EXPOSITION DE LA DOCTRINE DU MAGNÉTISME ANIMAT
L'agent (1) que M. Mesmer prétend avoir découvert, qu’il a fait connaître sous le nom de magnétisme animal , est, comme il le caractérise lui-même et suivant ses propres paroles , « un fluide universellement répandu; il est le moyen d’une influence mutuelle entre les corps célestes , la terre et les corps animés ; il est continué de manière à ne souffrir aucun vide; sa subtilité ne permet aucune comparaison ; il est capable de recevoir, propager, communiquer toutes les impressions du mouvement; il est susceptible de flux et de reflux. Le corps animal éprouve les effets de cet agent, et c’est en s’insinuant dans la substance des nerfs qu’il les affecte immédiatement. On reconnaît particulièrement dans le corps humain des propriétés analogues à celles de l’aimant (2); on y distingue des pôles également divers et opposés. L'action et la vertu du magnétisme animal peuvent être communiquées d’un corps à d’autres corps animés et inanimés : cette action a lieu à une distance éloignée, sans le secours d'aucun corps intermédiaire ; elle est augmentée, réfléchie par les glaces, communiquée, propagée, augmentée par le son; cette vertu peut être accumulée , concentrée, transportée. Quoique ce fluide soit universel, tous les corps animés n’en sont pas également susceptibles ; il en est même, quoique en très-petit nombre, qui ont une propriété si opposée, que leur seule présence détruit tous les effets de ce fluide dans les autres Corps (3).
(4) Comme le docteur Deslon n’était en quelque sorte que le substitut de Mesmer , pour procéder avec méthode et avec exactitude, les commissaires devaient remonter à Mesmer lui:même, et luiemprunter textuellement lexposition de sa doctrine.
(2) Cettehypothèse, dont l'invention d’ailleurs n’appartient pas à Mesmer, lui avait été suggérée par l'effet des plaques aimantées du père Hell ; mais ses idées étaient peu arrêtées à ce sujet, car tantôt il trouvait une lidentité remarquable entre les deux espèces de magnétisme, et tantôt il niait touteanalogie.
(5) Contradiction évidente dans sa propre théorie ; d’après ses premières assertions, le fluide universel aurait pénétré tous les corps sans exception, et au-
» Le magnétisme animal (1) peut guérir immédiatement les maux de nerfs, et médiatement les autres; il perfectionne l’action des médicaments; il provoque et dirige les crises salutaires, de manière qu'on peut s’en rendre maître ; par son moyen, le médecin connaît l’état de santé de chaque individu, et juge avec certitude l’origine, la nature et les progrès des maladies les plus compliquées ; il en empêche l’accroissement et parvient à leur guérison, sans jamais exposer le malade à des effets dangereux ou à des suites fâcheuses, quels que soient l’âge, le tempérament et le sexe (a). La nature offre dans le magnétisme un moyen universel de guérir et de préserver les hommes (b) (2). »
Tel est l’agent que les commissaires ont été chargés d’examiner, et dont les propriétés sont avouées par M. Deslon, qui admet tous les principes de M. Mesmer (3). Cette théorie fait Ja base d’un mémoire qui à été lu chez M. Deslon, le 9 mai, en présence de M. le lieutenant général de police (4) et des commissaires. On établit dans ce mémoire qu’il n’y à qu’une nature, une maladie, un remède ; et ce remède est le magnétisme animal. Ce médecin, en instruisant les commissaires de la doc-
rait suscité tous leurs phénomènes; ici, il y a des corps réfractaires, répulsifs même.
(1) C’est le côté pratique du magnétisme animal; après la théorie vient l'application ; mais, dans les deux cas, on ne trouve qu’une série d’assertions, d'annonces pompeuses, dont les commissaires n'étaient pas hommes à se contenter , eux qui avaient consumé leurs veilles, qui s'étaient livrés à tant de travaux pour arracher à la nature quelques vérités.
(a) Mémoire de Mesmer sur la découverte du magnétisme animal, 4779, pages 74 et suivantes.
() Ibid. Avis au lecteur, page vi.
(2) Ainsi, conclusion générale, l'hygiène et la médecine sont des sciences vaines et inutiles ; le magnétisme animal en dispense complétement.
(3) Quoique d’abord en dissidence avec Mesmer, on voit qu'après le départ de celui-ci Deslon s'était complétement rallié aux principes de Mesmer ; seu— lement les desloniennes n'avaient pas encore voulu se rapprocher des mesmériennes.
(4) Le lieutenant de police , à raison de ses attributions , était présent à cette conférence ; il posa même à Deslon la question suivante : « La pratique du magnétisme est-elle sans danger pour les mœurs? » Deslon avoua franchement qu’on pouvait en abuser,
DÜ MAGNÉTISME ANIMAL. 29 trine et dés procédés du magnétisme, leur en a enseigné la pratique, en leur faisant connaître les pôles, en leur montrant la manière de toucher les malades et de diriger sur eux ce fluide magnétique (1).