‹ Histoire acadeḿique du magnétisme animal, accompagneé de notes et de remarques critiques. Sur toutes les observations et expeŕiences faites jusqu'a ce jourChapitre 54 sur 123 · DOUZIÈME EXPÉRIENCE : CET EFFET VA JUSQU’A FAIRE PERDRE LA PAROLE · texte numérisé non relu

DOUZIÈME EXPÉRIENCE : CET EFFET VA JUSQU’A FAIRE PERDRE LA PAROLE

L'imagination pour agir puissamment à souvent besoin que l’on touche plusieurs cordes à Ja fois, L’imagination répond à tous les sens ; sa réaction doit être proportionnée et au nombre de sens qui l’ébranlent, et à celui des sensations reçues : C’est ce que les commissaires ont reconnu par une expérience dont ilS vont rendre compte. M. Jumelin leur avait parlé d'une demoiselle, âgée de vingt ans , à qui il a fait perdre la parole par le pouvoir du magnétisme : les commissaires ont répété cette expérience chez lui ; Ia demoiselle a consenti à s’y prêter et à se laisser bander les yeux.

On à d’abord tâché d'obtenir le même effet sans la magnétiser ; mais, quoiqu'’elle ait senti ou cru sentir des effets du magnétisme, On n’a pu parvenir à frapper assez son imagination pour que l'expérience réussit. Quand on l’a magnétisée réellement, en lui laissant les yeux bandés, on n’a pas eu plus de succès. On lui a débandé les yeux; alors FPimagination a été ébranlée à la fois par la vue et par l'ouïe, les effets ont été plus marqués; mais quoique la tête commençât à s’'appesantir, quoiqu'elle sentit de l'embarras à la racine du nez, et une grande partie des symptômes qu’elle avait éprouvés la première fois, cependant la parole ne se perdait pas. Elle a observé elle-même qu’il faflait que la main qui la magnétisait au front descendit vis-à-vis du nez, se souvenant que la main était ainsi placée lorsqu'elle a perdu la voix. On a fait ce qu’elle demandait , @t en trois quarts de minute, elle est devenue muette ; on n’entendait plus que quelques sons inarticulés et sourds, malgré les efforts visibles du gosier pour pousser le son, et ceux de la langue et des lèvres pour Particuler. Cet état a duré seulement une minute : on voit que, se trouvant précisément dans les mêmes circonstances , la séduction de l'esprit et son effet sur les organes de Ia voix ont été les mêmes. Mais ce n’était pas

assez que la parole Pavertit qu’elle était magnétisée, il à fallu que la vue lui portât un témoignage plus fort et plus capable d’ébranler , il a fallu encore qu’un geste déjà connu réveillât ses idées. Il semble que cette expérience montre merveilleusement Comment l'imagination agit, se monte par degrés, et a besoin de plus de secours extérieurs pour être plus efficacement ébranlée (1).

LE KEGARD SERT A FRAPPER L'IMAGINATION. — TREIZIÈME EXPÉRIENCE , QUI PROUVE GET EFFET DU REGARD.

Ce pouvoir de la vue sur l'imagination explique les effets que la doctrine du magnétisme attribue au regard. Le regard a éminemment la puissance de magnétiser; les signes, les gestes employés ne font communément rien, a-t-on dit aux com-= missaires, que sur un sujet dont on s’est précédemment emparé, en lui jetant un regard. La raison en est simple ; c’est dans les veux, où sont déposés les traits les plus expressifs des passions, C’est là que se dépioie tout ceque le caractère a de plus imposant et de plus séducteur (2). Les yeux doivent donc avoir un grand pouvoir sur nous ; mais ils n’ont Ce pouvoir que parce qu'ils ébranlent l’imagination, et d’une manière ou plus ou moins exagérée suivant la force de cette imagination. C’est donc au regard à commencer tout l’ouvrage du magnétisme ; et l'effet en est si puissant, il a des traces si profondes, qu’une femme nouvellement arrivée chez M. Deslon, ayant rencontré en sortant de crise les regards d’un de ses disciples qui la magnétisait, le fixa pendant trois quarts d'heure. Elle a été longtemps poursuivie par ce regard; elle voyait toujours devant elle ce même œil attaché à la regarder ; et elle l’a porté constamment dans son imagination pendant trois jours, dans le

(1) Cette expérience semble aussi montrer que la demoiselle ne voulait commeltre aucune erreur; qu’il lui fallait comme signal de son mutisme et la voix el le geste visible de son magnétiseur ; à vrai dire, cette expérience ne prouve absolument rien,

(2) Il y a encore une autre raison bien simple: c'est que le regard échangé entre le magnétiseur el son sujet constitue par-dessus tout un moyen infaillible de connivence et d'intelligence pour la réussite de leurs expériences.

sommeil Comme dans la veille, On voit tout ce que peut produire une imagination capable de conserver si longtemps la même impression, c’est-à-dire, de renouveler elle-même et par sa propre puissance, la même sensation pendant trois jours.

CES EXPÉRIENCES SONT UNIFORMES ET DÉCISLVES ; ELLES PROUVENT QUE L'IMAGINA= TION SUFFIT POUR PRODUIRE LES EFFETS ATTRIBUÉS AU MAGNÉTISME.

Les expériences qu’on vient de rapporter sont uniformes el sont également décisives; elles autorisent à conclure que Pimagination est la véritable cause des effets attribués au magnétuisme (1). Mais les partisans de ce nouvel agent répondront peut-être que l'identité des effets ne prouve pas toujours l’identité des causes. Ils accorderont que l'imagination peut exciter ces impressions sans magnétisme; mais ils soutiendront que lé magnétisme peut aussi les exciter sans elles. Les COoMmissaires détruiraient facilement cette assertion par le raisonnement et par les principes de la physique : le premier de tous est de ne point admettre de nouvelles causes, sans une nécessité absolue. Lorsque les effets observés peuvent avoir été produits par une cause existante, et que d’autres phénomènes ont déjà manifestée, la saine physique enseigne que les effets observés doivent lui être attribués ; et, lorsqu'on annonce avoir découvert une Cause jusqu'alors inconnue, la saine physique exige également qu’elle soit établie, démontrée par des effets qui n'appartiennent à aucune cause connue, et qui ne puissent ètre expliqués que par la cause nouvelle. Ce serait donc aux partisans du magnétisme à présenter d’autres preuves, et à chercher des effets qui fussent entièrement dépouil'és des illusions de l'imagination. Mais comme les faits sont plus démonstratifs que le raisonnement, et ont une évidence qui frappe davantage, les commissaires ont voulu éprouver par l’expé-

(1) I y a une troisième hypothèse, peu évidente dans les expériences faites par Deslon, mais qui le deviendra bien davantage quand il s'agira d’autres magnétiseurs, ou, si l’on veut, quand il s’agira d’autres sujets ; c’est la supercherie, la simulation des effets ; ainsi il y aura à déméler ce qui pourrait être rapporté au magnétisme, à l’imagination et à la simulation,

10 HISTOIRE ACADÉMIQUE riencé, ce que sérait le magnétisme lorsque l'imagination fa: girait pas.

QUATORZIÈME EXPÉRIENCE, QUI PROUVÉ QUE LÉ MAGNÉTISME NÉ PRODUIT RIEN SANS L’IMAGINATION.

On a disposé dans un appartement deux pièces contiguës et unies par une porte de communication. On avait enlevé la porte, et on lui avait substitué un châssis, couvert et tendu d’un double papier. Dans l’une de cës pièces était un dés commissaires pour écrire tout ce qui se passerait , et une damië annoncée pour étre de province, et pour avoir du linge à faire travaillér. On avait mandé la demoiselle B.., ouvrière eh linge, déjà emplo“éé dans les expériences de Passy, et dont on connaissait là sensibilité au magnétisme. Lorsqu'elle est'arrivée, tout était arrangé de manière qu’il n’y avait qu'un seul siégé où elle pût s'asseoir, et ce siége était placé dans l’embrasuyre de la porte de communication où elle S’est trouvée comme dans uñe niche.

Les coïnmissaires étaient dans l’autre pièce, et l’üun d'eux, médecin, exercé à magnétiser, ét ayant déjà pr oduit des éffets, a été chargé de magnétiser la demoiselle B... à travers le châssis dépapiér. C’est un principe (1) de la théorie du magnétisme, que Cet agent passe à travers les portes dé bois, les murs, etc. Un châssis de papier né pouvait lui faire obstacle; d’ailleurs M. Deslon à établi positivement que le magnétisme passe à travers le papier ; ét la demoiselle B... était DRE comme si elle eût été à découvert et en sa présence.

Elle l’a été en effet, pendant une demi-heüre, à un pied et demi de distance à pôles opposés, en suivant toutes les règles enseignées par M. Deslon, ét que les commissaires ont vu pratiquer chez lui. Pendant tout ce temps, la demoiselle B... a fait gaiement la convérsation; interrogée sur sa santé, elle à répondu librement qu’elle se portait fort bien : à Passy, elle est tombée en crise au bout de trois minutes ; ici elle a supporté le magnétisme sans aucun effet pendant trente minutes, Cestqu’ici elle -‘ignorait être D are et qu'à Passy elle croyait Sa On

(4) Principe dont l’uñ de nous, comme commissaire, a vü aüssi . des applications; on en dira plus tard les résultats.

voit donc que l’imagination seule produit tous les effets atcribués au magnétisme ; et lorsque l’imagination n’agit pas , il n'y a plus d’effets (1).

QUINZIÈME EXPÉRIENCE, QUI PROUVE QUE L'IMAGINATION AGIT POUR PRODUIRE DES GRISES.

On ne peut faire qu’une objection à cette expérience; c’est que la demoiselle B... pouvait être mal disposée, et se trouver moins sensible dans ce moment au magnétisme. Les commissaires ont prévu l’objection, et ontfaiten conséquence l'expérience suivante. Aussitôt qu’on à cessé de magnétiser à travers le papier, le même médecin-commissaire a passé dans l’autre pièce ; il lui à été facile d'engager la demoiselle B... à se laisser magnétisér. Alors il a commencé à la magnétiser, en observant comme dans l'expérience précédente, de se tenir à un pied et demi de distance, de n’employer que des gestes, et les mouvements du doigt index et de la baguette de fer, car s’il eût appliqué les mains et touché les hypocondres, on aurait pu dire que le magnétisme avait agi par cette application plus immédiate, La seule différence qu’il y a eu entre ces deux expériences , c’est que dans la première il a magnétisé à pôles opposés en suivant les règles , au lieu que dans la seconde il a magnétisé à pôles directs et à Contre-sens. En agissant ainsi, on nedevait produire aucun effet , suivant la théorie du magnétisme.

Cependant, après trois minutes, la demoiselleB.. a senti un malaise, de l’étouffement; il est survenu successivement un hoquet entrecoupé, un claquement de dents, un serrement à la gorge, un grand mal de tête ; elle s’est agitée avec inquiétude sur sa chaise; elle s’est plainte des reins; elle frappait quelquefois prestement de son pied sur le parquet; puis elle étendait

(1) I n’y a qu’une modification à faire à cette conclusion, ou plutôt un élément dont il faudrait encore tenir compte, c’est la simulation; nous l’avons déjà dit; ainsi, dans tous les cas, il est clair qu’il faut écarter toute influence prétendue magnétique, mais il est possible que l'imagination n'ait pas seule fait tous les frais de ces étranges phénomènes ; quelques-uns de ces sujets pouvaient avoir intérêt à feindre ce qu’ils n’éprouvaient pas réellement ; c’est là une hypothèse très-vraisemblable et qui méritait examen.

ses bras derrière le dos, en les tordant fortement comme à Passy ; en un mot la crise convulsive a été complète et parfaitement caractérisée. Elle a eu tous ces accidents en douze minutes, tandis que le même traitement employé pendant trente minutes l’a trouvée insensible. Il n’y à de plus ici que l’imagination , c’est donc à elle que ces effets appartiennent (4).

SEIZIÈME EXPÉRIENCE ; QUI PROUVE QUE L’IMAGINATION AGIT ÉGALEMENT POUR PRODUIRE DES CRISES.

Si l'imagination a fait commencer la crise, C’est encore l’imagination qui l’a fait cesser. Le commissaire qui la magnétisait a dit qu’il était temps de finir; il lui a présenté ses deux doigts index en croix; et il est bon d’obsérver que par là 1l la magnétisait à pôles directs comme il avait fait jusqu'alors; il n°y avait donc rien de changé, le même traitement devait continuer les mêmes impressions, Mais l'intention a suffi pour calmer laxcrise; la chaleur et le mal de tête se sont dissipés. On a toujours poursuivi le mal de place en place, en annonçant qu’il allait disparaître. C’est ainsi qu’à la voix qui commandait à l’imagination la douleur du cou a cessé, puis successivement les accidents à la poitrine, à l’estomac et au bras. Il n’a faullu que trois minutes, après lesquelles la demoiselle B... a déclaré ne plusrien sentir et être absolument dans son état naturel.

(4) Il paraît qu’à cette première époque de la science magnétique les convulsions étaient dans les usages, dans les habitudes des sujets ; aujourd’hui c'est le somnambulisme: ainsi nous voyons que dans cette génération de magnétisme, c’est-à-dire avant la révolution, dès que le magnétisme commençait à opérer, il y avait claquement de dents, claquement qu’on pouvait entendre à distance ; puis on se tordait les bras, on agitait les jambes, etc.; maintenant, quand le magnétisme commence à agir, les sujets ferment les yeux, font quelques pandiculations, quelques bâillements, et puis s’endorment; du reste les choses se passent assez uniformément dans les deux cas.

Il y a toutefois une petite circonstance qui doit encore être signalée, c’est qu’autrefois dans l'interprétation rationnelle des faits, l'imagination devait être plus souvent invoquée; pour rendre compte des marques d’effroi, des spasmes, des convulsions, ceci pouvait plutôt se concevoir ; aujourd'hui il est plutôt à présumer qu'il y a supercherie ; nous en fournirons les preuves.

DU MAGNÉTISME ANIMAL. 73 L'IMAGINATION FAIT TOUT, LE MAGNÉTISME EST NUI,

Ges dernières expériences, ainsi que plusieurs de celles qui ont été faites chez M. Jumelin, ont le double avantage de démontrer à la fois et la puissance de l'imagination et la nullité du magnétisme dans les effets produits (1).

CONCOURS DE PLUSIEURS CAUSES POUR AUGMENTER LES CRISES AU TRAITEMENT PUBLIC,

Si les effets sont encore plus marqués, si les crises semblent plus violentes au traitement public, c’est que plusieurs causes se joignent à l'imagination pour opérer avec elle, pour multiplier el pour agrandir ses effets. On commence par le regard à s’emparer des esprits; lattouchement, l'application des mains suit bientôt; et il convient d’en développer ici les effets physiques.

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