‹ Histoire abrégée de la philosophie (volume 2)Chapitre 118 sur 156 · SAINTETÉ DE DIEU · texte numérisé non relu

SAINTETÉ DE DIEU

La sainteté est opposée au désordre du péché. Dieu , dans l'Ecriture , est sans cesse proclamé saint : lui-même disait aux prêtres de l'ancienne loi: Soyez saints, parce que je suis saint (2), et les séraphins, dont parle Isaïe, répétaient continuellement : Saint, saint, saint est le Seigneur, le Dieu des années (5). Le péché est l'infraction de la loi de Dieu : il est donc opposé à Dieu , par conséquent il répugne que Dieu en soit souillé ou même qu'il ne repousse pas ceux

( i) Saint Jacques , 1 ., 5.

(2) Levit. il., 44* (3)Isaïc,6., 3.

qui so présentent à ses regards couverts de cette tache honteuse.

On objecte , il est vrai , que s'il avait horreur du péché , comme on le dit, il n'aurait pas du créer l'homme avec une liberté dont il prévoyait l'abus certain. Mais si , par impossible , Dieu n'avait point prévu que l'homme dût abuser de sa liberté , n'est-il pas évident qu'il aurait pu la lui accorder, qu'en la lui accordant , il lui aurait communiqué un don précieux , puisque cette liberté, excellente en elle-même , est le principe de la vertu et n'était donnée que pour une bonne fin? Or, la prévision de l'abus ne change pas la nature du don.

Dieu aurait pu encore , par une assistance spéciale ou par les ressources qui sont dans les trésors infinis de sa sagesse , empêcher efficacement un abus qu'il prévoyait : personne n'en doute; mais y était-il obligé? Qui oserait le dire? Qui du moins pourrait le dire avec raison? Qui sommes-nous pour entrer dans le sanctuaire de ses pensées éternelles , sonder ses desseins et décider fièrement jusqu'où il peut aller sans blesser sa sainteté , sa justice, ou quelque autre de ses attributs? Sans doute un père est obligé de veiller sur ses enfants et de les préserver, autant qu'il le peut , du mal qu'ils voudraient faire ; cette obligation qui ressort de sa nature , lui est imposée par une autorité supérieure à la sienne. Dieu , au contraire , dont le pouvoir indépendant est infini, n'est point tenu de faire pour sa créature tout ce qu'il peut. Où se bornera-t-il ? Où il voudra , sans qu'aucun de nous ait le droit de lui demander compte de sa conduite ,

sans que nous puissions jamais être fondés à nous plaindre. Gardons-nous de le comparer aux créatures , et de le juger à leur mesure : nous ne pourrions que nous égarer et manquer au respect que nous lui devons.

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