CHAPITRE I
ORIGINE DE L’OPÉRA EN FRANCE
Avant d’aborder l’étude rapide des maîtres qui ont contribué à la création de l’art lyrique français, il est indispensable de dire quelques mots des causes qui provoquèrent l’importation de l’opéra d’Italie en France.
En i645, le cardinal Mazarin manda à Paris des chanteurs italiens pour y exécuter un opéra , et le choix se porta sur YOrféo de Zerlino. La troupe ne plut ni à la cour ni à Paris, et l’épreuve semblait ne jamais devoir se renouveler, lorsqu’en 1 GG 0 , à l’occasion du mariage de Louis XIV, une nouvelle troupe vint jouer Y École amante de Cavalli. La réussite ne lut pas meilleure. Il manquait une certaine adaptation au goût français ; c’est ce que comprit le marquis de Sourdeac, grand amateur de musique et machiniste habile, qui écrivit en collaboration avec le poète Perrin un ouvrage nommé Pomone, dont il confia
Boyer. .
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la musique au compositeurGambert. On fit venir pour la circonstance des chantres des diverses cathédrales de France et la troupe fut constituée. Pomone, représentée en mars 1671 au jeu de paume delà rue Mazarin, eut un succès énorme, et même un succès d’argent.
C’est à ce moment que parut Lulli, un compost t e ur doublé d’un diplomate qui sut se concilier
l’amitié du Grand Roi. , .
Né à Florence vers i 633 , Lulli vint a Pans au service do l’ambassadeur français, sur la demande c e M"° de Montpensier. Ayant reçu de l’ambassadeur un accueil assez froid, Lulli ne trouva d’autre place que celle d’aide-cuisinier. Il n’hésita pas à l’accepter, et descendit aux fourneaux. La journée terminée, il se retirait dans sa chambre et se délassait de ses éludes culinaires en jouant du violon. Entendu par hasard par le comte Nogent, ce dernier parvint a le taire admettre au nombre des musiciens particuliers de Mademoiselle. Il fut possible à Lulli de prendre des leçons de composition de Gigault, organiste de Saint-Nicolas-dcs-Champs ; sa réputation naissante s’accrut tellement que Louis XIV voulut 1 entendre
,t cn fut si satisfait qu’il lui confia la direction de la Nouvelle Bande de ses violons, dite des petits violons. Par ses fonctions, Lulli pouvait facilement composer d’abord des morceaux intercalés dans les ballets, et ensuite, des ballets entiers où sa Majesté dansait.
En 1G6/1, il composa la musique d’une pièce de Molière, la Princesse d’Élide et le divertissement de
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l'Amour médecin. Molière parut si enchanté qu'il confia au jeune auteur les rôles cle Pourceaugnac et celui du Mufti dans le Bourgeois Gentilhomme. Lulli se sentant soutenu par le Roi ne craignit pas d’empiéter sur les attributions du maître de chapelle de la Cour en composant un Te Deum. Ce morceau eut un tel succès que, par lettres patentes, Lulli obtenait en 1672 1 autorisation de créer une Académie royale de musique. Sa prodigieuse activité lui permit de réunir en ses mains les multiples attributions de directeur, de chef d’orchestre et de régisseur, et grâce à la f ructueuse collaboration de Quinault il fit jouer dixneuf opéras qui eurent presque tous du succès. Les plus connus sont l*hésée et l Annule. En musique religieuse, il composa un Exaudiat , un Ve ni Creator, un Miserere, un Jubilate, un De profundis et un Libéra.
Lulli mourut à Paris en 16S7 à l’âge de 54 ans.
I n jour, en conduisant son orchestre, il battait la mesure avec une canne. Dans le feu de l’action il se blessa au pied. La blessure s’envenima et conduisit au tombeau le malheureux compositeur.
On croyait communément qu’il n’existait pas une seule ligne musicale de la main de Lulli. Or, on a découvert l’an dernier dans la bibliothèque d'Angers la partition manuscrite d Isis opéra* de Lulli et de Quinault; elle est classée au catalogue sous Je n° 473 et provient du cabinet Grille.
Ce manuscrit est venu en Anjou grâce h l’abbé Charles Louet, prieur des Roches Saint Paul, qui le rapporta de Paris vers 1820 et le légua a son neveu Louis Louet, également prieur de cette communauté vers i84(i.