‹ Histoire acadeḿique du magnétisme animal, accompagneé de notes et de remarques critiques. Sur toutes les observations et expeŕiences faites jusqu'a ce jourChapitre 118 sur 123 · MONSIEUR LE PRÉSIDENT · texte numérisé non relu

MONSIEUR LE PRÉSIDENT

» Etant parvenu à produire une expérience qui me semble de nature à juger sans retour, sinon la question du magnétisme animal, du moins celle qui se rapporte aux phénomènes de la vision à travers les Corps opaques, je me fais un devoir de proposer à l’académie l'examen de cette expérience. |

» [s’agit d’une ef même de deux somnambules lisant à travers les parois d’une boîte de carton et méme de bois, la seule condition indispensable au succès de l’expérience étant que la direction des lettres enfermées dans la boîte soit préalablement désignée. | |

» J’ose espérer, M. le président, 'que lecture sera faite de cette lettre à la première réunion de l'académie, et qu'aucun de vos honorables collègues ne refusera son adhésion à l’examen d’un fait important etdont les conséquences peuvent être d’ un immense intérêt pour la science et l'humanité.

» Agréez, etc.

» Signé TESTE. »

P. 8. La lucidité des somnambules étant un phénomène inconstantet souvent éphémère, je ne puis m’engager à fournir les résultats que j’annonce au delà de samedi prochain; encore faudra-t-il que MM. les commissaires s’accommodent des heures précises indiquées par ma somnambule.

Et M. Teste avait raison d'espérer qu'aucun des membres de l'académie ne refuserait son adhésion à l'examen en question. Pourquoi a-t-on parfois refusé une adhésion, sinon parce que les magnétiseurs après avoir dit : Vous rendrez nos somnambules momentanément aveugles, arrivaient avec des prétentions sur la largeur du bandeau, sur la position des objets, etc., et voulaient faire dégénérer l'examen en un véritable jeu de Colin-maillard, Donc on s’y refusait, et alors les magnétiseurs de s’écrier que les commissaires craignant qu'il n’y eût réellement vision sans lesecours des yeux, ne voulaient pas se donner un démenti et reculaient devant l'expérience. La proposition de M. Teste, adoptée avec empressement, a prouvé qu’on est tout aussi désireux que qui que ce soit de voir ces prétendus phénomènes de vision sans le secours des yeux.

M. Teste n’y mettait qu’une condition, et en vérité elle était bien simple : dire à sa somnambule en quel sens étaient dirigées les lettres ! C’est qu’aussi il était impossible dans ce cas de poser des conditions qui fussent inadmissibles.

En effet, il n’y avait plus à discuter sur rien ; on devait tout accorder; ainsi lasomnambule placera la boiteabsolument comme elle l’entendra, et à telle distance qu’elle voudra ; sur ses genoux, Ou directement en haut ou en bas ; tout près de ses yeux largement ouverts, si cela lui plaît ; ou à la distance dite normale. Quant à la boîte, elie sera de telle matière qu’elle souhaitera, si ce n’est en verre bien transparent. Elle sera en velours de soie noire, si comme M. Pigeaire elle prétend que la soie seule est perméable au fluide magnétique; On lui donnera toutes les indications qu’elle exigera sur la dimension des caractères, leur direction, etc., etc.; bref, nous le répétons, il était impossible de ne pas s'entendre avec des somnambules de cette force; aussi au jour fixé par M. Teste, c’est-à-dire le 5 septembre 1840, la commission fut exacte au rendez-vous. Il était dit dans chaque lettre d'invitation que le phénomène aurait lieu à sept heures précises du soir; la somnambule avait positivement fixé cette heure ; On avait même ajouté que passé ce moment le phénomène pourrait ne plus se reproduire; donc il fallait être rendu à sept heures très-précises chez M. Teste,

Les commissaires étaient invités en même temps à àppor-

628 HISTOIRE ACADÉMIQUE ter une boîte en carton avec quelques lignes imprimées en caractère Cicéro. |

Bien que l’un de nous, en qualité de commissaire, ait assisté à cette séance , nous emprunterons le récit qui va suivre au Bulletin officiel de l'académie. M. Double, comme président, s'était chargé de faire à l'académie un rapport verbal; il Pa fait dans la séance du 8 septembre, avec une lucidité, une précision et une exactitude admirables ; le bulletin rapporte ses propres paroles, nous ne saurions donc mieux faire que de nous borner à cette Citation :

« À sept heures moins un quart, dit M. Double, la commission composée de MM. Husson, Louis, Chomel, Gérardin, Dubois (d'Amiens) et Double, était rassemblée dans le salon de M. le docteur Teste, qui la reçut avec toute l’urbanité désirable.

» M. Teste nous montra dès l’abord sur une table ronde placée au milieu du salon , une boîte en carton et plusieurs fragments d’écritures et de caractères imprimés.

» Le président de la commission déclara que d’après l’invitation qu’il en avait reçue au nom de M. Teste lui-même, il s'était muni de boîtes en carton et en bois de grandeurs différentes et toutes contenant des fragments d’imprimés en beaux caracières, et qu’il désirait que l’on ne fit usage que d’une de ses boîtes. Deux de ces boîtes, de la grandeur du format in-4° environ, contenaient chacune une page d'impression même format, toujours en caractère cicéro. Ces deux-là furent mises de côté comme trop grandes. Une troisième boîte en carton itrès-petite renfermait une seule ligne et cinq à six mots, vingtcinq lettres environ, imprimés en petites capitales.M.Teste avait adopté celle-là. Plusieurs membres de la commission la repoussèrent, comme troppetiteet ne contenant pas d’ailleurs le caractère cicéro demandé. M. Teste et la commission adoptèrent unanimement une boîte en carton carrée, étroite, longue, ayant cent soixante-cinq millimètres de longueur et cinquante millimètres de largeur. Du texte caractère cicéro était placé à plat et libre dans la boîte, laquelle était d’ailleurs scellée par deux petites bandes de papier cacheté aux deux extrémités.

» M. Teste introduisit la somnambule dans le salon. C’est une jeune femme brune, et d’ailleurs de figure et de tournure agréables. Après lavoir placée sur une chaisé dans un angle du

DU MAGNÉTISME ANIMAL, 629 salon, les membres de la commission étant assis à une petite distance de la somnambule, mais de manière à suivre (ous ses mouvements, celle-ci fut magnétisée par M. Teste à l’aide d’une vingtaine de passes ; aussitôt il la déclara en Somnambulisme, et il lui remit la boîte choisie qu’il reçut immédiatement des mains du président de la Commission, lequel avait indiqué, d’après la demande qui en avait été faite, la direction des li gnes et des lettres sur le fragment de papier imprimé contenu dans la boîte. Peu après, M. Teste demanda à la somnambule si elle pourrait lire dans l'intérieur de la boite; elle répondit affirmativement. Il lui demanda dans combien de temps elle croyait pouvoir lire; elle répondit : Dans dix minutes ; et tout cela avec une assurance et une conviction vraiment effrayantes.

» Cependant la somnambule regardait la boîte, la remuait et la retournait entre ses mains. Dans ses mouvements elle déchira une des bandes qui servaient à sceller la boîte. La remarque en fut faite, et sous ce rapport les choses n’ont pas été poussées plus loin.

» L’embarras de la somnambule paraissait aller toujours croissant; elle se consumait vainement en efforts, en apparence du moins très-fatigants. La longueur des lignes (c’étaient des vers) ne remplissait pas toute la longueur de la boîte : il y avait un assez grand espace de papier blanc, et c’est sur cet espace libre que se portaient surtout l'attention et les doigts de la somnampbule, qui semblait vouloir épeler sur un point où il n’y avait point de lettres. Elle avait annoncé pouvoir lire en dix minutes ; une demi-heure, une heure même s'était écoulée ainsi. Le magnétiseur demanda à ia somnambule combien de lignes il ÿ avait dans la boîte. Elle dit qu'il v en avait deux : il la pressa de lire ; elle annonça qu’elle voyait le mot nous, et plus tard ie mot sommes ; nous sommes. Enfin la somnambule ayant déclaré qu’elle ne pouvait en lire davantage, la boîte fut retirée de ses mains; le magnétiseur fit cesser le sommeil magnétique, et la somnambule quitta immédiatement le salon.

» La boîte fut ouverte aussitôt en présence de M. Teste; la fragment de papier imprimé qu’elle renfermait contenait les six vers suivants , extraits du discours de Marius, imité de Salluste , dans la Guerre de Jugurtha ; par M. le vicomte Leprevost

dIray, membre de lInstitut, académie des inscriptions et belles-lettres :

Encore un mot, Romains, tout est mûr pour la gloire, Ma dernière parole est un cri de victoire ;

Nos succès fussent-ils différents ou douteux,

S’arrêter est fatal, reculer est honteux.

Choisissez ; Rome libre ou la patrie esclave.

La mort, effroi du lâche, est la palme du brave.

» On le voit donc, la boîte ne contenait pas deux lignes, mais six vers ; et dans ces six vers il n’y avait ni nous, ni sommes.L’expérience a donc complétement échoué.

» Ici se termine le compte rendu de la séance de la commission.

» L’académie me permettra , dit M. Double, d'ajouter une réflexion : il est, je crois, de la dignité de l'académie de mettre un terme à toutes ces demandes d'expériences des magnétiseurs et qui manquent constamment. L'académie de médecine à aussi ses questions de mouvement perpétuel et de quadrature du cercle dont elle doit désormais refuser de s'occuper.

» Je propose qu’à l’avenir il ne soit plus répondu aux demandes de cette nature, et que l'académie s’abstienne. » (Bulletin de l’acad., tome vi, p. 22, 23, 24 et 25.) |

L’académie demandait à voter par acclamation et allait approuver la proposition de M. Double, lorsque M. Mérat fit observer que les délais fixés pour le prix Burdin expiraient au 4° octobre, c’est-à-dire dans trois semaines environ, Il fut alors bien entendu que la proposition de M. Double ne serait en vigueur qu’à partir du 4° octobre 1840.

Déjà en d’autres temps cette proposition avait été faite par M. Bouillaud, mais elle était devenue éminemment opportune à l'expiration du temps fixé pour le prix ; aussi a-t-elle été accueillie avec empressement par l’académie. Depuis cette époque on peut dire que l’histoire académique du magnétisme animal a été close, du moins en ce qui concerne l’académie royale de médecine ; lorsqu’en effet quelque nouvelle proposition arrive de la part des magnétiseurs, le bureau traite ces

DU MAGNÉTISME ANIMAL, 631 propositions absolument comme le bureau de l'académie des sciences traite les propositions relatives au mouvement perpé-

tuel et à la quadrature du cercle, velut ægri somnia, et il n’en est plus question.

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