CHAPITRE V
LA RÉBELLION DE LA SASKATCHEWAN
12 1. Causes et Commencements du Soulèvement. — Cependant, un grand nombre de métis français s’étaient établis dans la vallée de la Saskatchewan du Nord. Devant le flot sans cesse montant de l’immigration blanche, ces groupes de colons se préoccupèrent d’obtenir des titres légaux aux propriétés sur lesquelles ils s’étaient établis, ainsi que certains autres privilèges qui les mettraient à l’abri de persécutions semblables à celles qui leur avaient fait quitter le Manitoba.
Dans ce but, de nombreuses pétitions avaient, depuis 1878, été envoyées en leur nom à Ottawa par différentes personnes des plus respectables, mais aucune d’elles n’avait abouti. A Saint-Albert même, les arpenteurs officiels avaient reçu l’ordre d’exécuter leurs travaux sans prendre en considération ni la forme, ni les limites des terres des métis.
Dans cette extrémité, ceux de la Saskatchewan firent venir (juin 1884) du Montana, Riel qui, après des débuts empreints de modération, fut graduellement aigri par les soucis de l’agitation qu’il souleva en leur faveur, le peu de cas qu’on fit de ses représentations et la contradiction qui
était inséparable de la campagne qu’il menait. Ces troubles occasionnèrent chez lui le retour d’une maladie mentale dont il avait souffert après l’insurrection de la Rivière- Rouge, et, malgré les avertissements des prêtres de la vallée, il se constitua, le i8 mars i885, président d’un gouvernement Provisoire qu’il forma, avec Gabriel Dumont comme chef de sa milice, au moment même où le gouvernement d’Ottaw^a télégraphiait la concession des principales requêtes de ses compatriotes.
122. Bataille du lac Canard. — Riel avait établi ses quartiers généraux à Batoche, mission métisse sur la rive gauche de la Saskatchew^an dont il saisit l’église. Puis, se voyant abandonné des prêtres, qui ne pouvaient approuver sa révolte contre l’autorité légitime, si négligente qu’elle fût, il se créa lui-même une religion qu’il fit par tager à ses adhérents plus ou moins volontaires, et commença à jouer au prophète.
Les premiers fruits de cette rébellion furent une rencontre à main armée près du lac Canard entre ses partisans et i4o soldats sous la conduite d’un major Crozier. Le résultat en fut désastreux pour ces derniers, qui durent se replier précipitamment sur le fort Cari ton, qu’ils détruisirent pour aller se joindre aux volontaires de Prince-Albert. Ils laissaient douze morts sur le champ de bataille, tandis que quatre métis seulement avaient été tués.
L’effet moral de cette victoire fut immense sur les gens du pays, dont la plupart se rangèrent alors sous l’étendard du nouveau chef, bien que plusieurs persistassent encore à vouloir suivre la voix de leurs anciens guides spirituels, les prêtres catholiques maintenant prisonniers à Batoche.
123. Massacre du lac la Grenouille. — Après sa victoire, Riel essaya de porter les Indiens à partager sa révolte. C’était là un faux pas qui eût eu les conséquences les plus
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désastreuses pour le pays s’il eût réussi. L’immense influence du P. Lacombe retint dans le devoir la populeuse tribu des Pieds-Noirs, mais les efforts de quelques autres missionnaires furent moins heureux. Deux chefs cris non catholiques, Gros-Ours et Faiseur-d’Enclos, levèrent l’étendard de la révolte et, le matin du jeudi-saint, les adhérents du premier massacrèrent inhumainement au lac la Grenouille les PP. Fafard et Marchand avec l’agent des sauvages, leur fermier-instructeur et cinq autres blancs. D’autres Pères Oblats coururent aussi les plus grands dangers. L’un d’eux dut s’enfuir vers le Nord, et se réfugia à l’Ile-àla-Crosse, où il trouva la population en émoi, pendant que quatre autres étaient à Batoche, prisonniers de Riel, qui ne leur fît aucun mal, mais redoutait leur influence sur ses compatriotes.
124. Les troupes ca= nadiennes à la rescousse. — Les autorités d’Ottawa avaient fini par ouvrir les yeux.
Elles levèrent des troupes de volontaires qui furent dépêchées au plus vite au siège de la rébellion et aux points stratégiques les plus gabriel dumont.
menacés. Plus de 4.400
hommes de toutes armes furent enrôlés et confiés au
général Frédéric Middleton, qui les divisa en trois colonnes, dont il commanda personnellement la première, pen-
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dant qu’il mettait la seconde sous la direction du col. Otter et la troisième sous celle du gén. Strange.
Le Pacifique-Canadien servit à transporter ces troupes jusqu’à leurs bases de ravitaillement respectives, malgré quelques interruptions causées par le non-achèvement de cette ligne. Ainsi la première mit pied à terre à Qu’Appelle, puis marcha sur Batoche en suivant chacune des deux rives de la Saskatchewan; celle du col. Otter, qui avait Battleford pour objectif, quitta la voie ferrée à Swift-Current, et celle du gén. Strange se dirigea de Calgary à Edmonton et Saint-Albert.