CHAPITRE VIL
LES ÉCOLES DU MANITOBA ET DES TERRITOIRES
i36. On fait de belles Promesses. — Le gouvernement de la Rivière-Rouge avait de tout temps reconnu et aidé les écoles catholiques du pays avant son entrée dans la Confédération, et, alors que se négociaient les conditions de cette entrée, les autorités fédérales avaient garanti l’exiS' tence de ces écoles, en stipulant par l’acte du Manitoba
Hi toire l’Ouest Canadien. q
que, dans les lois sur Téducation que pourrait faire la législature de la nouvelle province, a rien ne devra être de nature à porter préjudice à aucun droit ou privilège touchant les écoles confessionnelles que n’importe quelle classe de personnes possède de par la loi ou la pratique y dans la province au moment de l’union ». L’usage du français était pareillement garanti en des termes qui ne souffraient pas d’équivoque.
Lorsque, au commencement de 1888, MM. Th. Greenw^ay et Joseph Martin voulurent empêcher l’élection de M. Burke, ces politiciens proclamèrent sur tous les toits que ceux qui les représentaient comme opposés aux écoles catholiques et à l’usage officiel du français, étaient des calomniateurs, et que s’ils parvenaient au pouvoir, ils respecteraient scrupuleusement ces deux institutions.
Sur la foi de ces promesses, M. Burke fut battu et M. Greenvs^ay devint premier ministre.
187. Ces Promesses sont violées. — Or, le 12 juillet 1889, le gouvernement Green\vay confisqua une somme de 13.879 dollars appartenant à la section catholique du bureau d’Education; puis le mois suivant, un Ontarien nommé D’Alton McCarthy vint au Manitoba monter l’opinion publique contre l’usage du français et les écoles catholiques, et Jos. Martin n’eut pas honte d’appuyer ses dires, tout en reconnaissant que a la constitution peut être contre nous ».
Alors le gouvernement cessa de son propre mouvement de publier la version française de la Gazette officielle. Puis Ton s’attaqua aux écoles catholiques elles-mêmes, et, le 19 mars 1890, malgré des pétitions sans nombre et les énergiques protestations des députés catholiques et de protestants comme MM. Norquay et Roblin, on décréta l’abolition des écoles séparées, ou catholiques. Trois jours plus tard, Tusage du français à la chambre et devant les tribu-
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naux était proscrit, et les congés légaux qui avaient jusque-là accompagné certaines fêtes d’obligation, comme l’Ascension et la Toussaint, étaient supprimés.
Le lieutenant-gouverneur Schultz se hâta d’approuver cette législation, et par là contribua à mettre en relief l’opportunité de l’opposition que Riel lui avait faite en 1869-70.
i38. Protestations et Litiges. — De tous les points de la province les catholiques réclamèrent contre cette mesure, et même un protestant, M. W.-F. Luxton, alors directeur du (( Free Press », ne cessa d’appuyer les revendications de ses concitoyens que lorsqu’on lui eut enlevé le journal qu’il avait lui-même fondé.
Le représentant de la minorité catholique dans le cabinet provincial, l’hon. M. James Prendergast, avait déjà donné sa démission et y avait été remplacé par un Anglais protestant.
Puis les opprimés eurent recours aux tribunaux, et la Cour Suprême du Canada déclara à l’unanimité de ses membres que la dernière loi scolaire était nulle et violait la constitution. Mais la ville de Winnipeg ayant porté le cas au Conseil Privé, celui-ci annula en juillet 1892 la décision de la Cour Suprême, sous prétexte que la législation Greenway n’empêchait point les catholiques d’établir et de maintenir leurs écoles.
Ceux-ci se virent donc condamnés à payer double taxe, c’est-à-dire qu’ils durent désormais contribuer à l’entretien d’écoles dont ils ne pouvaient se servir, et payer ensuite pour les seules que leur conscience autorisât.
189. Dans les Territoires. — La plupart des protestants anglais des Territoires faisaient alors cause commune avec les innovateurs du Manitoba. Mais pour eux la question des attributions politiques de leurs représentants à Régina
était plus urgente. Elle occasionna la démission bruyante, le 29 octobre 1889, du conseil du gouverneur Royal que présidait M. Haultain.
Royal ayant mis un D"* Robert-G. Brett à la tête d’un autre conseil, l’assemblée désavoua immédiatement cette nouvelle administration, et celle-ci dut, elle aussi, se retirer après avoir deux fois remis sa démission entre les mains du gouverneur. Une espèce de lutte s’ensuivit entre ce dernier, qui suivait à la lettre la constitution qui régissait alors ce pays, et l’assemblée qui manifestait par opposition le dépit qu’elle éprouvait du rôle subordonné auquel la condamnait 1 ’autorité centrale. En mai 1891, une extension de pouvoirs ayant été octroyée d’Ottawa à l’assemblée ainsi qu’au gouverneur. Royal accorda de lui-même à la première le droit si désiré de disposer des fonds publics. Le 3i décembre suivant, M. Haultain redevenait premier ministre.
i4o. Les écoles catholiques dans les Territoires. — Un
nouvel arrangement des districts électoraux du Manitoba eut lieu en 1892. Tout en augmentant le nombre des dé-
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pûtes à la chambre provinciale, il diminuait de 6 à 3 celui des représentants de langue française.
Peu après, 25 juin 1892, le gouvernement de M. Haultain fut défait, et le 27 du même mois, une nouvelle administration lui succédait. Celle-ci n’ayant en sa faveur que juste la moitié des députés des Territoires, le gouverneur Royal la prorogea; mais Haultain ne tarda pas à revenir au pouvoir. Il en profita pour faire passer une loi qui créait le spectacle étrange d’écoles appelées catholiques qui étaient en réalité dirigées par des protestants et dans lesquelles était seul permis l’usage de livres approuvés par des protestants.
Aussi cette ordonnance donna-t-elle lieu à de vives réclamations de la part du clergé et des fidèles des Territoires. Le P. Leduc, O. M. L, vicaire général du diocèse de Saint-Albert, publia même, en français et en anglais, une brochure dans laquelle il faisait ressortir ce qu’il y avait d’odieux et d’injuste dans la nouvelle législation.
QUESTIONNAIRE
1. Quels étaient les droits des catholiques relativement aux écoles (136)?
2. Quelle fut à ce sujet l’attitude de Green way et de Martin (136) ?
3. Comment les promesses qu’ils firent furent-elles violées (137) ?