l’Afrique. La chaîne de montagnes qui se joint àl’Anti-Liban , et qui s’élève sur les frontières de la Palestine et de la Syrie, est appelée Hermon . Le promontoire d ' Hermonassa , qui s’avance dans le Pont-Euxin, est une limite du Pont. Le fleuve Hermus sépare , dans presque toute sa longueur, la Lydie et la Mysie ; et les plaines qu’il parcourt sont, suivant Pline, nommées Hermi Campi. II èrmione , aujourd’hui Casli , est située précisément à l’extrémité sud de l Argolique; et la mer qui baigne les côtes de cette partie de la Grèce est nommée Hermo -
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nicus Sinus . Herniée , en Arcadie, est, dit Pausanias, un lieu consacré à Hernies . Là est une colonne qui marque la frontière des Messéniens et des Mégapolitains (i). Je pourrais grossir cette liste des noms d’ Hermoncictis , à'JIermonacum , d’ Hermanduri , qui tous s’appliquent à des frontières. On en trouve même un exemple en Portugal : le mont Henninius , aujourd’hui Armenhci , existe encore sur les frontières de ce royaume.
Ainsi Hermès a signifié terrain inculte, désert, terrain qui est en dehors. 11 a aussi signifié frontière, puisque la plupart des frontières antiques des pays occupés par les Grecs portent ce nom.
Mais ce mot hermès a aussi exprimé une borne, une colonne terminale; et, lorsque les bornes eurent reçu un culte, ce mot devint le
nom générique de la divinité.
Hermès signifiait colonne, parce que les Grecs, lorsqu’ils eurent admis les dieux des Orientaux, ainsi que leurs dénominations, et qu’ils eurent, à leur exemple, fait les premiers pas dans la carrière de l’idolâtrie , placèrent au dessus de ces bornes, de ces colonnes ado» rées, les têtes des divinités étrangères; et ces
(i) Pausanias y Arc ad,, chap. 3/j> à la fin*.
idoles, composées de ceüe tête et de cette colonne, reçurent le double nom à7 Hennés , et de la divinité qu’indiquait la tête posée dessus.
Ainsi, pour exprimer une colonne surmontée de la tête d’Apollon , on disait Jlermcvpol- Ion ; de celle d’Hercuie, Hermeracle; de celle de Minerve, Hermathène ; de celle de Vénus, Hermaphrodite ; ainsi des autres divinités. On voit que, si la tête portait le nom de chaque divinité quelle caractérisait , la colonne sur laquelle elle était élevée conservait le nom générique < ïhermès . Ainsi hennés désignait la colonne. D’ailleurs nous avons dans Pausanias plusieurs passages qui prouvent évidemment que les herniés étaient des bornes placées sur des frontières. En parlant du mont Parnon, dont la chaîne sépare le territoire des Lacédémoniens de celui des Ârgiens et des Tégéates, il dit : « Les limites de chacun m de ces peuples sont marquées par des lier- « mes de pierre , d’où ce lieu a pris sa dé- » nomination (1). »
Dans son voyage en Arcadie, le même auteur dit que, sur les frontières des Messéniens et des Mégapolitains, est une colonne qu’ils
(1) Pausanias ? Corinth ad finem, lib. 2.
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iyo
nomment Hermès , et qui est la borne du territoire de ces deux peuples (1).
Plutarque , dans la Vie de Cimon , dit qu’après la victoire de ce général sur les peuples de la Thrace les Athéniens lui permirent d’ériger trois kermès , chargés chacun d une inscription en vers. 11 est évident que ces kermès n’étaient point des statues de dieux, mais des colonnes monumentales chargées d’inscriptions.
Hermès , chez les Grecs , était donc l’expression générique qui servait à indiquer une borne ou une colonne.
Il est donc démontré que le mot kermès , après avoir signifié le terrain inculte d’une frontière, a signifié une borne, une colonne terminale. Je reviendrai, dans la suite de cet ouvrage , sur ces kermès, et sur leur amalgame avec les divinités orientales.
Terme ou terminus était , chez les Romains, ce qu’étaient les toths et les hermès dans leur origine. Il paraît meme, et c’est l’opinion de quelques sa van s, que le mot terme dérive du mot kermès. Il est certain que terminus signifie à-la-fois extrémité ou frontière, et borne ou colonne limitante. Il est inutile de citer des
(1) Pausajiias, Arcadie, chap. 34»
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preuves sur une vérité généralement reconnue; il suffit de l’énoncer.
Mark y merc, marge ou marche , est le quatrième nom qui, comme les précédons, fut appliqué aux frontières et aux bornes. Tous les monumens historiques, les glossaires, les ouvrages géographiques, attestent que ces mots signifient frontières : il n j a pas de doute sur cette signification. Ces mots ont été en usage dans cette acception chez presque tous les peuples de l’Europe : j’en ai cité plusieurs preuves (i). C’est d’eux qu’est venu le mot marge , pris dans le sens de bordure, de partie excédante ou environnante. Ce mot a-t-il , comme les autres noms dont j’ai parlé, exprimé une borne, une colonne limitante? C’est ce que je vais examiner.
Dans presque tous les anciens idiomes de l’Europe , et même dans quelques-uns de l’Asie, marc } merc y etc., ont été en usage nonseulement pour exprimer une frontière, mais encore un signe, un caractère, un but, une indication, enfin ce que nous exprimons en français par le mot marque . Il signifiait aussi particulièrement une borne (2). Les Allemands
> 13 UJIflif IllJjJuIIu UtillU-
(1) Voyez ci-dessus, chap. VIII, p. i35.
(2) Voyez le Dictionnaire de la Langue celtique ,
DES CELTES
Y expriment ainsi dans le mot markstein . qui signifie pierre de borne ; les ha bilans do la Basse-Bretagne, par celui de merk; et, dans plusieurs pièces historiques, merca est employé dans le meme sens.
Je suis persuadé que ce nom recevait une extension, lorsqu’il exprimait les bornes d’un pays étendu, d’un canton, d’un peuple. Ces bornes , alors plus grandes, plus apparentes, et souvent placées sur des éminences , des montagnes, portaient un nom composé de deux mots synonymes, dont la réunion rendait le nom plus expressif, et attestait l’excellence de l’objet exprimé. Ainsi , aux mots marc , merk j enjoignit or , our : mots qui signifient limites, frontières, et qui, par leur usage chez presque tous les peuples de la terre, semblent appartenir a la langue primitive. Il n’est guère de mots qui aient des dérivés plus nombreux : en Europe comme en Asie, dans la langue géographique comme dans celle de la géologie, de la physique du monde , ils servent a composer les noms des objets qui environnent, qui limitent, qui bordent (1)
par Ballet, aux mots marc , masca , mardi , ni ar chia, merc, merk, merca , mercaria, etc.; et le Glossaire de Pucange, aux mots marchia, merca , etc.
(i) Horos eo grec, ora en latin, auréc en vieux fran—
Ces mots réunis forment Marchore ou Mar-
çais, etc., signifient bords, limites , frontières. La partie circulaire où le ciel semble, à la vue, être limité par la terre s’appelle horizon. Les noms qui indiquent les accidens de l’horizon sont, comme celui-ci, composés de la syllabe or : tels sont Y orient, Y aurore , mot dans lequel or se trouve répété (des couleurs de l’aurore sont dérivés les mots or, métal; orange, fruit) ; aure, en vieux français, vent; ora en grec, hora en latin, heure en français; (il n’y avait, suivant Pline et la loi des Douze-Tables, que deux heures dans la journée : l’époque du lever et celle du coucher du soleil : ces heures étaient marquées à l’horizon). Orage, ouragan ; Bore, le matin en gallois; Borée, vent du nord. La mythologie a employé plusieurs noms pareils, dont elle a fait des dieux. Bore , père des dieux des Celtes ; Thor , un des grands dieux des Scandinaves ; Florins , chez les Grecs , dieu des frontières ; Drus, dieu enfant, ou le jour naissant à l’horizon; Ouranus , ancien dieu de l’horizon ; O rendes , nymphes des montagnes qui terminent ordinairement l’horizon.
Dans la géographie, un très-grand nombre de montagnes et de rivières qui composent principalement les limites, sont nommées or, our, ou portent des noms qui sont composés de ces mots, tels que dor, dour, dur, tor, taur, tour, jor, gora, etc. Plusieurs autres mots ont avec or le double rapport de la consonnance des sons : tels sont orle, ourlet ; bourdes qui, en vieux français, signifie frontières; bord, bordure , borne, foras, forum en latin;
fors dans les dialectes du midi de la France, qui tous sonnent et équivalent à hors , dehors , ainsi que faite, qui, en gothique, signifie frontières; port de mer , port de
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coure ( i). Ainsi que les bornes thoths kermès, termes , celles des Celtes, des Germains, furent
montagnes (dans les Pyrénées), porte ; soroen, une borne en bas-breton; sortie , sortir et thor, porte en allemand; enfin, tour, autour, entourer: toutes ces expressions se rapportent à ce qui est aux extrémités, en dehors, sur les frontières. Je pourrais considérablement en augmenter la liste ; mais je me borne à celles qui , ayant le même sens que or et our, paraissent le plus évidemment dérives de ces mots.
On peut appliquer la même signification à la syllabe ar.
(i) Le savant et laborieux Court de Gebelin convient que le mot marche, marc ou merc, a contribué à la composition du nom de Mercure ; mais il pense que la terminaison ure vient du celtique ur, wr, dont les Latins ont fait leur mot virj ainsi , suivant lui , le mot Mercure doit être traduit par l’homme aux marques , l’homme aux signes. Il est étonnant que ce savant, pour expliquer Porigine de la dernière syllabe du mot Mercure, ait préféré le mot ur, wr, qui se trouve fort déplacé à côté du mot marc, tandis que le mot or, our, lui convient trèsbien, ayant une signification identique : tous deux signifient frontières ; et leur réunion donne plus de force à l’expression ; cette expression de deux synonymes se retrouve dans les mots aurore et bordure.
Il est encore étonnant de voir Court de Gebelin donner le titre d’homme à une divinité, lui qui rejette le système des dieux-hommes , et qui ne trouve dans la mythologie que des allégories relatives au cours des astres et à l’agriculture. D’ailleurs, comment supposer que les anciens aient donné la qualité d’homme à l’objet de leur adora--
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adorées sous le 110m de Mercore ou Mercure , qui, suivant César, était leur plus grande divinité. Ces simulacres, ou plutôt les pierres brutes et sans art qui portaient ce nom, et auxquelles ces peuples rendaient un culte distingué, étaient très-nombreux. C’est ce que dit César des Gaulois (1); et Tacite en dit h peu près autant des Germains (2).
Je pense que ce nom se prononçait , suivant
lion, à une borne, à une pierre brute , qui n’avait aucune forme humaine ? Le mot bordure , qui a la même signification que le mot Mercure, et qui est comme lui composé de deux synonymes, devrait donc être interprété par \ homme aux bords .
(1) Deum maxime Mercurium colunt. Hujus sunt plurima simulacra. ( Comment . de Belio Gall., lib. 6.) On aurait tort de prendre à la lettre le mot simulacra : il ne signifie point ici une statue , une figure humaine, mais un objet d’adoration appelé Mercure . Les Celtes , non plus que les Germains , ne représentaient point des dieux avec des figures d’hommes. Le passage de Lucain , que l’on cite pour appuyer l’existence des figures humaines dans le culte des Gaulois, prouve, à mon avis, tout le contraire. Lucain appelle simulacres des troncs d’arbres adorés ; mais il les qualifie de simulacres informes , que l’art n’a point dénaturés : arte carent ; ce n’est point là une description de figure humaine.
(1) Deorum maxime Mercurium colunt . (Tacite, Germai).)
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les divers dialectes de ces pays, markore , mercore 3 mercole . On disait en latin, au commencement de la monarchie française , dies Mercons > pour exprimer le jour de Mercure, le mercredi; fanum Mer coris , le monument ou la pierre consacrée à Mercure. En basque , un tronc d’arbre, qui anciennement était employé pour limites , et honoré comme une divinité, est nommé marchola . Des pierres érigées dans la province de la Marche et sur les frontières du Berry et de l’Auvergne , portent , suivant M. Baraillon, le nom de JoiMathr : nom qui se rapproche beaucoup de celui de Mercure ; car jo est un nom générique de dieu, et mathr , qui a pu être prononcé machr , indiquerait marc , inerc ou Mercure (1).
La dénomination Mercure , dieu des frontières et des bornes chez les Germains et les Celtes, fut introduite dans la partie de l’Italie que les Romains appelèrent Gaule Cisalpine > par les Celtes ou Gaulois, qui firent la conquête de ce pays, et s’y établirent avec leurs usages et leur religion. Bar cette introduction, l’Italie eut deux divinités identiques, deux divinités des bornes, qui portèrent des noms dilférens, Termes et Mercure.
(1) Je citerai plus bas ce Mémoire de M. Bataillon.
ANTERIEURS A l/lDOLÀTRIE, lyy
Quelques savans font venir de l’Orient la dénomination Mercure t. Cluvierpense que Molec , Moloch et Malchom j ont la meme origine. Dans les proverbes de Salomon, le mot Margemah est employé pour désigner un amas de pierres qui était un objet de culte, et que les traducteurs latins ont rendu dans la Vulgate par les mots acervus MércurîL Marz en persan , signifie borne , limite ; marak en éMldéeh , terminer, finir; matas y en arabe, division, séparation. Je ne me permettrai aucune décision sur ce point ; mais j’observerai que le nom de match ou merc abonde en Europe ; qu’il n’est guère de nations, de cantons où on ne le retrouve, même plusieurs fois ; qu’outre les lieux appelés Mark , Merc , la Marque , la Marche , il en est d’autres dont les noms se rapprochent davantage de celui de Mercure , tels que Mar corignan y Melgeuil y Mer citer ; Mercweiller , Mercueil, Mer cour. Mer coire , Mer cœur y Mer curej y Mercuroly Mercure y Commet cj y en latin Commerchia y située sur la frontière de la Lorraine et du Barrois; Mirecourt , en latin Mercurii Curtis y et dont le pays environnant est nommé Mercurii Pagus , etc., etc. La France seule fournit un grand nombre d’exemples de ces dénominations indicatives du culte de Mercure y qui, jointes aux déclarations de César et
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de Tacite , prouvent que ce dieu était adore sous ce nom dans les Gaules , avant que les Romains y eussent introduit leur religion et leurs idoles, introduction qui ne commença à avoir lieu dans ]a Celtique et la Belgique que sous le règne d’Auguste.
Ainsi l’on voit l’affinité parfaite qui existe entre les frontières et les objets les plus antiques des cultes , l’identité des pierres brutes qui servaient de bornes , avec les divinités Thoths y Hernies , Termes , Mercure ; et déjà je pourrais en tirer cette conséquence : que la divinité appelée Mercure n’était qu’une pierre brute, qu’une borne ; mais, voulant mettre cette vérité dans l’évidence la plus rigoureuse, et ne laisser aucune place aux doutes, à l’incertitude , je produirai d’autres preuves, dont le développement répandra des lumières nouvelles sur des objets mythologiques, et sur l’origine inconnue de plusieurs institutions civiles et religieuses.
Je sais que ces pierres limitantes et adorées ont reçu d’autres dénominations; mais ces dénominations ne sont point génériques comme celles dont je viens de parler, ni aussi anciennes qu’elles. Je sais qu’on les nomma béthel , bétjle , abcidir j stela , titulus , manalis lapis divus , etc. Tous ces noms, et plusieurs autres
ANTERIEURS Â L IDOLÂTRIE* ijg
que j’aurai soi» de rapporter dans la suite, ne sont que des qualifications honorables et religieuses données à ces pierres, après que leur culte fut établi ; qualifications qui ne doivent figurer dans mon plan que comme accessoires.
DIS CULTES
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