EXPÉRIENCES DES COMMISSAIRES SUR DIFFÉRENTS SUJETS
Ils se sont proposé de faire des expériences sur des sujets isolés, qui voulussent bien se prêter aux expériences variées qu’on pourrait imaginer ; et qui les uns par leur simplicité, les autres par leur intelligence, fussent capables de rendre un compte fidèle et exact de ce qu’ils auraient éprouvé. Ces expériences ne seront point présentées ici suivant l’ordre des temps, mais suivant l’ordre des faits qu’elles doivent éclaircir (2).
LES COMMISSAIRES VEULENT FAIRE LA PREMIÈRE SUR EUX-MÊMES » PRÉCAUTIONS QU'ILS ONT CRUES NÉCESSAIRES.
Les commissaires ont d’abord résolu de faire sur eux-mêmes leurs premières expériences, et de se soumettre à l’action du magnétisme. Ils étaient très-curieux de reconnaître par leurs propres sensations les effets annoncés de cet agent. Ils se sont donc soumis à ces effets, et avec une résolution telle, qu’ils n'auraient point été fâchés d’éprouver des accidents et un dérangement de santé, qui, bien reconnu pour être un effet certain du magnétisme, les aurait mis à même de résoudre sur-lechamp et par leur propre témoignage cette question impor-
(1) La question se trouvait ainsi parfaitement posée; ce n’est pas dans les phénomènes incertains et équivoques qu'on observe dans le cours des maladies, phénomènes dont il est toujours si difficile, souvent même impossible de pénétrer les causes ; ce n’est pas dans ces phénomènes qu’il fallait chercher les preuves de l'existence du magnétisme , mais dans des faits à la fois physiques évidents, bien appréciables et instantanément produits, de telle sorte que le rapport entre l’effet et la cause fût hors de doute; c’est là ce que demandaient les commissaires, et pour y arriver il fallait se livrer à des expériences. |
(2) Ces expériences faites sur des sujets isolés, et non sur la foule turbulente placée autour des baquets, devaient être bien plus coneluantes; puis les commissaires, en commençant par expérimenter sur eux-mêmes, allaient se placer
dans les meilleures conditions pour rendre compte des effets que devait produire le magnétisme animal,
tante(1). Mais, en se soumettant ainsi au magnétisme, les commissaires Ont usé d’une précaution nécessaire. Il n’y à point d'individu, dans l'état de la meilleure santé, qui, s’il voulait s’écouter attentivement, ne sentît au dedans de lui une infinité de mouvements et de variations, soit de douleur infiniment légère, soit de chaleur dans différentes parties de son COrPS ; ces variations qui ont lieu dans tous les temps sont indépendantes du magnétisme, Il n’est peut-être pas indifférent de porter et de fixer ainsi sur soi son attention. Il y a tant de rapports, quel qu’en soit le moyen, entre la volonté de l’âme et les mouvements du Corps, qu’on ne saurait dire jusqu’où peut aller l'influence de l’attention , qui ne semble qu’une suite de volontés dirigées constamment sans interruption vers le même objet. Quand on considère que la volonté remue le bras comme il lui plaît, doiton être sûr que l’attention, arrêtée sur quelque partie du corps, ne peut y exciter de légers mouvements, y porter de la chaleur, et en modifier l’état actuel de manière à y produire de nouvelles sensations ? Le premier soin des commissaires a dû être de ne se pas rendre trop attentifs à ce qui se passait en eux (2). Si le magnétisme est une cause réelle et puissante, elle n’a pas besoin qu'ils y pensent pour agir et pour se manifester : elle doit pour
(1) On conçoit parfaitement ces dispositions de la part des commissaires sil estiout naturel, quand on se soumet à des expériences et surtout quand il s’agit d'effets aussi étranges, il est naturel de désirer, même au prix d’un léger dérangement dans sa santé, d’éprouver ces sortes d'effets; au reste, ceci annonce combien les commissaires étaient de bonne foi et combien ils avaient d’impartialité.
(2) Précaution importante en effet; on ne saurait croire à quel point une attention soutenue et concentrée vers un organe en particulier ou vers un ordre de fonctions dans l’économie peut y apporter de modifications, de troubles même en certains cas ; que cette attention se concentre sur l’un des sens, par exemple, elle exalte, elle en fausse pour ainsi dire le mode de sensibilité ; c’est le point de départ, la cause efficiente de la plupart des hypocondries ; il n’en faut pas davantage pour amener des hallucinations ; l’attention réveille dans les organes des sensations jusque-là inconnues ; il faut donc de la part de celui qui s'observe un degré d'attention tel que d’un côté il ne donne point lieu lui-même à des sensations anormales, et tel que d'un autre côlé il puisse se rendre compte de celles qu’un agent étranger pourrait provoquer.
ainsi dire forcer, fixer leur l'attention, et se faire apercevoir d’un esprit distrait même à dessein.
Mais, en prenant le parti de faire des expériences sur euxmêmes, les commissaires ont unanimement résolu de les faire entre eux, sans y admettre d'autre étranger que M. Deslon pour les magnétiser, ou des personnes choisies par eux; ils se sont également promis de ne point magnétiser au traitement public, afin de pouvoir discuter librement leurs observations, et d’être dans tous les cas les seuls ou du moins les premiers juges de ce qu’ils auraient observé (1).