MESMER
Cette lettre était fort adroite, et pouvait engager la société de la manière la plus grave; Mesmer semble avoir tout à fait oubiié les conditions que lui avait imposées la société, savoir, de soumettre préalablement ses malades à l'examen de ses commissaires, afin de s'assurer de la réalité de la maladie et des effets du prétendu traitement : Mesmer les invite tout simplement à assister à ses cures, il sera tout disposé à les recevoir ! Et pourquoi? est-ce pour constater aveuglément et de confiance des effets thérapeutiques ? mieux que cela, pour reconnaître un principe dont Mesmer à annoncé l'existence!
La société n’eut garde de se laisser entraîner comme le voulait Mesmer; voici la réponse qu’elle lui fit par l'intermédiaire de son secrétaire : elle est courte, mais péremptoire.
«M. Vicq-d’Azyr, secrétaire perpétuel de la société royale de médecine, à M. Mesmer.
» 27 août 14778.
» Jai communiqué, monsieur, la lettre que vous m'avez écrite, à la société royale de médecine. Cette compagnie, qui n'a eu aucune Connaissance de l’état antérieur des malades soumis à votre traitement, ne peut porter aucun jugement à cet égard.
» J'ai l’honneur d’être, etc.
» VIcQ-D’AZYR. »
C'est ainsi que se terminèrent les premières relations de Mesmer avec la société royale de médecine. On voit quelle a été la loyauté, la modération dont cette compagnie a usé en-
- DU MAGNÉTISME ANIMAL. 13 vers un étranger qui, précédé d’une réputation équivoque, chassé de son pays, s’en vient, contre les lois existantes, ouvrir publiquement en France des cabinets de traitement : loin de s’opposer à toutes ces menées, loin de réclamer auprès de l'autorité, comme elle en avait le droit (et c'était un devoir pour elle), cette société, à sa première demande, nomme une commission, et elle ne se croit obligée de rompre toute relation avec ce thaumaturge, qu'après avoir acquis la conviction qu'il n'avait d'autre intention que de l’entraîner dans de fausses démarches, que de la déconsidérer dans le monde savant, et d’user enfin de sa garantie pour augmenter le nombre de ses dupes.
Parlons maintenant des relations de Mesmer avec l’ancienne faculté de médecine.
Disons d’abord que si l'académie des sciences et la société royale de médecine conservèrent l'avantage de rester dans une ligne essentiellement scientifique, il n’en fut pas de même de la faculté; celle-ci eut le grand tort, l'immense tort de vouloir juger les faits annoncés par Mesmer sans se donner la peine de les examiner préalablement : dans le premier cas, C’est Mesmer qui recule devant l'examen des hommes éclairés ; dans le second c’est le corps savant qui se refuse à tout examen.
Ge qui avait tout d’abord indisposé la faculté contre Mesmer, ce qui Pavait indignée, c'était ce qu’elle regardait comme une défection de la part d’un de ses docteurs-régents, de Deslon ; mais la société royale de médecine n’avait-elle aucun grief de son côté? ses priviléges n’avaient-ils pas été ouvertement violés par Mesmer? Tout remède, pour être préconisé en public, devait, au terme des lois existantes, être approuvé par cette société, et cependant Mesmer, tout étranger qu’il était, à peine arrivé à Paris, avait institué publiquement ses procédés, ses moyens de traitement, et, sans le moindre empêchement de la part de l'autorité , il percevait de larges rétributions. Mais revenons à ce qui concernela faculté de médecine ; Deslon était médecin du comte d'Artois, ilappartenait comme docteur-régent à la faculté de médecine. Enthousiaste de Mesmer, il résolut de convoquer extraordinairement une assemblée de professeurs, et d'y faire des propositions pour l'examen du magnétisme animal; mais ce même jour Deslon fut accusé publiquement par
Vauzèmes 4° de s’être associé au charlatanisme de Mesmer; 9° d’avoir insulté les corps savants; 3° d’avoir abjuré la doctrine de l’école, adopté des principes contraires à la saine médecine. Ainsi la faculté, au lieu d'entendre les propositions d’un de ses membres, le met immédiatement en accusation, et pourquoi ?
Les trois chefs d'accusation se réduisaient à un seul, ce-
lui de s'être associé au charlatanisme de Mesmer ; mais, avant
tout, ce charlatanisme restait à prouver, et préalablement il fallait examiner s’il y avait ou non charlatanisme de la part de Mesmer. |
Examinons successivement quelles étaient les propositions faites à la faculté par Deslon, qui n’était ici que FR OREPARRe de Mesmer.
4° Solliciter l'intervention du gouvernement.
Cette proposition devait être rejetée, ou du moins elle ne devait être que subsidiairement adoptée; avant de faire intervenir le gouvernement, il aurait fallu en effet s'assurer de la réalité des faits, puisqu'il aurait pu se faire que ces faits n’eussent aucune espèce de réalité.
2° Faire choix de vingt-quatre malades, dont douze réservés pour être traités par les méthodes ordinaires ; les douze autres serarent
rernis à l'auteur ,qui les traiterait suivant sa méthode particulière.
Cette proposition pouvait être rendue acceptable avec les réserves et les précautions qu’elle aurait naturellement-exigées dans son application ; mais la cinquième proposition (nous ne parlons pas de la troisième et de la quatrième , qui réglaient des formes peu importantes ) devait être modifiée, la voici :
5’ Pour éviter toute discussion ultérieure et toutes les excepüons d’âges, de tempéraments, de maladies, de leurs symptômes, la répartition des malades se ferait par la voie du sort (le reste règle l'examen comparatif des maladies).
Mais le sort n'aurait fait éviter aucunede ces exceptions; loin de là, il aurait pu mettre d’un seul côté toutes les chances défavorables ; on aurait dû au contraire chercher à grouper des maladies présentantdes conditions semblables autant que possible. Ainsi, en mettant de côté toutes les affections morales comme équivoques, on aurait pu choisir, par exemple, six beaux cas de péritonite, autant de pneumonies, autant d’ophthalmies,
RS
DU MAGNÉTISME ANIMAL. 415 d’érysipèles, de teignes faveuses, de scrofules bien caractérisées, et les partager en deux séries égales , l’une pour être soumise au traitement de Mesmer, l’autre aux traitements ordinaires; il est évident que alors Deslon aurait pu entrer en accommodement et adopter ces conditions.
La sixième proposition statue sur les dépenses qui auraient dû être faites.
La septième proposition était inadmissible. Sous le prétexte d'éviter toute inculpation d'intelligence ou de connivence, Deslon voulait que les personnes préposées par le gouvernement pour l'examen comparatif des malades ne fussent prises dans aucun corps de médecins!
Qu'est-ce qu’un examen corinaratit de maladies fait par des personnes étrangères à la médecine?
Et que penser d’un médecin qui tout d’abord récuse en masse ses confrères, et veut faire examiner comparativement les effets des traitements par les gens du monde ?
Quoi qu’il en soit, il fallait discuter les propositions faites par Deslon ; c’est ce que la faculté ne voulut pas faire; elle préférait prononcer par un arrêt en forme contre Deslon et rejeter les propositions de Mesmer.
Au reste, voici quelles étaient ces fameuses propositions de Mesmer; il les avait réduites à vingt-sept; suivant lui, elles renfermaient l'essence de sa doctrine; il fallait les méditer, les admirer, maïs non les examiner.
I. Il existe une influence naturelle entre les corps célestes, la terre et les corps animés.
IL. Un fluide universellement répandu et continué de manière à ne souffrir aucun vide, dont la subtilité ne permet aucune Comparaison, et qui de sa nature est susceptible de recevoir, propager et communiquer toutes les impressions du mouvement, est le moyen de cette influence.
IH. Cette action réciproque est soumise à des lois mécaniques, inconnues jusqu’à présent.
IV. Il résulte de cette action des effets alternatifs, qui peuvent être considérés comme un flux et reflux.
V. Ce flux et reflux est plus ou moins général, plus ou moins particulier, plus ou moins composé, selon la nature des causes qui le déterminent.
VI. C’est par cette opération (la plus universelle de celles que la nature nous offre) que les relations d’activité s’exercent entre les corps célestes, la terre et ses parties constitutives.
VII. Les propriétés de la matière et des corps organisés dépendent de cette opération.
VIII. Le corps animal éprouve les effets alternatifs de cet agent, et C'est en s’insinuant dans la substance des nerfs qu’il les affecte immédiatement.
IX. 11 se manifeste, particulièrement dans le corps humain, des propriétés analogues à celles de l’aimant : ‘on y distingue des pôles également divers et opposés, qui peuvent être communiqués, changés, détruits et renforcés. Le phénomène même de l'inclinaison y est observé. F
X. La propriété du corps animal, qui le rend susceptible de l'influence des corps célestes et de l’action réciproque de ceux qui l’environnent, manifestée par son analogie avec l’aimant m'a déterminé à là nommer magnétisme animal.
XI. L'action et la vertu du magnétisme animal, ainsi caractérisées, peuvent être communiquées à d’autres corps animés et inanimés ; les uns et les autres en sont cependant plus ou moins susceptibles.
XII. Cette action et cette vertu peuvent être renforcées et propagées par ces mêmes corps.
XII. On observe à l’expérience l’écoulement d’une matière dont la subtilité pénètre tous les Corps, sans perdre notablement de son activité.
XIV. Son action a lieu à une distance éloignée, sans le secours d'aucun corps intermédiaire.
XV. Elle est augmentée et réfléchie par les glaces comme la première.
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