LA LITTÉRATURE SCANDINAVE
La Scandinavie comprend les trois royaumes du Nord: le Danemark, la Suède et la Norvège. Ces contrées sont couvertes presque toutes par des populations de races germaniques. Cependant, une race nombreuse, sortie des Monts Ourals, et appartenant à la grande famille des nations finoises, habita jadis ces pays et y jouèrent un grand rôle. Cette race
fut exterminée en partie par les invasions germaniques des Goths et des Ases.
L'Islande fut d’abord le berceau de la civilisation scandinave. Au IXe siècle une révolution subite ayant amené de grands changements dans la Scandinavie en consolidant l’unité des royaumes de Suède, de Norvège et de Danemark, les mécontents se retirèrent dans l'Ile volcanique islandaise, apportant avec eux les anciennes mœurs, les traditions nätionales, la vieille religion du Nord. Ils établirent une république patriarcale gouvernée par un président nommé l’ Homme de la loi. Cet état de choses dura quatre siècles.
Grâce à plusieurs circonstances favorables, l'Islande devint bientôt le foyer principal de la littérature scandinave et c'est sans doute pour cette raison que cette littérature, et la langue dans laquelle elle existe, ont été nommées indifféremment scandinave ou islandaise.
La mythologie a beaucoup contribué à former le fond de la littérature scandinave. Ecoutons M. Ampère exquissant à ses élèves le tableau des superstitions du Nord : ‘Afin de répandre, dit-il, quelques lumières sur la mythologie scandinave, je vous présenterai d’abord un tableau de son ensemble, Je constituerai devant vous ce monde, ou plutôt ces mondes, dont la superposition et la juxtaposition symétrique forment dans les idées scandinaves l'édifice de l'univers. Je déroulerai à vos yeux ce grand drame corprogonique qui s'ouvre par la naissance du monde et se dénoue par la catastrophe dans laquelle la terre, le ciel et tous les dieux périssent pour renaître ; drame lugubre sur lequel planent d’un bout à l'autre une tristesse belliqueuse et un pressentiment sinistre. C’est la vie sortant des ténèbres et des glaces de l’abîme ; c’est l’univers formé
des débris d’un cadavre, un déluge de sang, des dieux qui souffrent ct combattent, des dieux qui savent qu'ils doivent mourir; c’est Balder qui périt de la main d’un frère; c'est Odin que le loup dévore ; enfin c’est la destruction universelle des êtres. En présence de ces redoutables scènes, on est transporté au milieu des fantômes du Nord, on croit sentir son âme, pressée par le froid et la nuit, se dissoudre avec ce nébuleux univers, Si l’on entrevoit, vers la fin, l'aurore d’une vie nouvelle, plus douce et plus sereine, elle est comme ces feux polaires qui brillent d'une
lueur vague au sein des longs hivers, sans en dissiper les ténèbres.” (1 o = ,
Parmi les anciens monuments de la littérature scandinave nous trouvons les Ædda.
Deux recueils portent ce nom; tous deux sont d’une nature et d’une composition entièrement différentes. La moins ancienne est un ouvrage du dernier grand homme de l'Islande, de Snorri Sturleson, mort en 1241. Cette Edda se compose de plusieurs traités en prose sur la mythologie et la langue figurées, employées par les scaldes ou poëtes scandinaves. La première partie contient, sous forme de dialogue, une exposition scientifique de la mythologie scandinave, faite longtemps après qu'on n’y croyait plus, et dans un but purement littéraire ; c’est en quelque sorte un dictionnaire de la fable, Une seconde partie contient un choix d'élocutions poétiques inventées par les sculdes, de périphrases consacrées parmi eux, et on peut rigoureusement le dire, elassiques, assez semblables à ce qu'on trouve dans un Gradus ad Pernassurum. Enfin, à ces deux parties l’auteur a ajouté un traité de grammaire, de rhétorique et de prosodie que termine assez pédantesquement un poëme bizarre où sont renfermées toutes les formes de la versification scandinave, espèce de métrique en exemples que l’auteur a intitulé Clef prosodique.
Telle est l’Edda en prose, ou la nouvelle Eddu de Snorri. ZL’Edda en vers, ou l’ancienne Edlda, est une collection de poëmes et de fragments de poëmes mythologiques, gnomiques, héroïques, recueillis au XIe siècle par un Islandais nommé Semund. Les auteurs en sont inconnus, les dates difficiles à déterminer. Ces poëmes remontent, au moins quelques-uns, à plusieurs siècles avant l’époque où ils furent recueillis,
(1) Discours sur l’ancienne littérature scandinave.
Les poëmes mythologiques renferment les dogmes de cette religion sombre et guerrière; souvent ils sont empreints comme elle d’une majesté lugubre et d’une tristesse sublime.
Les poëmes héroïques de l’£dda se rapportent tous, à l'exception d’un seul, à un vaste ensemble de faits concernant l'histoire d’une famille, celle des Valsungs, et principalement à la destinée d'r guerrier nommé Sivurd,
Comme on le voit, il y a beaucoup d’analogie entre les Æddus et les Niebelungen d'Allemagne.
Les Sugas sont des récits en prose. Elles tiennent de l’histoire et de l'épopée. L'Islande est très riche dans ce genre littéraire : on distingue les sagas héroïques, les sagas épiques, les sagas historiques et les sagas romanesques et merveilleuses. Elles sont toutes écrites en prose.
Le suédois, parlé dans la plus grande partie de la Suède et les colopies suédoises, ne se fixa que vers le XVe siècle. Ses principaux dialectes sont : le suédois proprement dit, comprenant les sous-dialectes d'Upland et de Norrand, de la Dalecardie orientale, de la Finlande ci-devant Suédoise; le gothique moderne, comprenant les sous-dialectes de Westrogothie, de la Scanie, etc. Isolée du reste du monde et désolée par des guerres continuelles, la Suède ne prit presqu'aucune part au mouvement littéraire du moyen-âge : ce fut seulement en 1477 que fut iondée sa première université, celle d'Upsal, qui longtemps ne fit que languir. Devenue luthérienne avant d’avoir une littérature, elle ne présente aucun des beaux développements des littératures catholiques. C’est en 1483 qu'une imprimerie s'établit à Stockholm; en 1613, il n’y avait pas encore en Suède une seule papeterie. Depuis les deux derniers siècles, les mœurs de Stockholm sont toutes françaises ; la langue française y est généralement connue, elle est à ce qu'est l'allemand à Copenhague.
Gustave III à beaucoup contribué à amener cet état de choses et à faire prévaloir limitation française en littérature. Le plan de ses opéras était en français. Cette imitation alla malheureusement trop loin et retarda les progrès de la littérature nationale. C’est surtout à la fin du XVIIIe siècle que cette influence étrangère prévalut sur l’origi-
palité nationale. Quelques hommes avaient bien paru véritablement suédois par l'âme et le talent. Le chansonnier Bellmann, mêlant au désordre et à la verve grotesque de ses compositions lyriques, des éclairs de profondeur, des traits inattendus de grâce et de mélancolie ; Stagnelus, poëte rêveur et religieux, tantôt s'inspirant des idées et des vertus chrétiennes, tantôt essayant, à une époque où les antiquités scandinaves étaient bien imparfaitement connues, d'y chercher des sujets pour le drame et des couleurs pour la poésie; mais leurs efforts et ceux de quelques autres n'avaient point eu de suite. Peu à peu cependant les partisans de l'école française devinrent plus rares. Des polémiques savantes eurent lieu et l'affranchissement littéraire apparut en Suède en même temps que l’affranchissement politique, c’est-à-dire lors de la révolution qui mit le général Barnadotte sur le trône.
Parmi les champions de la rénovation littéraire il faut surtout citer- Gojer qui avait montré ce qu’on pouvait faire en poésie avec les souvenirs de l’ancienne Scandinavie, Cet homme remarquable s’est depuis voué tout entier à l’histoire en écrivant les Annales de Suède, modèle d’érudition et de sagacité. Hammarskiold a publié une Histoire de la littérature et une Histoire de la philosophie suédoise. Le poëme de Frithiof, publié par Tegner, a mis le sceau au triomphe du parti novateur, L'auteur en est resté le plus grand poëte de la Suède.
La littérature suédoise est riche en ouvrages ascétiques, en homélies et en sermons,
La Suède eut des historiens avant le XVIIe siècle, mais ils écrivaient en latin. Parmi les historiens en langue nationale qui précédèrent ceux que nous avons mentionnés plus haut, nous citerons Olaüs et Laurentius Petri, auteur d’une histoire de Suède; ces deux hommes furent les réformateurs du pays; Jonas Hallenberg (1819) fit l'Histoire de Gustave Adolphe, Olof de Dalin, une Histoire de Suède, écrite par ordre des Etats, en 1743; Arkenholtz (1777), l'Histoire de Christine.
+ C'est surtout dans les sciences que brillent les Suèdois; parmi la foule des savants du Nord se distinguent les noms européens de Linné et de Berzélius.
La .ittérature norvégienne est une prétention nationale ; il n’y a en Norwège d'autre langue que le Danois, un peu dénaturé par la prononciation.
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