‹ Histoire abrégée de la littérature [microforme]Chapitre 105 sur 221 · SE · texte numérisé non relu

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le plus correct des écrivains de sa nation, et cependant la forme poétique de ses pensées n’était jamais pour lui qu’une chose secondaire, Il substitua de courtes strophes rimées aux ‘stances trop longues des canzoni, et, par là, se rapprocha des anciens; mais, tandis que les odes d'Horace ne nous présentent jamais que la poésie épicurienne, celles de Luis de Léon nous déploient la poésie mystique de l'amour de Dieu et le monde, des idées morales et religieuses.

La maxime de ce pieux religieux était de n'être nt envieux nt envié. Son ode sur la Prophétie du Tage prouve que, si ce 'yrique distingué eut envié la gloire humaine, il tiendrait le sceptre de la poésie espagnole à côté des Cervantes, des Lopez de Véga et des Caldéron.

Sa version du Cantique des Cantiques lui valut cinq années de prison de la part du Saint-Office.

Il sut s'inspirer d’en haut pour chanter la Vie du ciel. Ponce de Léon est un poëte supérieur : aucun de ses contemporains ne sut, comme lui, s'inspirer de la Bible, des beautés de la nature, de l’éclat du firmament. [Il net dans sa poésie on ne sait quel RRpoR de l’âme, quelle inspiration qui ravit et étonne.

Il laissa une traduction des odes d’Horace et de Pindare en tercets et en stances espagnoles: ce qu’il voulait, ce qu’il désirait avant tout, c'était l'avancement et le progrès de la littérature nationale ; aussi, n’eutil jamais aucun système régulier ; il prenait ici, l4, dans l'antiquité, dans le moyen-âge, à l'étranger, tout ce qui était de nature à devenir un élement de progrès, une source de prospérité pour son pays; il broyait toutes ces matières confuses, hétérogènes, à l'empreinte nationale, et c’est en quoi il l'emporte sur son rival Herrera.

Louis Ponce de Léon Louis de Grenade, le prédicateur d'Escala Coeli et sainte Thérèse, la religieuse d’Avila, tous trois contemporains de la pensée, ne forment qu'une époque; c’est un seul groupe, un seul foyer, ou, pour emprunter une image à leur poésie mystique, c'est la même artère renouvelée par trois printemps. Ils préparèrent la grande période littéraire de l'Espagne.

L'Hymne pour la victoire de Lépante, de Ferdinand de Herrera (1500), suffirait à cet homme pour lui assurer l'immort\ité. Pindare n'aurait pas mieux chanté, Ecoutez avec quelle majesté il débute :

“La flotte des musulmans vient d’être dispersée; les plus vaillants capitaines ont péri; ils sont descendus comme la pierre jusqu’au fond

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des abîmes ; et du sang des infidèles le glaive a fait un lac au milieu de l'océan.”

Il s'élève parfois à des hauteurs sublimes, mais il affecte trop souvent les inspirations et le délire. L’allégresse et la douleur l’inspirent également. Sa muse se plie à tous les tons, embrasse tous les accords, fait vibrer toutes les cordes: patriotisme, religion, philosophie, morale, amour, élégies, idylles, sonnets, il traite tout avec la même facilité et le même succès. Ses compatriotes l'ont surnommé Le divin. On dirait que son maître Pétrarque lui avait communiqué un peu de ce feu enthousiaste qui se communique à tous pour vivifier tout.

Il avait de quarante à cinquante ans, quand il embrassa la vie

religieuse.

Avec toutes ses brillantes qualités, Herrera ne rendit pas à la littéra-

ture de son pays des services aussi signalés que Ponce de Léon. Il lui manquait cet amour de l’idée que l’on trouve dans les écrits de ce dernier; Herrera aimait, avant tout, la phrase et la pose.

Ce que Ponce de Léon, par l'aménité de ses principes, ft pour l'enseignement philosophique, Louis de Grenade (1504-1588) l’accomplit pour l’enseignement religieux.

À l’âge de dix-neuf ans, Louis prenait l’habit des Jacobins. Il occupa successivement une chaire de philosophie et de théologie, Nouveau Ximénès, on le considérait comme l’oracle de la cour, l'apôtre du peuple, le maître universel réunissant toutes les affections et emportant tous les regrets. Son Traité de la prière et de la méditation fut traduit dans plusieurs langues; il laissa, en outre, une traduction de l'Imitation de Jésus-Christ.

En chaire, Louis de Grenade grandit encore aux yeux du critique. Il parle avec toute la mansuétude, la flexibilité, l'abondance et la douceur d’un Massillon. Il semble découvrir à ses auditeurs, dit Chapmany, les entrailles de la Divinité; et qui a su mieux peindre que lui les vanités du monde et les angoisses de la mort, la laideur du péché et la beauté de la vertu, les misères de cette vie si courte et les délices de l'éternelle béatitude ?

La prose espagnole a connu par lui toute sa mélodie, toute sa splendeur; c’est une richesse inépuisable, une perfection constante.

Le prédicateur d'Escala Coeli a un style fleuri qui ne manque pas d'élégance; on pourrait lui reprocher d’avoir recherché l'effet. Plus

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grand par la pensée, plus élevé et plus sublime par les idées, Ponce de Léon l'emporte sur lui. L’un a plus d’analogie avec Bossuet et Bourdaloue, l'autre plus de ressemblance avec Massilon et Fléchier. Nul effort chez le premier ; toute son ambition consiste à atteindre un but invariablement tracé. En l’écoutant, on croirait sa foi plus vive que celle de Louis de Grenade, tout chez lui se transforme en images colorées, pittoresques, vivantes, naïves; c’est plutôt l'effet de l’originalité de son talent que le simple effort de sa volonté. Louis de Grenade sera l'homme des circonstances, l’homme fait pour commander; Ponce de Léon obéira: il est si simple, si doux qu’il voudrait toujours être inférieur ; jugeons-le par un simple fait. Après cinq années de réclusion, on le rend enfin à l'amitié de ses élèves, qui murmuraient contre le tribunal inquisitorial ; il commence sa leçon par ces mots si extraordipaires ; nous disions hier. D'un mot, il avait jeté un voile impénétrable sur un passé de cinq années d'opprobres.

Sainte Thérèse d’Avila (1515-1582) entrait, à l’âge de vingt-et-un ans, dans un monastère de Carmélites. Elle a écrit elle-même sa vie, et après elle Ponce de Léon et Diego de Gomez l'ont fait. Ses œuvres sont consignées dans quatre volumes in-folio. Ses traités, le Chemin de la perfection, le Château de l'âme, Pensées sur l'amour de Dieu, ete., ont été traduits dans toutes les langues de l'Europe.

Que le lecteur suppose un écrivain soutenant son style par les élans les plus passionnés de l'âme, par une sensibilité inouïc de cœur, par une inspiration coulant d’une source vive et féconde, et l’on aura une idée des écrits de cette sainte. ‘ Suivez-la, suivez-la, s'écrie Ponce de Léon, le Saint-Esprit parle par sa bouche.”

Le sentier lumineux qu'elle a tracé, ajoute un autre de ses biographes, conduit au trône du Tout-Puissant ; elle a vu Dieu face à face, elle vous le fera voir ; avec elle, il n’est pas de montagnes si abruptes dont la pente ne s’adoucisse ; la voie de la perfection est facile, car c'est la vertu qui y mène, et la vertu c’est l'amour, Que d’autres, à la parole sinistre, interrogent sans cesse les douleurs de l'enfer et fassent sortir d'effrayantes lamentations de ce gouffre toujours béant dans leur discours, sainte Thérèse, appuyée sur l'espérance et la foi, ouvre en souriant les régions célestes aux regards de l'homme; elle en raconte les joies, elle en répand autour d’elle le calme et la sérénité, ou, si, par moment, elle songe aux rigucurs de la justice divine, la charité l’embrase

d’une tendresse si compatissante, qu’elle plaint tous les damnés et jusqu'au démon, dont la peine est plus grande, à ses yeux, que celle infigée à ses victimes : Le malheureux, dit-elle, ZT ne saurait aimer !

Sapho, chez les Grecs, l’Alfaïsuli des Arabes, et toutes ces grandes figures de femmes qui apparaissent dans l’histoire littéraire des peuples, sont loin d'atteindre la sainte carmélite d'Avila. La poésie se ressent

.de la poétique candeur de sa foi!

Prier avec tous et pour tous, pleurer avec ceux qui pleurent et souffrir avec ceux qui souffrent, tel fut le pieux apostolat de sainte Thé. rèse. Ponce de Léon, Luis de Grenade, sainte Thérèse, Las Casas, cet Isaïe du catholicisme, voilà les vrais apôtres de l’école spiritualiste en Espagne—école qui renversa ce qui restait de mauvais goût et qui présagea la glorieuse époque des trois Phillippe.

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