CHAPITRE X
DEUX NOUVELLES PROVINCES
i5o. Plans et Récriminations. — D’autres soucis préoccupaient les autorités civiles du Manitoba et des Territoires. Les premières étaient toujours mécontentes des limites restreintes de leur province. En 1902, leur législature demanda par un vote unanime que les frontières du Manitoba fussent étendues jusqu’à la baie d’Hudson, de manière à comprendre une partie des districts provisoires de l’Assiniboia et de la SaskatcheAvan. L’Assemblée législative des Territoires protesta immédiatement contre ce plan et demanda elle-même que les pays à l’ouest du Manitoba fussent divisés en deux provinces de grandeur égale, dont la frontière septentrionale serait le 60® degré de latitude.
Le gouvernement fédéral trouva difficile de faire droit à des demandes si contradictoires. Il n’en commença pas moins à étudier sérieusement la question de former de nouvelles provinces dans les plaines de l’Ouest, où les récoltes venaient justement d’être d’une abondance qui ne pouvait que contribuer puissamment à leur colonisation.
En attendant, de nouvelles élections s’y firent en 1902,
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qui ramenèrent Haultain au pouvoir, avec 34 autres députés à rassemblée législative.
151. Création de nouvelles Provinces. — Au cours de igoS, ce corps public se plaignit officiellement au gouvernement d’Ottawa de l’insuffisance du subside annuel qu’il en recevait, et renouvela sa demande de nouvelles provinces dans l’Ouest. Puis il vota l’érection d’une université qui ne devait s’organiser que quelques années plus tard.
Enfin le 21 février igo5, Sir Wilfrid Laurier présenta au parlement du Canada un projet de loi qui créait dans ces Territoires deux grandes provinces appelées respectivement la Saskatchewan et l’Alberta, qui devaient être toutes les deux bornées par la frontière américaine au sud et le 60®^ degré de latitude au nord et avoir le iio® degré de longitude pour limite mitoyenne.
Les provinces qu’il proposait d’établir devaient ainsi avoir la forme de deux immenses rectangles, dont une moitié, celle du sud, étant généralement dénuée d’arbres, était toute prête à produire le meilleur blé du monde, tandis que l’autre était aussi composée d’excellente terre, mais agrémentée de bosquets qui devaient singulièrement favoriser la culture mixte.
Le même projet de loi pourvoyait d’une manière très satisfaisante à l’établissement d’un système d’écoles séparées; mais les fanatiques de l’Est protestèrent si violemment contre cette proposition que Sir Wilfrid changea au détriment des catholiques la clause qui leur accordait cet avantage, et, ainsi amendé, le bill passa le 2g juin igo5.
152. Constitution des nouveaux Pouvoirs. — Cette loi, émanant du pouvoir central, devenait la constitution permanente des deux nouvelles provinces. Mais elle ne devait venir en vigueur que le i®"" septembre suivant. Elle leur donnait un gouvernement régulier avec une législature
HISTOIRE DE l’oUEST CANADIEN
identique à celle des autres provinces du Canada. Edmonton devint alors la capitale de l’Alberta, tandis que Régina allait jouer le même rôle relativement à la Saskatchewan. M. A.-E. Forget était nommé le premier lieutenant-gouverneur de la dernière province, et M. Georges-H. -V. Bulyea devenait le premier magistrat de l’Alberta.
La première administration de la Saskatchewan fut ainsi composée : premier ministre et commissaire des Travaux publics, M. Walter Scott; procureur général, M. John-H. Lamont; secrétaire provincial et commissaire de l’Agriculture, M. William-R. Motl^erwell; trésorier provincial et commissaire de l’éducation, M. James-A. Calder. M. Haultain, qui avait sous l’ancien régime détenu si longtemps les rênes du pouvoir à Régina, était maintenant relégué dans les rangs de l’opposition et en devenait le chef.
Le premier gouvernement de l’Alberta eut à sa tête M. Alexandre-C. Rutherford, dont les collègues furent M. William-T. Finlay, secrétaire provincial et ministre de l’Agriculture, et M. Henri Cushing ministre des Travaux publics. Le premier ministre devait en outre remplir les fonctions de trésorier provincial et de ministre de l’éducation.
i53. L'Education dans les nouvelles Provinces. — De
par leur constitution, ces nouvelles provinces ont des écoles publiques et des écoles séparées. Les premières sont établies par la majorité des contribuables d’une localité, et les secondes peuvent être érigées par la minorité du même endroit. L’enseignement doit se faire en anglais dans les unes comme dans les autres, mais un cours primaire en français peut s’y donner sur demande. Chacune de ces écoles est entretenue par des taxes prélevées sur la partie de la population qui en bénéficie, auxquelles s’ajoutent des octrois du gouvernement basés sur la quantité et la qualité de l’instruction donnée.
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Le pays est divisé en districts scolaires, qui sont gouvernés par des commissaires élus par la population intéressée et qui ont le droit de nommer les instituteurs — lesquels doivent toujours être munis d’un diplôme accordé ou reconnu par la province où ils enseignent.
C’est là un système qui, entre les mains d’une adminis-