SANNAZAR
Si le lecteur veut connaître le caractère napolitain, s'initier aux us et coutumes des lazzaroni, entendre par les rues de la vieille Partenople, cette éloquence populaire qui caractérise les peuples du Midi, prêter l'oreille au son de la mandoline, de la guitare ou du tambour de basque; voir, au coin d’un carrefour, en plein midi, danser la tarentelle, qu'il lise Sannazar (1458). C'est le type du Napolitain. Fécond et varié comme les beautés de sa terre natale, où les fleurs naissent sans culture, Sannazar à parlé d'Ecriture Sainte, d'Histoire, de fable et de la nature,
On le rencontre mêlé à tous les événements politiques de son temps, C'est un Jactotum d'une activité dévorante, Hier, il se ceignait de l'épée, se recouvrait de la cotte de mailles, chevauchait cavalièrement dans la plaine ou s'élançait au fort de la mêlée, frappant d’estoe et de taille ; aujourd’hui, il repose mollement dans sa villa de Pausilippe, d’où son œil rêveur aperçoit les fumées du Vésuve ; demain, il fera la courbette devant toute la cour du roi Frédéric, son maître, raillant les courtisans et courtisan lui-même, Tantôt riche comme Crésus, tantôt pauvre comme Job, toujours gai, toujours caustique, toujours fidèle à ses amis.
Son poëme, l'Areadie, est son plus beau titre de gloire. Ce livre, partie en prose, partie en vers, se divise en douze scènes champêtres, Son poëte favori était Virgile. Il donna dans les mêmes défauts, ct Scaliger n’a peut-être pas voulu le flatter en le plaçant, comme poëte pastoral, immédiatement après Virgile. Il emploie certains latinismes qui n’ont pas été approuvés par l'usage. Au reste, son vers est harmonieux et coulant, souple et gracieux, trop élégant peut-être. TT aimait à briller, et le naturel n’est pas sa première qualité. Ila aussi chanté la Naissance de Virgile, dans la langue de ce poëte, Ses poésies italiennes sont en général inférieures à ses écrits latins. Il parlait la langue de Virgile avec tant de grâce |
Un fait, qu'il ne faut pas passer sous silence, est que l'invasion de Charles VIIL. en Italie n'a pu éteindre les sources d'où coulaient avec tant d'abondance les beautés littéraires de cette époque. D'ordinaire, la gu-rre et ses conséquences arrêtent les progrès intellectuels en dispersant les talents, Rien de semblable en Italie. Au contraire, on combattra, et comme Sannazar, on lancera l'épigramme après avoir lancé la pique.
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