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EFFETS OBSERVÉS SUR LES MALADES

Alors les malades offrent un tableau très-varié par les différents états où ils se trouvent. Quelques-uns sont calmes, tranquilles et n'éprouvent rien ; d'autres toussent, crachent , sentent quelque légère douleur, une chaleur locale ou une chaleur universelle, et ont des sueurs; d'autres sont agités et tourmentés par des convulsions. Ces convulsions sont extraordi-

matière affirment que, par le moyen de leurs passes, ils chargent tellement leurs sujets d'électricité , qu'on peut à volonté en tirer des étincelles, surtout le long de la moelle épinière : Credal Judœus Jpetla !

(1) Dans ces détails pratiques, curieux aujourd'hui comme faits historiques, nous trouvons réunies toutes les manœuvres employées par les différents magnétiseurs: l'attirail du baquet et des branches de fer coudées n'est plus jugé nécessaire par les adeptes; mais tel magnétiseur applique les mains, tel autre fait des gestes à distance, tel autre enfin se borne à agir ou dit agir au moyen du regard en fixant ses sujets.

Dans le rapport secret, nous verrons quels pouvaient être les dangers de l'application si prolongée des mains sur les hypocondres et sur les régions du basventre.

naires par leur nombre , par leur durée et par leur force. Dès qu'une convulsion commence , plusieurs autres se déclarent. Les commissaires en ont vu durer plus de trois heures; elles sont accompagnées d'expectorations d'une eau trouble et visqueuse, arrachée par la violence des efforts. On y a vu quelquefois des fdets de sang, et il y a entre autres un jeune homme malade qui en rend souvent avec abondance. Ces convulsions sont caractérisées par les mouvements précipités, involontaires de tous les membres et du corps entier , par le resserrement à la gorge, par des soubresauts des hypocondres et de l'épigastre, par le trouble et l'égarement des yeux, par des cris perçants, des pleurs, des hoquets et des rires immodérés. Elles sont précédées et suivies d'un état de langueur et de rêverie, d'une sorte d'abattement et même d'assoupissement. Le moindre bruit imprévu cause des tressaillements; et l'on a remarqué que le changement de ton et de mesure dans les airs joués sur le jnano-forte influait sur les malades , en sorte qu'un mouvement plus vif les agitait davantage, et renouvelait la vivacité de leurs convulsions (4).

Il y a une salle matelassée et destinée primitivement aux malades tourmentés de ces convulsions , une salle nommée des crises; mais M. Deslon ne juge pas à propos d'en faire usage (2), et tous les malades, quels que soient leurs accidents, sont également réunis dans les salles du traitement public.

Rien n'est plus étonnant que le spectacle de ces convulsions ; quand on ne l'a point vu , on ne peut s'en faire une

(1) Les commissaires se bornent encore ici au simple historique, à un récit des scènes auxquelles on les avait fait assister , sans rien préjuger encore sur la nature ou même pour la réalité de ces attaques convulsives ; il était d'ailleurs assez difficile dans ces circonstances de distinguer ce qui aurait pu être simulé de ce qui aurait appartenu aux accidents hystériques. Comme on soumettait plus spécialement aux manœuvres magnétiques les maladies dites nerveuses, et plus spécialement aussi déjeunes femmes, il est probable que beaucoup d'hystériques se trouvaient parmi elles ; or il aurait suffi de scènes beaucoup moins étranges pour provoquer chez elles des attaques.

(2) Deslon, qui n'avait pas le charlatanisme de Mesmer, et qui d'ailleurs se trouvait en rapport avec des hommes sérieux, n'aurait pas osé renouveler devant eux tous les scandales de la salle des crises.

idée ; et, en le voyant, on est également surpris et du repos profond d'une partie de ces malades, et de l'agitation qui anime les autres, des accidents variés qui se répètent, des sympathies qui s'établissent. On voit des malades se chercher exclusivement, et, en se précipitant l'un versl'autre, se sourire, se parler avec affection et adoucir mutuellement leurs crises. Tous sont soumis à celui qui magnétise ; ils ont beau être dans un assoupissement apparent, sa voix, un regard, un signe les en retire. On ne peut s'empêcher de reconnaître , à ces effets constants, une grande puissance qui agite les malades , les maîtrise , et dont celui qui magnétise semble être le dépositaire (1).

Cet état eonvulsif est appelé improprement crise dans la théorie du magnétisme animal ; suivant cette doctrine , il est regardé comme une crise salutaire, du genre de celles que la nature opère , ou que le médecin habile a l'art de provoquer pour faciliter la cure des maladies. Les commissaires adopteront cette expression dans la suite de ce rapport , et, lorsqu'ils se serviront du mot crise , ils entendront toujours l'état ou de convulsions, ou d'assoupissement en quelque sorte léthargique, produit par les procédés du magnétisme animal.

REMARQUES GENERALES FAITES AU TRAITEMENT PUBLIC : LES COMMISSAIRES NE PEUVENT POINT Y FAIRE I>' EXPERIENCES.

Les commissaires ont observé que, dans le nombre des malades en crise, il y avait toujours beaucoup de femmes et peu d'hommes ; que ces crises étaient une ou deux heures à s'établir, et que, dès qu'il y en avait une d'établie, toutes les autres commençaient successivement et en peu de temps. Mais, après ces remarques générales, les commissaires ont bientôt jugé

(1) Le temps et la raison publique ont fait justice de ces scènes grotesques ; nous avons trop gagnédu côté des mœurs pour qu'on se permette de renouveler de semblables désordres.

On nevoit donc plus des femmes convulsionnaires ou non convulsionnaires, mêlées à quelques hommes, se précipiter Tun sur l'autre, se sourire, chercher a adoucir de prétendues crises, et cela à la voix, à la baguette, aux regards d'un magnétiseur.

3i HISTOIRE ACADÉMIQUE

(jue le traitement publie ne pouvait pas devenir le lieu de leurs expériences. La multiplicité des effets est un premier obstacle ; on voit trop de choses à la fois pour en bien voir une en particulier. D'ailleurs des malades distingués (1), qui viennent au traitement pour leur santé , pourraient être importunés par les questions ; le soin de les observer pourrait ou les gêner ou leur déplaire ; les commissaires eux-mêmes seraient gênés par leur discrétion. Ils ont donc arrêté que leur assiduité n'étant point nécessaire à ce traitement, il suffisait que quelques-uns d'eux y vinssent de temps en temps pour confirmer les premières observations générales , en faire de nouvelles s'il y avait lieu, et en rendre compte à la commission assemblée (2),

LES EXPÉRIENCES DOIVENT AVOIR TOUR PREMIER OBJET DE CONSTATER l' EXISTENCE DU MAGNÉTISME.

Après avoir observé ces effets au traitement public, on a dû s'occuper d'en démêler les causes , et de chercher les preuves de l'existence et de l'utilité du magnétisme. La question de l'existence est la première ; celle de l'utilité ne doit être traitée que lorsque l'autre aura été pleinement résolue. Le magnétisme animal peut bien exister sans être utile , mais il ne peut, être utile s'il n'existe pas (3).

(1) Ces réflexions de la part des commissaires sont extrêmement judicieuses ; ce n'était pas là un lieu propre à suivre les expériences avec quelque sévérité. On doit se rappeler que Mesmer n'avait jamais voulu consentir à faire, devant les commissions académiques, des expériences spéciales, à laisser d'abord constater l'état de ses malades afin d'en suivre le traitement; il consentait tout simplement à admettre les commissaires dans son pandaemonium, mais rien de plus 5 et c'esllà ce qui avait mis finà toute relation entre les corps savants et ce fondateur du magnétisme.

(2) Plus lard on s'est avisé de faire un reproche aux commissaires de ne pas s'être constamment réunis pour assister à ces scènes, et de s'être contentés des rapports faits par quelques-uns d'entre eux; mais véritablement était-ce là des expériences? Pouvait-on sérieusement et consciencieusement constater la réalité de semblables folies? Celait déjà beaucoup de la part des commissaires d'avoir consenti à y assister.

(5) Les questions sont nettement posées ; les commissions habituées à cher-

EN s'ûCCUrANT DE CETTE EXISTENCE, IL FAUT d' ABORD ÉCARTER l'iDEE DES INFLUENCES CELESTES.

En conséquence, le principal objet de l'examen des commissaires et le bul essentiel de leurs premières expériences a dùèlre de s'assurer de celle existence. Cet objet était encore très-vaste et avait besoin d'être simplifié. Le magnétisme animal embrasse la nature entière; il est, dit- on , le moyen de l'influence des corps céiesles sur nous ; les commissaires ont cru qu'ils devaient d'abord écarter cette grande influence, ne considérer que la partie de ce fluide répandue sur la terre , sans s'embarrasser d'où il vient, et constater l'action qu'il exerce sur nous, autour de nous et sous nos yeux, avant d'examiner ses rapports avec l'univers (1).

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