‹ Histoire abrégée de la philosophie (volume 2)Chapitre 116 sur 156 · INTELLIGENCE ET PRESCIENCE DE DIEU · texte numérisé non relu

INTELLIGENCE ET PRESCIENCE DE DIEU

Le Seigneur est le Dieu des sciences el il pénètre le fond des pensées (1). Ainsi : 1 .° Il se connaît parfaitement lui-même tel qu'il est, et nul autre ne peut le connaître de la sorte, parce qu'il est infini et que, hors de lui, il ne peut y avoir d'intelligence capable de connaître un objet infini : Nul ne connaît ce qui est en Dieu, que V Esprit de Dieu (2). 2.° Dieu connaît ce qui est passé; car tout se fait en sa présence, et ce qu'il a une fois connu il ne l'oublie jamais, puisqull ne peut y avoir en lui de changement ni d'imperfection. 5.° Il connaît les choses présentes, même les plus secrètes, et jusqu'aux pensées qui sont cachées au fond de nos cœurs : car il est partout , et rien de ce qui existe ne peut lui être caché ; pour lui il n'y a point de ténèbres. Il sonde tous les cœurs et pénètre toutes les pensées des esprits (5). 4.° Il connaît toutes les choses possibles : lui seul peut les créer ; il ne peut les créer sans les connaître , et s'il ne les connaissait pas actuellement, s'il ne les avait pas toujours connues, de qui en recevrait-il la connaissance? S'il acquérait cette connaissance d'une manière quelconque, il augmenterait en perfection : il n'aurait donc pas été

(t) 1. des Rois, 2., 3.

(2) I. Cor., 2., 11.

(3) I, Paralip., 28., g.

immuable et parfait dès l'éternité. Aussi est-il dit de lui dans l'Ecclésiastique, 25. 29. : qu'il connaissait toutes les choses du monde avant qu'il les eût créées et qu'il les voit de même maintenant qu'elles sont faites; et, dans l'Epitre aux Romains, 4.17.: qu'il appelle ce qui n'est point comme ce qui est. 5.° Il connaît, sans aucun doute, les futurs nécessaires , tels que les orages , les pluies , les tempêtes , les tremblements de terre, etc., parce que les événements de cette nature sont les effets des lois physiques qu'il a luimême établies : or, en établissant ces lois, il n'a pu manquer d'en prévoir les conséquences naturelles , régulières ou accidentelles. Sur tous ces points il y a unanimité parmi ceux qui reconnaissent l'existence du vrai Dieu.

Reste donc un seul point à examiner , savoir si ce Dieu infiniment grand connaît aussi avec certitude les futurs libres ; c'est-à-dire les événements , grands ou petits , extérieurs ou intérieurs , qui dépendent de la volonté libre des hommes. S'il y avait raison d'en douter, ce serait parce que cette prévision certaine ne pourrait se concilier avec la liberté humaine , ainsi que le prétendait Jean Hus.

Nous enseignons comme indubitable que Dieu , sans nuire à l'exercice de notre liberté , connaît de toute éternité les actes libres des hommes. l.° C'a été la doctrine constante des Juifs , et les livres de l'ancien Testament sont formels là-dessus : Seigneur, vous avez découvert de loin mes pensées; vous avez remarqué le sentier par lequel je marche et toute la suite de ma vie > et vous avez prévu toutes mes

voies (1) ; Dieu éternel, qui pénétrez ce qui est le plus caché et qui connaissez toutes choses avant même qu elles arrivent , vous savez qu'ils ont porté contre moi un faux témoignage (2). Ainsi parlait Suzanne , succombant sous le poids d'une atroce calomnie et ne pouvant en appeler qu'à Dieu. 2.° Tertullien , combattant l'impie Marcion , disait que la prescience divine avait autant de témoins qu'il existait de prophètes (3). Saint Augustin réfutant Cicéron, affirmait que Dieu connaît toutes choses avant qu'elles arrivent, et que cependant nous faisons librement ce que nous connaissons et sentons dépendre uniquement de notre volonté (4). Aucun des docteurs de l'Eglise n'a pensé ou parlé autrement. 3.° Non seulement les Juifs et les chrétiens, mais tous les peuples de la terre ont eu la persuasion que Dieu connaissait par avance les actions libres des hommes , puisqu'ils avaient des oracles vrais ou faux , qu'ils les consultaient et y croyaient : cette persuasion universelle n'a pu venir ni des préjugés , ni des passions. Elle est donc fondée sur la nature et elle remonte jusqu'à l'origine des choses. 4.° Si Dieu ne connaissait pas l'avenir sans aucune restriction , il acquerrait donc de nouvelles connaissances, à mesure que les événements se passeraient ; dès lors on ne pourrait plus dire qu'il est immuable et parfait.

(i)Ps. i38. , 3 et 4.

(2) Daniel, i3.,42 et 43.

(3) Contre Marcion ,1.2., chap. 5.

(4) Cité dç Dieu ,1.5,, chap. g.

Quant à la difficulté de concilier ensemble la prescience infaillible de Dieu et la liberté humaine, il faut faire attention i.° qu'il n'y a point de passé ni de futur par rapport à celui qui est absolument. Dieu embrasse tout dans un présent immuable : les événements , quels qu'ils soient , se passent sous ses yeux ; en les voyant , il ne leur impose pas plus de nécessité que nous n'en imposons à ceux qui agissent librement devant nous , quoique nous voyions avec une entière certitude ce qu'ils font ; 2.° en supposant que nous ne pussions comprendre comment des actions prévues avec certitude , restent aussi parfaitement libres que si elles n'eussent pas été prévues , il s'en suivrait uniquement que notre esprit est trop borné pour atteindre à cette profondeur. Alors, loin de nier la divine prescience, qui est inébranlable , ou notre liberté que nous sentons , nous devons confesser humblement notre ignorance.

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