‹ Histoire abrégée de la littérature [microforme]Chapitre 70 sur 221 · ESS · texte numérisé non relu

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On lui reproche avec plus de raison l’obscarité du style, Des locutions forcées, des mots nouveaux, des comparaisons impropres rendent l’intelhgence de son œuvre difficile parfois, même pour les Italiens; on est obligé de recourir aux commentaires pour comprendre toute sa pensée, Ici, pour être juste encore, il faut remarquer que la langue italienne n'était encore qu'à son début, Si, quelquefois, il fait à sa manière un mot qui peut lui procurer une rime, il faut s'en prendre plutôt à la pauvreté de l’idiôme qui offrait peu de synonymes. De même, il ne faut pas voir dans sa Divine Comédie qu'une allégorie politique comme le prétendent certains Zoïles. Nul doute que les allusions pullulent en certains endroits, mais au-dessus de tout cela il faut distinguer le lyrique passionné, transportant sa tente à des hauteurs inaccessibles au commun des mortels. C’est le grand mérite de Dante d'avoir mesuré la puissance de ses aïles, TT sait flageller tout ee qui doit l'être. La cour de Rome, qui trafique du Christ (Paradis XVIT), les cardinaux, loups rapaces sous l'habit du Pasteur (Paradis XXVI); le sceptre du potentat, comme la bure du moine reçoivent tour à tour la punition que leur influent le ciel et les hommes,

Dante rêvait une monarchie universelle. A cette fin, il composa la Monarchie, où il expose les principes qui, selon lui, doivent cautériser la plaie sociale, Dante vivait dans un siècle où le système monarchique assurait le plus de bien-être aux sociétés; s’il eût vécu au XIXe siècle, il eût peut-être rêvé la République Universelle,

On a encore de lui le Bouquet, ouvrage philosophique en prose et en vers, plein d'érudition.

Dante (abréviation de Durante) ne créa pas la langue italienne d’une pièce, comme le disent quelques critiques. Nous avons vu précédemment qu'un certain nombre d'écrivains, restreints à la vérité mais éclairés, élucidèrent les premiers sentiers de l'idiôme national. La langue italienne était done décerminée, formée, lors de l'apparition de Dante; mais le grand mérite de celui-ci, c'est de l'avoir fixée, embellie, étendue. I] lui a donné de l'ampleur, de la couleur, et de la variété. Le premier, il donna à la poésie italienne cette forme gracieuse, riche, harmonieuse, et cadencée. Pétrarque, en homme érudit, mit plus de logique dans le choix et l'usage de ses expressions : aussi ses écrits sont-ils des modèles de pureté; Dante au contraire, donne souvent dans le défaut que l'on remarque à la formation de toute langue, le néologisme. Pétrarque avait les écrits de Dante pour se guider.

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Ce que Dante et Pétrarque firent pour la poésie, Boccace devait le faire pour la prose. L’érudition allait de pair chez lui avec le talent de l'imagination, Aidé de Pétrarque, il prépara puissamment le mouvement littéraire de la Renaissance. Avec quelle ardeur ne recherche-t-il pas les manuscrits de l'époque pour les copier, n'épargnant ni peine, ni soin pour acquérir les trésors de sciences qu'ils contenaient.

Malgré toute l'imagination de Pétrarque, l'érudition et le ton enchanteur de Boccace, Dante leur est supérieur, Ce poëte avait à inventer, à trouver, à créer, à former, Il est pour la littérature italienne ce qu'est Homère pour la littérature grecque. La Divine Comédie est un poëme colossal, Aussi, quelle impression ne fit-il pas sur les esprits, lors de son apparition ! On proclama cette œuvre: le monde en abrégé, un extrait de l'Univers.

Dante est encore J'Homère et l'Hésiode de la théologie comme l'Espagnol Caldéron en devint l'Eschyle, trois siècles plus tard. Il est à la poésie seul, ce que furent ensemble Raphaël et Michel-Ange dans les arts. Le monstrueux poëme du Dante, dont le titre porte à la piété et à la ré-

flexion : {« Divine Comédie, nous apparaît comme la lutte ardente, gigantesque, effrayante du génie grec et chrétien et du christianisme juif; on y sent à la fois la terreur de Jéhovah ct l'amour de Marie, la barbarie du Nord et la grâce de la civilisation hellénique mais chrétienne, qui veut librement refleurir sur un sol qui lui appartient. C’est, en même temps, le combat dela raison et de la foi, de la liberté civile et de la théocratie ; en un mot, c’est la lutte convulsive du moyen-âge expirant, et de l'ère moderne grandissante, La beauté supérieure de la Divine Comédie consiste dans cette originalité qui, sans faire étalage d'art, de figures de rhétorique, de descriptions, et sans répéter des pensées déjà exprimées, marche droit au fait; dans ses peintures, il est toujours d'une telle fidélité que l'on voit ses tableaux, que l’on entend ses personnages ; il frappe et passe outre, Jamais aucune œuvre, par la force de la concision, n'égala ce poëme où chaque mot résume tant de choses, où un vers contient tout un chapitre de morale, et une terzine un traité de style, (1).

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