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OTWAY

La vie de Thomas Otway, un des premiers écrivains dramatiques de l'Angleterre, est à peine connue.

I] naquit dans le comté de Sussex, le 3 mars 1651, et mourut le 14 avril 1685, à l’âge de 34 ans.

Il vécut misérablement, commença par jouer sur la scène et finit, comme Shakespeare, par composer des pièces assez estimées.

Son premier essai, Alcibiade, parut en 1675, dans sa 25e année.

Ses meilleures pièces sont Don Carlos, qui fut jouée trente fois de suite, chiffre inouï jusqu'alors, l’Amitié à la mode, comédie lascive mais piquante ; l’Orpheline, peinture touchante des affections du cœur, et son chef-d'œuvre, Venise sauvée.

On cite encore de cet auteur Orphée, Cuïus Marius, les Soldats de la fortune, ete.

Otway a en outre transporté sur la scène anglaise la Bérénice de Racine et les Fourberies de Scapin de Molière, et a laissé plusieurs poëmes en différents genres, entr'autres, l’{listoire du triumovirat, traduit du français, et les Plaintes de lu muse du poëte.

L'action, dans ses drames, manque de vraisemblance et est défigurée par des bouffonneries. fa versification n'est pas toujours correcte, le poëte ignorait trop l’art de la scène; mais son grand mérite est d'émouvoir, il y réussit: Dryden lui en a rendu un témoignage marqué dans sa préface du Fresnoy's art of painting.

Ce qu'Otway à peint dans sa Vénise sauvée, ce sont les mœurs de tous ces conspirateurs perdus de dettes, vivant dans le désordre et la misère, n'ayant pas un lendemain, mais grandis par la force, l'action et l’audace. Venise sauvée, dit M. De Barante, (1) est, littéralement parlant, la tragédie au mauvais lieu; aussi cause-t-elle souvent un profond dégoût : tout y est sans élévation et sans noblesse; le langage n’a habituellement rien de fort; souvent il est flasque et sans couleur, d'autre fois déclamatoire, A travers ces défauts rebutants se trouvent des traits pleins de vérité et des caractères bien conçus; c'est là ce qui a valu à ce drame Île

succès qu'il à conservé, sans que, cependant, il ait jamais été placé bien

haut par aucun critique.

“ C'est encore, dit Johnson, une des pièces les plus aimées du publie,

() Etudes littéraires, Vol. II, P. 208,

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malgré l’immoralité de l'intrigue principale et les ignobles scènes de comédies dont cette action tragique et entremêlée. En comparant le style d'Otway dans Venise sauvée et dans celui de l’Orpheline, on trouve qu'il avait acquis plus de richesse dans les images et plus d'énergie dans l'expression. Les beaux passages de cette tragédie sont dans la bouche de tout le monde, et le public l’apprécie, je crois, à sa juste valeur, en la regardant comme l'ouvrage d’un homme qui n’a respecté ni la morale, ni la décence, mais qui a eu des conceptions fortes, et a su retracer d’une manière originale ce que lui ont inspiré la nature et son propre cœur.”

Parmi les écrivains en prose de cette époque on remarque Cowley, Sidney, Temple, Thomas Burnet et Locke dans la philosophie; le comte de Clarendon et l’évêque Burnet dans l’histoire ; Barron Telloltson, Stilling Fleet, Sherlock, Baxter et Barclay dans la théologie dogmatique et morale et Newton dans les sciences exactes.

Quelqu'éclatants qu’aient été pour la littérature anglaise les trois règnes précédents, l'époque comprise sous les règnes de Guillaume TITI, de la Reine Anne et de George Ter, est considérée comme le véritable âge d’or de la littérature anglaise: Augustan Era of English Litterature, comme l'appellent les critiques anglais. La littérature désordonnée, mais empreinte de génie, fut remplacée par une autre plus correcte où domine l'esprit critique. Depuis que la politique et la religion avaient repris leur cours régulier il était difficile de puiser l'inspiration dans les intrigues entre les nobles et les marchands. La paix et la splendeur dont fut entouré le trône de la Reine Anne excitèrent l'entraînement littéraire. Il y eut un déluge de louanges officielles, toutes gonflées d’emphase pindarique, et c’est dans ce style que Concrève porte aux nues Marborough et jusqu’au ministre des finances Godolphin. Mais la politique devint le champ d’une littérature nouvelle où ces écrivains cucillirent des lauriers dans ces écrits vifs et rapides qui conviennent à des gens occupés.

Pope, Swift, Stcele, Addison et quelques autres, tous écrivains classiques de premier ordre, donnèrent à la littérature anglaise ce cachet de grandeur et de perfection qui la firent admirer de toute l'Europe.

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